Le prix du plein pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages. Selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro, 48% des Français ressentent fortement la hausse des carburants dans leurs finances, tandis que 88% jugent possible une nouvelle mobilisation comparable à celle des Gilets jaunes de 2018.
Gilets jaunes : le budget des ménages sous pression avec les carburants
Le retour des Gilets jaunes est d’abord envisagé dans un contexte de forte pression sur le portefeuille. Selon le sondage exclusif Odoxa-Backbone pour Le Figaro, publié le 16 septembre 2026, 48% des Français déclarent que la hausse des prix des carburants a un impact important sur leur budget. La proportion monte à 65% parmi les catégories populaires.
Cette sensibilité au prix du plein s’explique par la place difficilement compressible de la voiture dans les dépenses de nombreux foyers. Lorsque les déplacements domicile-travail dépendent quotidiennement d’un véhicule, une hausse durable du litre se transforme directement en dépense supplémentaire.
C’est précisément ce lien entre mobilité et pouvoir d’achat qui rapproche la situation actuelle de l’origine de la contestation de 2018. Le mouvement des Gilets jaunes était initialement parti de la question des carburants avant d’agréger des revendications beaucoup plus larges sur le niveau de vie et la fiscalité.
Le prix du plein nourrit une demande d’intervention de l’État
Face à cette hausse, une majorité des Français interrogés attend davantage des pouvoirs publics. 60% considèrent que l’État devrait consacrer plus d’argent à la baisse des prix des carburants et aux aides, malgré le déficit public et le niveau de la dette.
Ce résultat met en évidence l’arbitrage auquel l’exécutif est confronté. Une baisse généralisée du prix à la pompe peut représenter une dépense considérable lorsqu’elle est appliquée à l’ensemble des volumes consommés. À l’inverse, les aides ciblées limitent le coût pour les finances publiques, mais ne concernent qu’une partie des ménages et des professionnels.
Le gouvernement a jusqu’ici privilégié cette seconde approche. Plusieurs soutiens destinés aux secteurs particulièrement dépendants du carburant ont été prolongés jusqu’au 31 décembre. L’aide destinée aux pêcheurs doit notamment passer de 25 à 35 centimes par litre, tandis que les entreprises éligibles du BTP continueront de bénéficier d’un soutien de 20 centimes par litre de gazole non routier. Pour les agriculteurs, le dispositif reste fixé à 15 centimes par litre.
Ces mesures apportent une réponse aux professions dont l’activité est directement exposée au coût de l’énergie. Elles ne règlent cependant pas la question du budget carburant de l’ensemble des automobilistes, alors que l’enquête Odoxa montre qu’une part importante de la population ressent déjà directement la hausse.
Les tensions dans les stations dépassent désormais leur niveau habituel
Le contexte est d’autant plus sensible que les difficultés ne concernent pas uniquement les tarifs affichés sur les totems des stations-service.
Selon les données publiées le 18 septembre 2026 à 9 heures sur le site gouvernemental Prix-carburants.gouv.fr, 89% des stations-service ne rencontraient aucune difficulté d’approvisionnement. Cela signifie que 11% connaissaient une difficulté concernant au moins un produit, essence ou gazole. Le suivi porte sur environ 9.900 stations.
Cette proportion est supérieure à celle observée en situation habituelle. Fin avril, le gouvernement indiquait que 4% des stations connaissaient une difficulté sur au moins un carburant et présentait ce taux comme correspondant à une situation normale.
Il ne s’agit donc pas d’une pénurie généralisée : près de neuf stations sur dix fonctionnent sans difficulté selon le relevé du 18 septembre. Mais la hausse du nombre de points de vente concernés ajoute une contrainte supplémentaire à un marché déjà marqué par des prix exceptionnellement élevés.
Pour les ménages, l’addition des deux phénomènes est particulièrement visible : le carburant coûte davantage et il peut, localement, devenir plus difficile à trouver.
88% des Français pensent qu’une nouvelle colère est possible
C’est à la lumière de cette situation économique que prend tout son sens le résultat le plus spectaculaire de l’enquête Odoxa-Backbone. 88% des Français estiment que la hausse des carburants pourrait entraîner un mouvement de colère similaire à celui des Gilets jaunes. Parmi eux, 48% pensent que cela pourrait « certainement » arriver.
Ce chiffre ne mesure pas une intention de manifester. Il signifie que les personnes interrogées considèrent qu’un mouvement comparable à celui de 2018 peut se reproduire. La nuance est essentielle : 88% des Français ne déclarent pas être prêts à enfiler un gilet jaune ou à rejoindre une manifestation.
La perception du risque s’est néanmoins fortement renforcée. D’après Le Figaro, la proportion de Français répondant qu’un tel mouvement pourrait « certainement » se produire a augmenté de 18 points par rapport à une précédente enquête réalisée en avril, lors d’un autre épisode de flambée des prix à la pompe.
Le scénario ne relève plus uniquement du sondage. Des appels à une mobilisation le 17 octobre 2026 circulent sur les réseaux sociaux. Leur ampleur réelle reste toutefois difficile à apprécier et leur existence ne permet pas, à ce stade, de parler d’une reconstitution organisée du mouvement apparu en 2018.
L’analyse de Backbone souligne d’ailleurs le caractère encore dispersé des initiatives observées en ligne. Le passage d’un mécontentement numérique à une mobilisation structurée reste donc incertain.
Carburants et Gilets jaunes : pourquoi 2018 reste la référence
La comparaison avec 2018 s’impose parce que le carburant avait constitué l’un des principaux déclencheurs de la contestation. L’Insee décrivait le mouvement comme initialement « centré au départ sur la hausse des prix du carburant automobile », avant son élargissement à d’autres questions liées notamment au pouvoir d’achat.
Cette année-là, les prix des carburants et lubrifiants avaient progressé de 13,0%, selon l’Insee. Pour le seul gazole, l’augmentation avait atteint 16,5%. La contestation avait ensuite conduit le gouvernement à abandonner plusieurs augmentations fiscales qui devaient entrer en vigueur début 2019.
La situation de 2026 n’est pas identique. Les causes de la flambée actuelle, l’environnement géopolitique et les réponses publiques diffèrent. Mais un mécanisme économique commun explique pourquoi la comparaison revient : le carburant constitue une dépense quotidienne sur laquelle certains ménages disposent de peu de marges de manœuvre.
Avec 48% des Français disant déjà ressentir fortement la hausse dans leur budget et 60% réclamant davantage d’intervention publique, l’enquête Odoxa-Backbone montre ainsi que la question dépasse largement le seul prix affiché à la pompe. C’est cette pression sur le pouvoir d’achat qui explique pourquoi, huit ans après 2018, le nom des Gilets jaunes revient avec autant de force.

