Présentée comme une avancée révolutionnaire pour « faire payer les riches », la taxe proposée par Gabriel Zucman repose sur une confusion fondamentale entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel. Derrière le vernis idéologique, cette mesure apparaît non seulement inefficace mais dangereuse pour l’investissement, l’emploi et les finances publiques. L’idée peut être qualifié de populisme pur car basé sur le postulat simple qu’une petite caste de privilégiés profite du système.
I. Une taxe intellectuellement bancale et économiquement dangereuse
Confusion des concepts : personnes physiques et personnes morales
Le cœur du problème réside dans la confusion entretenue entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel. En voulant imposer 2 % du patrimoine global des contribuables fortunés, Zucman amalgame l’argent disponible pour la consommation et l’argent immobilisé dans des outils de travail (entreprises, holdings, participations). Une société valorisée 200 millions d’euros peut n’avoir qu’une trésorerie courante limitée. Le dirigeant, même avec un salaire confortable, n’a pas les liquidités nécessaires pour s’acquitter d’une taxe annuelle de 4 millions d’euros. La seule issue serait de ponctionner directement dans la trésorerie de l’entreprise, affaiblissant ainsi son investissement, sa croissance et donc l’emploi. Par exemple, valorisée plusieurs milliards, Mistral AI ne génère pas encore de profits équivalents. Selon la logique Zucman, elle devrait payer des dizaines de millions d’euros d’impôts par an. De quoi tuer dans l’œuf une pépite technologique censée incarner le renouveau industriel français.
Une double, voire triple imposition
En réalité, les profits d’une société sont déjà lourdement taxés. Un bénéfice de 100 € donne lieu à 25 € d’impôt sur les sociétés. Sur les 75 € restants, si l’entrepreneur réinvestit, ce capital sera de nouveau taxé lors des futurs bénéfices. S’il distribue, il perd encore 30 % en prélèvements sociaux et fiscaux. Résultat : un taux effectif de 50 à 55 %. Y ajouter une taxe annuelle de 2 % sur la valeur patrimoniale, c’est créer un prélèvement confiscatoire, déconnecté de la trésorerie réelle et destructeur pour l’investissement productif.
Un effet de fuite massif des capitaux
L’exemple de l’ISF devrait suffire : selon le rapport du Sénat (2019), l’ISF a provoqué chaque année la sortie de 3 à 5 milliards d’euros de capitaux, avec environ 10 000 départs fiscaux en deux décennies. L’iFRAP rappelle que le retour à une fiscalité plus attractive a permis de rapatrier une partie de ces capitaux, stimulant l’investissement et la base taxable. Réintroduire une taxe « Zucman » aurait l’effet inverse : accélérer l’exil des plus gros contributeurs fiscaux.
II. Une vision idéologique déconnectée de la réalité fiscale française
La fiscalité du capital en France : déjà parmi les plus lourdes au monde
Les chiffres de l’OCDE et de l’iFRAP sont clairs :
– La France est dans le top 3 des pays de l’OCDE pour la taxation du capital.
– Le taux effectif global sur le capital (impôt sur les sociétés + prélèvements sociaux + impôt sur le revenu du capital) atteint près de 55 %, contre environ 30 % en Allemagne et 25 % aux Pays-Bas.
– Selon l’iFRAP, la France est déjà à un niveau de prélèvement « qui décourage fortement l’investissement productif ».
Une taxe injuste car elle frappe l’outil de travail
Il est absurde de taxer un patrimoine immobilisé dans une entreprise comme s’il s’agissait d’une liquidité immédiatement disponible. Un chef d’entreprise ne peut pas « partir en vacances avec » la valorisation de sa holding. Cet argent finance l’investissement, l’innovation, la recherche, l’emploi. Taxer à 2 % de la valeur revient à prélever directement sur l’outil de travail. C’est contradictoire avec les discours politiques qui affirment vouloir « réindustrialiser la France ». Comme le souligne l’iFRAP, taxer les holdings, c’est taxer l’investissement.
