Lecornu démissionne… et Lecornu revient : le faux changement permanent

Publié le
Lecture : 4 min
Chatgpt Image 11 Oct. 2025 à 14 01 32
Emmanuel Macron | journaldeleconomie.fr

Lecornu démissionne, puis Lecornu revient. Un geste politique qui résume à lui seul tout l’état de la Ve République : un pouvoir épuisé, replié sur lui-même, qui se regarde tourner en rond et confond le mouvement avec l’action. À force de vouloir tout changer pour ne rien changer, Emmanuel Macron a transformé la politique française en un exercice d’immobilisme maquillé en audace. Le pays attend des décisions, il n’a droit qu’à des symboles et des illusions.

Un changement de façade pour un pouvoir immobile

Lecornu a démissionné. Puis Lecornu a été renommé. C’est à la fois ubuesque et tristement révélateur. Voilà donc ce que le pouvoir appelle “le changement”. Un Premier ministre s’en va pour symboliser le renouveau, et le même revient pour incarner l’après. Le pays traverse une crise politique majeure, les électeurs ont parlé, le Président avait promis un tournant — et la montagne a accouché d’un remaniement circulaire. Une forme de perfection dans l’immobilisme : tout change pour que rien ne change. Depuis des mois, Emmanuel Macron promet de “tirer les leçons” du scrutin et d’écouter “le message des Français”. Mais à chaque fois, la même mécanique reprend : quelques ajustements cosmétiques, des éléments de langage, des effets d’annonce, et le même scénario politique. Un Président qui joue au chef de casting, un gouvernement reconduit, et une République épuisée par la mise en scène du mouvement. Cette reconduction est plus qu’une erreur : c’est un aveu. L’aveu d’un pouvoir qui n’écoute plus rien, qui ne croit plus à rien, sinon à sa propre survie. L’image est saisissante : un Premier ministre démissionne pour la forme, puis reprend son poste dans un silence gêné. C’est une comédie du pouvoir qui a cessé de croire au théâtre lui-même. À force de prétendre se renouveler, le macronisme s’est vidé de toute substance. Le pays est devenu spectateur d’un exécutif qui tourne sur lui-même. Et la dissolution, censée ouvrir un cycle nouveau, n’aura été qu’un artifice de communication. Rien n’a bougé. Le Président continue de gouverner comme si les élections n’avaient jamais eu lieu. Le peuple a parlé, mais le pouvoir n’a pas entendu.

La démagogie comme méthode : désigner des ennemis pour masquer l’impuissance

Cet épisode Lecornu n’est pas un accident. Il est le symptôme d’un système : celui d’un pouvoir obsédé par la conservation et paralysé par la peur du réel. On ne gouverne plus pour agir, mais pour durer. On ne cherche plus à décider, mais à éviter les vagues. La politique française s’est enfermée dans une logique de démagogie douce — un populisme d’élite, sans colère ni panache, mais tout aussi dangereux. La démagogie, c’est l’art de désigner des coupables pour éviter les problèmes. Et le gouvernement en a trouvé deux parfaits : les riches et l’extrême droite. D’un côté, on promet de “faire payer les riches” comme si c’était une solution magique à tous les maux du pays. Une idée simple, séduisante, mais fausse. Car la plupart des “riches” ne sont pas des rentiers planqués dans leurs hôtels particuliers, mais des entrepreneurs, des créateurs, des investisseurs, des gens qui ont pris des risques, travaillé sans relâche, parfois vingt heures par jour, pour bâtir des entreprises, créer des emplois, et faire vivre un tissu économique fragile. Certains héritent, certes, mais la plupart construisent. Et c’est ce capital-là — le capital productif, celui qui finance la recherche, l’innovation, les salaires — que l’on décourage en le désignant à la vindicte populaire. C’est la démagogie la plus paresseuse : flatter l’envie au lieu de récompenser le mérite. De l’autre côté, on agite le spectre de “l’extrême droite” à chaque occasion. On alimente un climat de peur en répétant que le “nazisme revient”, que la République serait menacée par les urnes. On brandit le danger fasciste comme un épouvantail commode pour effrayer les électeurs et maintenir un front moral imaginaire. Cette stratégie de la peur est devenue un outil de gouvernement : elle remplace la conviction par la panique, et la responsabilité par le réflexe pavlovien du “vote utile”. Le paradoxe, c’est que cette peur est largement déconnectée du réel. Car la violence politique, celle qu’on voit dans les rues, dans les manifestations, dans les affrontements avec la police, ne vient pas de l’extrême droite. Il suffit d’allumer sa télévision : ce sont les Black Blocs, les groupuscules d’ultragauche, les pseudo-mouvements écologistes radicaux qui cassent, brûlent et agressent. Depuis cinquante ans, de la RAF aux Brigades rouges, de Action Directe à nos activistes contemporains, la violence politique en Europe est le fait de l’extrême gauche. Mais le pouvoir préfère inverser la réalité, accuser l’ennemi qu’il s’est choisi, et détourner le regard de ce qu’il ne veut pas voir. Cette démagogie fonctionne parce qu’elle joue sur deux ressorts puissants : la peur et la jalousie. La peur d’un ennemi imaginaire et la jalousie envers ceux qui réussissent. Elle crée un climat de ressentiment général, un pays qui se méfie de tout, qui soupçonne la réussite d’être une faute et la richesse d’être un vol. C’est ce discours permanent de la peur et de l’injustice supposée qui paralyse la France et anesthésie la réflexion collective. Nommer à nouveau Lecornu, c’est officialiser ce renoncement. C’est admettre que le Président n’a plus ni direction, ni vision, ni courage. Il gouverne par réflexe, par peur du vide, par habitude. Il croit sauver la République en la maintenant immobile, alors qu’il la condamne à la paralysie. Et pour compenser cette impuissance, il fait ce que font tous les pouvoirs fatigués : il crée des ennemis, des slogans et des peurs. La démagogie, c’est cela : promettre le changement pour mieux éviter la décision. Et c’est ce mensonge tranquille qui mine la démocratie. Un pouvoir qui refuse le risque, un pays qui n’y croit plus, une République qui ne sait plus où elle va : voilà la vraie crise française. La dissolution n’a pas été la fin d’un cycle, mais la confirmation d’une vérité : ce régime ne veut plus rien changer. Et l’Histoire, elle, ne prévient pas ceux qui refusent d’avancer.

1 réflexion au sujet de « Lecornu démissionne… et Lecornu revient : le faux changement permanent »

  1. la gauche a gagne, et macron en a très peur
    C’est pourquoi, qu’il refuse de mandater un Premier Ministre Socialiste
    Car il sait, que la gauche va remettre la FRANCE sur LES RAILS
    Comme l’a fait François Mitterrand

    Le Monde entier se moque de Macron, l’incapable
    Comme il se moque, des Macronistes de la Droite et ses sbires, et encore plus du FN
    Tous grands perdants des législatives 2024

    Mais à force de se moquer du vote DES Français,
    Cela va se terminer, vu la colère des Français,
    Comme en 1789

Laisser un commentaire

Share to...