« La colère va être encore plus forte » : les électriciens et gaziers paralysent le réseau pour sauver leur remise sur les factures d’énergie

930 millions d’euros par an, 300 000 personnes mobilisées, un réacteur nucléaire déjà touché. Le tarif agent, hérité de 1951, peut-il vraiment tenir face à Bercy ? La réponse se joue ce mardi.

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« La colère va être encore plus forte » : les électriciens et gaziers paralysent le réseau pour sauver leur remise sur les factures d'énergie
« La colère va être encore plus forte » : les électriciens et gaziers paralysent le réseau pour sauver leur remise sur les factures d’énergie © journaldeleconomie.fr

Une « journée d’actions et de grève » était appelée ce mardi 15 septembre 2026 par l’intersyndicale des salariés de l’énergie. CGT, CFE-CGC, CFDT et FO réclament d’une seule voix que le gouvernement renonce à toute remise en cause de l’avantage en nature énergie, plus connu sous le nom de tarif agent.

Selon un rapport de la Cour des comptes publié à la mi-juillet 2026, les bénéficiaires paient moins de 2 % des tarifs moyens de l’électricité et du gaz, un chiffre que les syndicats contestent en avançant plutôt 10 %. Ce dispositif, figé depuis 1951 pour l’électricité et 1962 pour le gaz, coûte 700 millions d’euros par an à EDF.

S’y ajoutent 230 millions d’euros de manque à gagner fiscal pour l’État, l’avantage étant sous-évalué dans les déclarations des bénéficiaires. Au total, la charge atteint 930 millions d’euros, une somme regardée de près par Bercy dans un contexte de déficit public persistant.

La mise en demeure de la Cour des comptes accélère le dossier

La Cour des comptes réclame un encadrement plus strict du tarif agent depuis 2013 et préconisait déjà sa suppression progressive en 2019, sans qu’aucun gouvernement n’y donne suite. La mise en demeure adressée en juillet 2026 change la donne : l’exécutif doit désormais trancher par arrêté ministériel. Trois pistes circulent, entre :

  1. suppression immédiate,
  2. réduction progressive alignée sur 20 à 30 % des tarifs moyens sur dix ans,
  3. ou statu quo.

Pour Dominique Santoni, déléguée fédérale des industries électriques et gazières à la CFDT, ce débat masque une réalité salariale : « le tarif agent, c’est une partie de la rémunération des agents, ce n’est pas un cadeau », relaye Nice Matin, rappelant que les grilles de base du secteur restent souvent inférieures au SMIC.

Fabrice Coudour, secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de l’énergie-CGT, va plus loin : « C’est un totem de notre contrat social ».

Environ 300 000 personnes sont concernées par la mobilisation, dont 140 000 salariés en activité chez EDF, Enedis, RTE, GRDF, Engie ou NaTran, et 160 000 retraités de ces industries. L’appel avait été lancé deux mois plus tôt, mi-juillet 2026.

Dès le vendredi 11 septembre, des grévistes ont réduit la puissance de la centrale nucléaire de Flamanville, dans la Manche : la charge du réacteur 2 a été abaissée, et des travaux de maintenance sur le réacteur 1 ont été retardés.

Alexandre Grillat, secrétaire général de la CFE Énergies, rappelle qu’au printemps 2011, lors de la dernière grande menace pesant sur le tarif agent, le taux de grévistes avait atteint 86 %. Il prévient : « Si le gouvernement n’entend pas le message exprimé le 15, la colère va être encore plus forte ».

L’intersyndicale a prévu un rassemblement devant Bercy pour exiger une audience. En Drôme-Ardèche, des mobilisations se tiennent le même jour à Valence, Annonay, Montélimar et Aubenas. Invité de la radio ICI Drôme Ardèche, David Hallier, délégué CGT à la centrale nucléaire de Cruas, est venu défendre ce mouvement local.

Le ministère de l’Énergie confirme avoir reçu cette mise en demeure de la Cour des comptes, qui exige de se mettre en conformité sur la valorisation de l’écart entre le tarif préférentiel et la valeur réelle de l’énergie.

La mobilisation intervient alors que les tensions au Moyen-Orient pèsent sur les approvisionnements en gaz en Europe, avec des réserves françaises à des niveaux critiques à la mi-septembre 2026. Toute perturbation de la production électrique ou des flux gaziers pourrait déséquilibrer l’offre et la demande. Ce mouvement précède celui de la fonction publique, fixé au 29 septembre 2026.

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