Canicule : votre ordonnance doit-elle être adaptée ?

La canicule peut modifier la tolérance de certains médicaments, notamment lorsque la chaleur provoque une déshydratation ou perturbe le fonctionnement des reins. Le principal danger reste pourtant la

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n période de forte chaleur, un médecin ou un pharmacien peut vérifier si l’état d’hydratation et les traitements d’un patient nécessitent une surveillance particulière. | journaldeleconomie.fr

En pleine canicule, la liste des médicaments présentés comme « à risque » peut inquiéter les patients. Diurétiques, traitements cardiovasculaires, psychotropes, anti-inflammatoires ou médicaments contre le diabète nécessitent parfois une vigilance accrue. Leur présence dans une ordonnance ne signifie toutefois pas qu’ils doivent être suspendus.

Canicule : une ordonnance à réévaluer, pas à interrompre

La canicule ne transforme pas systématiquement un médicament bien toléré en produit dangereux. Elle peut, en revanche, fragiliser l’équilibre sur lequel repose un traitement, particulièrement chez une personne âgée, atteinte d’une maladie chronique ou prenant plusieurs molécules.

Le ministère de la Santé souligne que certains médicaments peuvent aggraver une déshydratation, un épuisement lié à la chaleur ou un coup de chaleur. Il précise cependant que « l’adaptation d’un traitement médicamenteux en cours doit être considérée au cas par cas par le professionnel de santé ».  

Cette distinction est essentielle. Il n’existe pas de consigne générale imposant de suspendre tous les diurétiques, tous les antihypertenseurs ou tous les psychotropes dès que les températures augmentent. Une interruption brutale peut elle-même provoquer une aggravation de la maladie : poussée hypertensive, décompensation cardiaque, déséquilibre psychiatrique, crise d’épilepsie ou remontée de la glycémie.

La bonne démarche consiste plutôt à faire vérifier son ordonnance lorsque plusieurs facteurs de risque se cumulent. Un médecin ou un pharmacien pourra tenir compte de l’âge, de la fonction rénale, de l’état d’hydratation, des maladies associées et des autres médicaments consommés, y compris ceux obtenus sans ordonnance.

Une vigilance particulière s’impose également en cas de vomissements, de diarrhées, de baisse importante de l’alimentation ou de consommation d’alcool. Ces situations peuvent accentuer les pertes en eau et en sels minéraux, indépendamment de la chaleur extérieure.

La déshydratation peut déséquilibrer certains médicaments

L’un des principaux problèmes vient moins de la température elle-même que de la déshydratation qu’elle provoque. En transpirant, le corps perd de l’eau et des électrolytes. Le volume sanguin peut diminuer, la tension artérielle baisser et les reins recevoir moins de sang.

Certains médicaments deviennent alors plus difficiles à éliminer. Leur concentration dans l’organisme peut augmenter malgré une prise conforme à l’ordonnance. Le lithium, prescrit dans certains troubles bipolaires, est particulièrement sensible aux variations de l’équilibre hydrique et du sodium. La digoxine, certains antiépileptiques ou plusieurs traitements du diabète peuvent aussi nécessiter une attention renforcée.

Les diurétiques posent une autre difficulté : ils favorisent l’élimination d’eau et de sodium par les reins. Cet effet, recherché pour traiter l’hypertension ou l’insuffisance cardiaque, peut devenir plus difficile à équilibrer lorsqu’une personne transpire abondamment et boit insuffisamment.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l’ibuprofène ou le kétoprofène, peuvent également altérer le fonctionnement rénal dans un contexte de manque d’eau. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) classe parmi les traitements nécessitant une vigilance particulière « tous les anti-inflammatoires comprenant les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l’aspirine à des doses supérieures à 500 mg par jour et les coxibs ».  

L’Assurance Maladie rappelle plus largement qu’il existe des traitements capables de « majorer les effets de la canicule sur l’organisme, ou gêner l’adaptation du corps à la chaleur ».  

Antidépresseurs, neuroleptiques et somnifères : un risque différent

Tous les médicaments concernés n’agissent pas par l’intermédiaire des reins. Certains peuvent entraver les mécanismes utilisés par le corps pour maintenir une température stable.

