Par la rédaction du Journal de l’économie
Le classement Defense News Top 100 – 2025 consacre une nouvelle fois l’hégémonie américaine dans l’industrie mondiale de la défense. Sur les dix premières places, sept sont occupées par des groupes des États-Unis, contre trois pour la Chine. L’Europe, elle, reste reléguée à la périphérie, même si la France maintient une présence solide grâce à Thales (13ᵉ), Dassault Aviation (46ᵉ) et Safran (49ᵉ).
LE PODIUM MONDIAL : UNE DOMINATION SANS PARTAGE DES ÉTATS-UNIS
Le top 10 mondial 2025 est sans surprise dominé par les géants américains : 1. Lockheed Martin (États-Unis) 2. Aviation Industry Corporation of China (AVIC) (Chine) 3. RTX (États-Unis, ex-Raytheon Technologies) 4. Northrop Grumman (États-Unis) 5. General Dynamics (États-Unis) 6. Boeing Defense, Space & Security (États-Unis) 7. BAE Systems (Royaume-Uni) 8. China State Shipbuilding Corporation (CSSC) (Chine) 9. China North Industries Group (NORINCO) (Chine) 10. L3Harris Technologies (États-Unis). Cette suprématie américaine s’explique par des budgets colossaux : le Pentagone représente à lui seul plus de 40 % des dépenses militaires mondiales. À titre d’exemple, Lockheed Martin — constructeur du F-35 — affiche plus de 65 milliards de dollars de chiffre d’affaires défense, un record historique. La Chine confirme son statut de deuxième puissance industrielle militaire mondiale. Trois entreprises d’État — AVIC, CSSC et NORINCO — figurent dans le top 10, avec des croissances à deux chiffres. Le complexe militaro-industriel chinois, désormais appuyé par un vaste effort d’innovation (drones, hypersoniques, IA de combat), réduit peu à peu l’écart technologique avec les États-Unis.
LES CHAMPIONS FRANÇAIS : THALES, DASSAULT ET SAFRAN
La France reste le premier pays européen continental dans le classement, portée par trois champions nationaux. Thales (13ᵉ) affiche près de 11,5 milliards de dollars de revenus défense et consolide son leadership dans les systèmes électroniques, la cybersécurité et les radars de nouvelle génération. Dassault Aviation (46ᵉ), malgré un profil plus spécialisé, bénéficie d’un carnet de commandes record, alimenté par les contrats en Inde, en Égypte et en Indonésie. Safran (49ᵉ), partenaire clé d’Airbus et de Dassault, progresse grâce à ses activités de moteurs militaires, d’optronique et de navigation inertielle. Ces trois acteurs incarnent la résilience du modèle français : un écosystème technologique intégré, appuyé par l’État et par des coopérations européennes (MGCS, SCAF). L’Europe reste globalement marginale dans le Top 100. Seul BAE Systems (7ᵉ) rivalise avec les géants américains et chinois. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne sont présentes plus bas dans le classement, mais aucun groupe européen ne dépasse les 30 milliards de revenus défense. Cette fragmentation, combinée à des budgets nationaux limités, empêche encore l’émergence d’un “Airbus de la défense” pleinement intégré.
LES TENDANCES 2025 : DRONES, IA ET AUTONOMISATION INDUSTRIELLE
Le rapport de Defense News souligne l’essor de nouveaux segments : les drones tactiques et stratégiques (autonomes ou semi-autonomes) deviennent une priorité mondiale. L’intelligence artificielle militaire — appliquée à la reconnaissance, la maintenance prédictive ou la guerre électronique — recompose la hiérarchie des acteurs. Les tensions géopolitiques (Ukraine, mer de Chine, Proche-Orient) stimulent les commandes publiques, alors que la dépendance aux chaînes d’approvisionnement asiatiques pousse les pays occidentaux à relocaliser une partie de leur production. Au-delà des chiffres, ce classement illustre la rivalité de modèles : l’intégration public-privé américaine, la planification étatique chinoise, et la coopération intergouvernementale européenne. La France, forte de ses succès export, demeure un acteur pivot capable de peser dans les coalitions industrielles du futur.




