L’inversion accusatoire du PS : les alliances inexistantes entre droite et extrême droite

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Crédit photo JDE | journaldeleconomie.fr

Le procédé est désormais bien rodé : partir d’un fait exact, le déplacer sémantiquement, puis en tirer une conclusion fausse dans l’esprit du public. En l’espèce, le retrait d’une candidate d’extrême droite est utilisé pour laisser croire à une alliance de la droite avec l’extrême droite, alors même qu’aucun accord n’existe. Cette manipulation par suggestion n’éclaire pas le réel, elle le déforme. Et c’est là que le mécanisme devient politiquement révélateur : car ce que l’on impute à la droite sur un mode fictif correspond, dans bien des villes, à des accords bien réels entre le Parti socialiste et La France insoumise. À Paris, il n’y a pas eu d’accord PS-LFI au second tour ; mais ailleurs, les socialistes ont bien multiplié les rapprochements locaux avec les insoumis. 

Une déformation du réel par glissement sémantique

Le cœur de la manœuvre n’est pas le mensonge frontal, mais le glissement. On ne dit pas toujours explicitement qu’un accord a été signé ; on construit une présentation des faits qui amène le public à le croire. Or il y a une différence décisive entre un désistement unilatéral et une alliance politique. Dans un cas, un candidat se retire selon sa propre logique électorale. Dans l’autre, il y a entente, réciprocité, négociation, convergence organisée. Effacer cette distinction, c’est déjà falsifier la situation. À Paris, le retrait de Sarah Knafo a été commenté comme s’il révélait un rapprochement structurel avec Rachida Dati, alors que les éléments disponibles décrivent d’abord un retrait décidé par Knafo pour favoriser une dynamique anti-gauche, sans fusion de listes ni accord programmatique formalisé. Le programme de Dati n’a pas été modifié et même ses soutiens ont insisté sur l’absence d’accord d’appareils. Le retrait de Sarah Knafo est une décision politique qui lui appartient pour ménager le futur et que l’on ne dise pas d’elle qu’elle a fait perdre la droite. Donc rien d’un accord avec Rachida Dati.

L’impression fausse comme instrument de manipulation

C’est ici que se situe la véritable manipulation : non pas dans l’énoncé brut, mais dans l’impression laissée. L’exercice consiste à éloigner le public de la nature exacte des faits pour installer une conclusion politique commode. Le mécanisme est simple. On part d’un retrait. On le charge moralement. On le présente comme l’indice d’une connivence. Puis on fait peser sur la droite la suspicion d’une alliance qu’elle n’a pas conclue. La déformation ne réside donc pas seulement dans ce qui est dit, mais dans ce qui est suggéré. Le langage n’est plus employé pour distinguer, mais pour amalgamer. Et cet amalgame permet ensuite de réactiver un récit familier, celui d’une droite qui serait en voie de contamination, alors même que le fait de départ ne permet pas, en rigueur, de soutenir cette thèse. Cette manière de traiter les faits remplace l’analyse par l’association d’idées, et la démonstration par l’effet psychologique. Que reste-t-il en termes de perception : la droite a fait un accord ou du moins a été élu grâce aux voix d’extrême droite. Donc, en creux, la droite est fasciste. Pourtant la réalité est tout autre. 

L’inversion accusatoire comme écran politique

Ce brouillage devient plus frappant encore lorsqu’on le compare à ce qui se passe à gauche. Car pendant que certains commentateurs construisent une quasi-alliance imaginaire à droite à partir d’un désistement, les socialistes ont, dans de nombreuses villes, accepté des accords locaux avec La France insoumise, au point que la presse a parlé d’une volte-face du PS et de la multiplication des accords de second tour avec les insoumis. Autrement dit, ce qui est fantasmé d’un côté existe souvent de l’autre. C’est cela, l’inversion accusatoire : reprocher à son adversaire, sur un mode hypothétique ou insinué, ce que l’on pratique soi-même sur un mode réel et documenté. Paris constitue ici une exception importante, puisqu’Emmanuel Grégoire n’a pas fusionné avec Sophia Chikirou pour le second tour ; mais cette exception parisienne ne peut pas servir à effacer la réalité nationale de nombreuses ententes locales entre PS et LFI. La déformation du réel ne vise donc pas seulement à charger la droite ; elle sert aussi à détourner le regard des renoncements du Parti socialiste, prêt dans bien des cas à s’arranger avec une gauche radicale qu’il prétend pourtant récuser. 

Conclusion

Le problème n’est pas simplement partisan. Il est intellectuel et démocratique. Une vie publique saine suppose que l’on nomme les choses avec exactitude. Or ici, la sémantique est utilisée pour produire un effet de réalité mensonger : faire croire à une alliance de la droite avec l’extrême droite là où il n’y a qu’un désistement sans accord, tout en minimisant les accords effectifs entre socialistes et insoumis dans de nombreuses villes. Quand le commentaire politique ne décrit plus le réel mais le recompose pour maintenir un récit moral préfabriqué, il cesse d’informer. Il cherche à orienter. C’est de la manipulation électorale. Et c’est précisément cette substitution de l’impression à la réalité qui rend aujourd’hui une partie du discours médiatique à la fois illisible, inaudible et de moins en moins crédible.

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