Des neuroleptiques, des antidépresseurs, des médicaments antiparkinsoniens ou des produits ayant un effet anticholinergique peuvent réduire la transpiration. Or celle-ci joue un rôle central dans l’évacuation de la chaleur. Lorsque la sueur devient insuffisante, la température corporelle peut augmenter plus rapidement.

D’autres traitements modifient la vigilance. Les anxiolytiques, les somnifères et certains antalgiques opioïdes peuvent accentuer la somnolence ou ralentir les réactions. La personne concernée risque alors de boire moins souvent, de ne pas percevoir immédiatement son malaise ou de rester trop longtemps dans une pièce surchauffée.

Les bêtabloquants peuvent, quant à eux, limiter l’accélération du rythme cardiaque nécessaire à l’adaptation de l’organisme. Certains vasoconstricteurs réduisent la circulation sanguine au niveau de la peau, tandis que des traitements cardiovasculaires peuvent favoriser une baisse excessive de la tension.

Ces risques ne dépendent pas uniquement de la molécule. Une personne autonome, bien hydratée et vivant dans un logement frais ne se trouve pas dans la même situation qu’un patient isolé, dépendant ou exposé plusieurs heures à une forte température.

Le paracétamol n’est pas un traitement du coup de chaleur

Un mal de tête, des nausées ou une sensation de fièvre pendant un épisode caniculaire peuvent conduire à prendre du paracétamol. Ce réflexe n’est pas toujours adapté.

Le coup de chaleur n’est pas une fièvre infectieuse classique. Il correspond à une incapacité du corps à évacuer la chaleur accumulée. Le paracétamol ne corrige pas ce mécanisme. L’Assurance Maladie indique qu’il est déconseillé d’en prendre pour traiter les symptômes liés à une forte chaleur, car il est inefficace face à un coup de chaleur. L’aspirine peut, de son côté, gêner l’adaptation de l’organisme.  

Face à une personne confuse, très faible, inhabituellement somnolente ou dont la température corporelle est très élevée, la priorité n’est donc pas de chercher un antipyrétique. Il faut l’installer dans un endroit frais, retirer les vêtements superflus, humidifier sa peau et appeler le 15 ou le 112.

Une diminution importante des urines, des vertiges persistants, des crampes, des troubles du comportement ou une perte de connaissance doivent également conduire à demander rapidement une aide médicale. Une déshydratation grave constitue une urgence, notamment chez les personnes âgées et les malades chroniques.  

La chaleur peut aussi détériorer les traitements

Le risque ne concerne pas seulement les effets du médicament dans le corps. Une mauvaise conservation peut altérer certains produits avant même leur utilisation.

Les médicaments devant être conservés entre 2°C et 8°C doivent rester dans des conditions réfrigérées, sans être congelés. Leur transport peut nécessiter un emballage isotherme, mais le produit ne doit pas être placé directement contre un accumulateur de froid.  

La voiture représente l’un des environnements les plus problématiques. Même pendant un arrêt assez court, la température de l’habitacle peut dépasser largement celle de l’air extérieur. Les médicaments ne doivent pas y être laissés, pas davantage que sur un rebord de fenêtre ou dans un sac exposé au soleil.

Les formes sensibles à la chaleur, comme les suppositoires, les ovules, certaines crèmes ou certains gels, doivent être examinées avant utilisation. Un changement net de couleur, d’odeur ou de consistance justifie de demander l’avis d’un pharmacien.

Les personnes diabétiques doivent aussi protéger les lecteurs de glycémie, les bandelettes et les capteurs. Une exposition à une température non conforme aux recommandations du fabricant peut fausser les résultats et conduire à une mauvaise décision concernant le traitement. L’Assurance Maladie recommande de vérifier la température de conservation de chaque médicament antidiabétique dans sa notice.  

Certains traitements peuvent enfin rendre la peau plus sensible au soleil. Cette photosensibilisation concerne notamment des antibiotiques, des anti-inflammatoires, des traitements contre l’acné ou certains médicaments cardiovasculaires. Elle peut provoquer des rougeurs, des brûlures ou une réaction cutanée après une exposition limitée. L’ANSM recommande d’éviter le soleil et les UVA pendant toute la durée du traitement concerné, ainsi que durant les jours qui suivent lorsque la notice le prévoit.  

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