Des calculs biaisés et du populisme fiscal
Zucman présente sa taxe comme une évidence morale : faire payer « enfin » les riches. Mais ses calculs sont biaisés. L’iFRAP rappelle que ses modèles oublient :
– Les aides sociales et transferts massifs qui bénéficient aux classes modestes (plus de 55 % des ménages reçoivent plus de transferts qu’ils ne paient d’impôts).
– Le fait que les « riches » paient déjà l’essentiel de l’impôt : en France, les 10 % les plus aisés acquittent plus de 70 % de l’impôt sur le revenu (source : DGFiP).
Quand Libération démonte Zucman
Même Libération, pourtant un quotidien classé à gauche, a reconnu que l’affirmation reprise par Olivier Faure selon laquelle « les plus riches paieraient seulement 2 % d’impôt » est fausse (CheckNews, 4 septembre 2023). Le journal a mis en évidence plusieurs biais :
1. Le chiffre de 2 % ne prend en compte que l’impôt sur le revenu personnel, en oubliant l’impôt sur les sociétés payé en amont par les holdings.
2. Il ignore les prélèvements sociaux et la CSG, pourtant systématiques sur les dividendes.
3. La comparaison avec les classes moyennes est biaisée : on y additionne tous les impôts (IR, CSG, TVA), alors que pour les riches on ne regarde que l’IR.
4. Les chiffres de la DGFiP contredisent la thèse : les 10 % les plus aisés paient plus de 70 % de l’impôt sur le revenu et le 0,1 % le plus riche plus de 60 % de l’IFI.
5. Conclusion de Libération : le chiffre est « au mieux trompeur, au pire faux ». Autrement dit, la base du raisonnement de Zucman est invalidée, même par un journal de gauche.
Dès lors, on peut s’interroger : Zucman agit-il en universitaire rigoureux ou en militant déguisé ?
III. Économie ou militantisme déguisé ?
La question mérite d’être posée : Gabriel Zucman agit-il en économiste ou en militant ? Ses travaux mélangent données économiques et jugements moraux. Son discours simpliste — « les riches paient moins que les pauvres » — est démonté par les chiffres officiels et même par Libération. Derrière le vernis académique, il y a une stratégie politique : opposer riches et pauvres, alimenter un ressentiment social, au risque de fragiliser la cohésion nationale. Un universitaire devrait éclairer le débat par la rigueur et la nuance. Ici, Zucman instrumentalise sa position d’autorité pour légitimer une idée idéologique. Cela ressemble moins à de la recherche qu’à du militantisme.
Conclusion
La taxe Zucman repose sur une confusion fondamentale entre patrimoine personnel et professionnel. Elle entraînerait une double imposition, fragiliserait les entreprises familiales, accélérerait la fuite des capitaux et réduirait au final les recettes fiscales. L’iFRAP, le Sénat et de nombreux économistes rappellent que la France est déjà championne du monde des impôts sur le capital.
Persister dans cette voie, c’est affaiblir notre économie et renforcer les discours populistes. La vraie réforme n’est pas d’inventer une nouvelle taxe idéologique. C’est de créer un cadre fiscal clair, stable et compétitif, qui encourage l’investissement, renforce la base taxable et permet à l’État de financer ses missions régaliennes sans appauvrir le pays.



Pour le patrimoine professionnel elle prévoit de donner à l’état 2% sous forme de participation, donc mistral n’aura rien a payer avant de faire des bénéfices.
Votre article , manque d’informations, ou militantisme ?
On verra si ce commentaire et publié, ou disparaît.
Non bien renseigné mais cette solution est juste ridicule de penser que l’Etat va prendre des participations dans l’entreprise avec des impots de ce type. A votre avis que vont faire les fondateurs qui peuvent développer leur entreprise de Los Angeles, Casablanca ou Rome? Si on veut faire fuir le capital productif allons y mais il ne faudra pas s’étonner que les recettes fiscales baissent.