La rupture est désormais totale. La France a confirmé avoir retiré l’ensemble de son personnel diplomatique du Burkina Faso au début du mois de juillet, en réponse à la décision unilatérale de la junte au pouvoir à Ouagadougou de rompre ses relations avec Paris. D’après BFMTV, plus aucun diplomate français n’est en poste dans le pays depuis la fin de la semaine précédant l’annonce.
Le 26 juin, les autorités burkinabè du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par coup d’État en septembre 2022, ont annoncé la fin de toutes leurs relations diplomatiques avec la France, invoquant un « activisme incessant » de Paris contre les intérêts du Burkina Faso, ainsi qu’un soutien supposé à des réseaux subversifs et à des groupes terroristes. Le gouvernement burkinabè a toutefois précisé que cette rupture ne concernait pas « les relations entre les peuples ».
Paris a répondu point par point. Le Quai d’Orsay a convoqué dès le lundi suivant le chargé d’affaires du Burkina Faso à Paris pour lui notifier que son personnel diplomatique devait quitter la France sous sept jours, soit au plus tard le lundi 6 juillet au soir. « Il lui a été signifié, dans un esprit de réciprocité, que le personnel diplomatique burkinabè devrait également quitter la France sous sept jours », a indiqué le ministère des Affaires étrangères français.
« Hostile et sans fondement »
La position officielle de Paris est sans ambiguïté. Le Quai d’Orsay a dénoncé une décision « hostile et sans fondement » qui « illustre la dérive préoccupante des autorités burkinabè ». Les accusations portées par Ouagadougou, notamment celle d’un soutien français à des groupes terroristes, ont été catégoriquement rejetées comme « complètement fausses ». Le ministère a rappelé que l’engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme à travers le monde « est connu de tous » et qu’elle « en a lourdement payé le tribut ».
Sur la question sécuritaire, Paris a également tenu à préciser sa position vis-à-vis des populations civiles : « Nous condamnons fermement toutes les attaques terroristes, ainsi que les exactions commises à l’encontre des civils au Sahel et réitérons notre plein soutien aux populations, qui sont les premières victimes de la crise en cours. »
La mesure de renvoi des diplomates burkinabè est donc présentée comme une conséquence directe, et non comme une initiative agressive. « Nous en avons tiré les conséquences », s’est contenté d’indiquer le ministère, laissant le soin aux faits de parler.
Un délitement entamé depuis 2023
Cette rupture n’est pas survenue dans un vide. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Traoré, les relations entre Paris et Ouagadougou se dégradaient méthodiquement. Dès 2023, la junte avait exigé le rappel de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Luc Hallade, avant de dénoncer l’accord militaire liant les deux pays et d’obtenir le départ des forces françaises qui combattaient les groupes jihadistes sur le territoire burkinabè depuis des années.
Depuis lors, le régime s’est tourné vers de nouveaux partenaires tout en multipliant les invectives contre Paris. Le Burkina Faso fait face à une insurrection jihadiste qui mine le pays depuis une décennie, dans un contexte où la junte réprime toute voix critique et affiche une posture souverainiste hostile aux Occidentaux.
La rupture du 26 juin s’inscrit donc dans cette logique d’éloignement progressif, que le Quai d’Orsay a finalement entériné en rappelant ses propres diplomates, « suivant la feuille de route initiée par Ouagadougou ».
La situation reste préoccupante pour les quelque 2 000 ressortissants français inscrits au registre consulaire au Burkina Faso, que le ministère appelle à exercer « une vigilance renforcée dans ce contexte particulier ». De l’autre côté, plus de 6 000 ressortissants burkinabè vivent en France.




