Quand un sous-marin diesel australien de 850 millions de dollars a réussi à « couler » un porte-avions nucléaire américain de 5,5 milliards de dollars en évitant ses défenses

Un sous-marin diesel à 850 millions de dollars a piégé un porte-avions nucléaire américain valorisé à 5,5 milliards. Comment un David australien a-t-il berné toute une flotte alliée sans se faire repérer ?

Publié le
Lecture : 2 min
Quand un sous-marin diesel australien de 850 millions de dollars a réussi à « couler » un porte-avions nucléaire américain de 5,5 milliards de dollars en évitant ses défenses
Quand un sous-marin diesel australien de 850 millions de dollars a réussi à « couler » un porte-avions nucléaire américain de 5,5 milliards de dollars en évitant ses défenses © journaldeleconomie.fr

Le HMAS Waller, sous-marin australien de classe Collins, s’est glissé à l’intérieur du dispositif de protection d’un porte-avions nucléaire américain et a réussi à le photographier, un geste qui équivaut, dans les règles de l’exercice, à une destruction simulée. Sa cible : l’USS Abraham Lincoln (CVN-72), l’un des fleurons de la marine américaine.

L’épisode s’est déroulé au début des années 2000, lors de manœuvres dirigées par les États-Unis autour d’Hawaï et dans les eaux au nord de l’Australie. Le Waller avait d’abord intégré le groupe aéronaval américain avant de basculer dans le rôle d’un sous-marin ennemi.

Selon le compte-rendu de l’Australian Financial Review, le bâtiment australien a évité les forces américaines, japonaises, canadiennes, chiliennes, sud-coréennes et britanniques présentes dans l’exercice, avant de fournir une preuve photographique de sa position, à portée de tir de torpille d’une cible américaine majeure et lourdement défendue.

Cet épisode, qualifié de moment le plus marquant de la classe Collins, s’inscrit dans une série de succès : au cours de plusieurs exercices multinationaux du début des années 2000, les sous-marins australiens ont enregistré d’autres « victoires » simulées contre des navires américains, incluant des frappes de torpilles simulées contre un porte-avions et contre des sous-marins d’attaque nucléaires.

La presse australienne a salué la performance, tout en rappelant qu’elle n’était pas forcément représentative des capacités réelles du sous-marin en cas de conflit.

Une source navale citée par l’Australian Financial Review a d’ailleurs tempéré l’enthousiasme, expliquant qu’aucun des deux exploits n’est un indicateur utile de performance si l’on ne comprend pas l’ensemble du contexte. Un ancien officier a précisé que photographier des porte-avions relève d’un passe-temps de sous-marinier, ajoutant que les exercices sont conçus pour que tout le monde reparte content.

Une classe longtemps jugée décevante

La classe Collins est entrée en service à la fin des années 1990, pour remplacer les vieux sous-marins de classe Oberon. Ses débuts ont été laborieux : niveaux de bruit élevés en immersion, pannes mécaniques à répétition, difficultés opérationnelles. Pendant l’essentiel de la décennie qui a suivi, le programme a été perçu comme un embarras national.

Canberra a fini par moderniser les bâtiments et renforcer la formation des équipages, ce qui a redoré l’image de la classe, aussi bien en Australie qu’auprès des marines étrangères présentes dans les exercices multinationaux.

L’exploit du Waller met en regard deux ordres de grandeur : le porte-avions nucléaire américain est valorisé à 5,5 milliards de dollars, contre 850 millions de dollars pour le sous-marin diesel australien. Le programme complet de la classe Collins a lui-même mobilisé plusieurs milliards de dollars, les chiffres variant selon que l’on compte la construction, les systèmes embarqués ou les dépenses de programme dans leur ensemble.

Cette réputation regagnée n’a pas empêché Canberra de tourner la page du diesel-électrique. En 2021, l’Australie a rejoint le partenariat AUKUS avec les États-Unis et le Royaume-Uni pour accéder à la technologie des sous-marins à propulsion nucléaire, un partage technologique que Washington n’avait accordé qu’une seule fois auparavant.

La décision a mis fin à l’accord signé en 2016 avec le groupe français Naval Group pour douze sous-marins diesel-électriques dérivés de la classe Barracuda. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé une « tromperie » et une « trahison », allant jusqu’à évoquer un « coup de couteau dans le dos ». Naval Group aurait appris la rupture du contrat quelques heures seulement avant l’annonce publique d’AUKUS.

En attendant l’arrivée des sous-marins de classe Virginia puis SSN-AUKUS, la classe Collins reste en service grâce à un programme de prolongation de sa durée de vie. Elle devrait rester opérationnelle jusqu’à la fin des années 2030, sans doute sans plus jamais enregistrer de nouvelle « victoire », réelle ou simulée.

Laisser un commentaire

Share to...