Après avoir traversé une séquence de forte défiance boursière, TP, ex-Teleperformance, semble entrer dans une phase plus constructive avec un redressemment de son cours spectaculaire lors des dernières semaine. Le marché ne lui accorde pas encore un blanc-seing : les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle, à la pression sur les marges et à l’évolution du métier historique de la relation client restent présentes. Mais la perception du groupe évolue. Là où TP était encore récemment regardé comme une valeur menacée par la rupture technologique, il est désormais davantage analysé comme une entreprise en transition, capable de transformer cette rupture en levier stratégique.
Une gouvernance clarifiée, un signal envoyé au marché
Le premier élément de changement tient à la gouvernance. L’arrivée de Jorge Amar à la direction générale, effective depuis le 16 mars 2026, a donné au marché un signal de clarification. Ancien de McKinsey, spécialiste des transformations opérationnelles et de l’intelligence artificielle appliquée aux services, il incarne une volonté d’accélération. Son mandat est lisible : faire évoluer TP d’un modèle encore trop associé aux centres de contacts vers une plateforme de services digitaux à plus forte valeur ajoutée. Dans ce cadre, l’IA n’est plus seulement présentée comme une menace externe susceptible de réduire les besoins en agents humains ; elle devient un outil d’augmentation de la productivité, de montée en gamme et de différenciation. Or dans les marchés financiers, les entreprises en difficulté sont souvent pénalisées moins pour leurs problèmes que pour l’absence de scénario crédible de sortie.
Un actionnariat qui retrouve une fonction de stabilisation
Le deuxième signal vient du capital. Saham, le conglomérat financier du Président du Conseil d’administration de TP Moulay Hafid Elalamy, a fortement renforcé sa présence au tour de table de TP. Après avoir franchi les seuils de 5 %, 10 % puis 15 %, le groupe Saham a stabilisé une position actionnariale à 15 %. Cette présence a été saluée par les investisseurs, comme le notait le média « Jeune Afrique » car elle introduit dans l’équation un actionnaire de long terme, susceptible d’accompagner la transformation plutôt que de la juger uniquement à l’aune des résultats trimestriels.
D’autres mouvements ont également été relevés.Goldman Sachs avait franchi en hausse le seuil de 10 % du capital et Morgan Stanley celui de 5 %, à la suite d’acquisitions hors marché. Toutefois, ces positions ne doivent pas être surinterprétées : les banques d’investissement peuvent intervenir pour des raisons techniques, de marché ou de couverture. Mais dans un contexte où TP a longtemps souffert d’un déficit de confiance, ces mouvements contribuent à installer une impression de normalisation.Le vote de l’assemblée générale du 21 mai renforce cette lecture. L’ensemble des résolutions soumises aux actionnaires a été approuvé, à une très forte majorité. Pour une entreprise qui sort d’une période de doute, ce soutien est un élément important de crédibilité.
Une transformation encore à démontrer, mais mieux financée
Le troisième facteur est financier et stratégique. TP a récemment réussi une opération de refinancement obligataire structurée en deux tranches : 700 millions d’euros à cinq ans et 500 millions d’euros à huit ans. L’opération, sursouscrite, confirme que le groupe conserve un accès solide aux marchés de dette, malgré un environnement financier international plus sélectif. Si ce refinancement ne garantit pas le succès de la stratégie, il donne à TP la capacité de la mener sans subir une pression excessive à court terme.
Le redressement n’est donc pas achevé. Il dépendra de la capacité du groupe à prouver que l’IA peut renforcer son modèle plutôt que l’affaiblir. Mais les signaux récents suggèrent que TP a commencé à regagner la confiance progressive du marché.
