Google, filiale du groupe Alphabet Inc., prépare une profonde révision de l’affichage de ses résultats de recherche dans l’Union européenne. Ce changement vise à satisfaire les exigences imposées par le Digital Markets Act (DMA), une réglementation entrée en vigueur en mai 2023, qui encadre sévèrement les comportements anticoncurrentiels des géants du numérique.
Google va modifier sa page de résultats de recherche en Europe
Selon une information de Bloomberg confirmée par Reuters, la société prévoit d’intégrer en haut de ses pages un encadré mettant en avant des résultats issus de plateformes concurrentes spécialisées dans la comparaison de prix, comme Booking ou Expedia. Les internautes pourront cliquer directement sur les liens de ces services pour accéder à leurs offres ou consulter des pages de fournisseurs précis, tels que des compagnies aériennes ou des hôtels. Google intégrerait également un menu déroulant permettant d’afficher des liens vers ses propres services, dans une tentative de démontrer une égalité de traitement. Une version alternative du dispositif envisagé consisterait à afficher un espace distinct sous l’encadré principal, où figureraient des liens basiques vers les sites des vendeurs ou prestataires concernés.
L’entreprise californienne cherche par ce biais à éviter une nouvelle amende de la Commission européenne. Celle-ci a déjà adressé un avertissement officiel en mars 2025, estimant que Google favorisait indûment ses propres services tels que Google Flights ou Google Shopping. Le DMA interdit expressément ce type de pratiques, qui consistent à promouvoir ses propres outils au détriment des concurrents. En cas de non-conformité, les sanctions peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise, et jusqu’à 20 % en cas de récidive. Le précédent est bien connu : en novembre 2021, Google a été condamné à une amende de 2,4 milliards d’euros par le Tribunal de l’Union européenne pour avoir défavorisé les comparateurs de prix dans ses résultats de recherche. Le jugement avait confirmé la décision de la Commission datant de 2017.
Google vent debout contre la Commission européenne et le DMA
Toujours selon Reuters, Google a exprimé ses réserves sur les conséquences économiques de ces nouvelles règles. Lors d’un atelier technique organisé par la Commission à Bruxelles les 7 et 8 juillet, les avocats du groupe devront expliquer leur position, alors que les précédentes modifications imposées aux résultats de recherche avaient entraîné une baisse allant jusqu’à 30 % des réservations directes chez certains restaurateurs, hôteliers ou transporteurs. Ils devraient en outre pointer du doigt l’ambiguïté des obligations posées par le DMA, tout en réclamant davantage de clarté et d’éléments tangibles sur les bénéfices réels attendus par les régulateurs.
Le DMA, en imposant une stricte neutralité des résultats, cherche à limiter la domination des plateformes dites gatekeepers, au nombre desquelles figurent Alphabet, Apple, Amazon, Meta, Microsoft et ByteDance. Ce dispositif interdit également la combinaison des données personnelles entre services appartenant à un même groupe, afin de protéger la vie privée des utilisateurs. D’autres géants ont déjà été visés : Apple a été sanctionné à hauteur de 500 millions d’euros pour avoir entravé la concurrence au sein de son App Store, tandis que Meta a écopé d’une amende de 200 millions d’euros pour son système d’abonnement payant sans publicité sur Facebook et Instagram.
Un casse-tête pour les utilisateurs ?
Du point de vue des consommateurs, le projet de Google pourrait profondément modifier l’expérience de navigation. Les résultats issus de comparateurs concurrents se retrouveraient désormais mis en avant, devant ceux issus de Google, rompant avec plus d’une décennie d’affichage prioritaire de ses propres outils. Certains y voient une avancée vers plus de concurrence et de diversité dans les offres accessibles, tandis que d’autres redoutent une complexification excessive du parcours utilisateur et une hausse indirecte des coûts, notamment si l’intermédiation devient plus fréquente.
Le sort de la proposition de Google dépendra largement des discussions techniques tenues cette semaine à Bruxelles. La Commission européenne devra déterminer si ce nouveau dispositif garantit effectivement un traitement équitable entre les services et s’il respecte l’esprit du DMA.


