L’Union européenne a adopté en 2024 le règlement 2024/1624/UE, qui instaure un plafond uniforme de 10 000 euros pour les paiements en espèces dans l’ensemble des 27 États membres. Le texte entrera en vigueur le 10 juillet 2027.
Ce plafond ne concernera que les paiements effectués auprès de professionnels, commerçants, entreprises ou artisans. Les transactions entre particuliers resteront libres, sans limite de montant : un particulier pourra toujours régler en liquide l’achat d’une voiture d’occasion directement à un autre particulier.
Plusieurs secteurs sont particulièrement ciblés : l’automobile de luxe, les yachts, les jets privés et certaines activités immobilières. Une disposition complémentaire impose aux vendeurs de vérifier l’identité de l’acheteur pour toute transaction en espèces comprise entre 3 000 et 10 000 euros.
L’objectif affiché est de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, les grosses sommes en liquide servant souvent à dissimuler des fonds issus d’activités criminelles. Paul Tang, eurodéputé néerlandais chargé du dossier au Parlement européen, cité par le Tribunal du Net : « L’idée est de rendre difficile l’utilisation de l’argent liquide pour des achats comme des yachts, des jets privés ou d’autres biens de luxe par des criminels. »
Pour la majorité des citoyens, l’effet devrait rester limité : la plupart des transactions quotidiennes se situent largement sous ce seuil.
Des règles nationales très disparates au 11 août 2026
Avant cette réforme, l’Allemagne n’imposait aucune limite aux paiements en espèces, fidèle à sa tradition du cash. L’Italie, l’Espagne ou certains pays d’Europe de l’Est appliquaient des plafonds allant de 2 000 à 15 000 euros selon les cas. Cette fragmentation offrait aux réseaux criminels une faille : mener des opérations de blanchiment en choisissant la juridiction la plus accommodante entre pays voisins.
Concrètement, la France, l’Espagne et l’Italie ne verront quasiment rien changer. L’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Autriche, eux, découvriront une limite qu’ils n’ont jamais connue. L’Allemagne, où le paiement en liquide reste très répandu, sera particulièrement affectée.
La France conserve son seuil plus strict de 1 000 euros
En France, le plafond des paiements en espèces entre un particulier et un professionnel est fixé à 1 000 euros depuis 2015. Le règlement européen laissant aux États membres la possibilité de garder des limites plus basses, la France devrait conserver ce seuil, plus contraignant que celui fixé à Bruxelles.
Ce montant avait été instauré sous l’impulsion de l’ancien ministre de l’Économie Michel Sapin, dans un contexte marqué par les attentats de 2015. Avant cette date, la limite française était de 3 000 euros. Le code monétaire et financier prévoit des exceptions : les paiements entre particuliers hors cadre professionnel, ceux des personnes sans accès à un compte bancaire, et un plafond relevé à 10 000 euros pour les touristes non-résidents fiscaux en France.
Le paquet législatif de 2024 crée aussi une nouvelle institution, l’Autorité de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, l’ALBC. Elle est installée à Francfort, alors que Paris avait posé sa candidature sans être retenue. Opérationnelle depuis mi-2025, elle compte déjà plus de 400 agents.
Elle supervise directement les entités financières jugées les plus risquées, coordonne les autorités nationales et peut intervenir en cas de défaillance. Ses pouvoirs sont contraignants, dans un rôle proche de celui d’un gendarme financier à l’échelle européenne.
À partir de 2029, les grands clubs de football professionnels devront respecter les mêmes obligations que les banques en matière de lutte contre le blanchiment. Ils devront vérifier l’identité et l’origine des fonds de leurs partenaires financiers, qu’il s’agisse d’un investisseur rachetant des parts du capital, d’un sponsor signant un contrat de plusieurs dizaines de millions d’euros, ou d’un club acheteur lors d’un transfert. Toute transaction suspecte devra être signalée aux cellules de renseignement financier nationales.
Jusqu’ici, le football échappait largement à ces règles, contrairement aux banques, aux agents immobiliers ou aux avocats. Un transfert à 80 millions d’euros négocié via une société écran dans un paradis fiscal pouvait ainsi passer entre les mailles du filet. Les révélations des Football Leaks avaient déjà mis en lumière la perméabilité du secteur à l’argent sale.
Le règlement concerne également toute personne dont le patrimoine financier dépasse 50 millions d’euros. Ces contribuables seront automatiquement soumis à une vigilance renforcée de la part des banques et des acteurs financiers qui les suivent.
Il ne s’agit ni d’une taxe ni d’une interdiction, mais d’une vérification plus poussée de l’origine des fonds, d’un examen plus attentif des mouvements de capitaux et d’une obligation de signalement en cas d’anomalie. Ce niveau de surveillance est déjà appliqué aux personnalités politiquement exposées.




