Julien Benayoun, cofondateur et directeur général de la plateforme de financement participatif Lita, a indiqué que les 10 523 investisseurs Lita allaient perdre leur investissement. Jeudi 15 octobre 2026, il a confirmé que les 7 millions d’euros collectés auprès de ces particuliers allaient être définitivement perdus.
La cause de cette perte sèche : la reprise de Duralex, actée la veille par le tribunal de commerce d’Orléans. L’offre retenue est celle de Tomé, la holding de l’entrepreneur Cédric Meston. Elle permet de sauver l’activité industrielle du site de La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, avec 155 emplois conservés sur environ 220.
Mais elle met un terme à la SCOP qui portait l’entreprise depuis 2024, et le passif n’est pas repris, y compris les titres participatifs souscrits par les épargnants. Les détenteurs de ces titres ont reçu un mail leur annonçant que la validation de l’offre entérinait la perte de leur mise.
Le repreneur renvoie la responsabilité à la liquidation de la SCOP
Dans une lettre consultée par l’AFP, Cédric Meston se dit « désolé » mais affirme ne pas pouvoir promettre de remboursement. Les titres, explique-t-il, ont été émis par la coopérative, « qui reste une société distincte de la nôtre. Leur sort dépend de la procédure collective et de la liquidation de la SCOP, sous le contrôle du mandataire judiciaire, pas du repreneur ».
Le repreneur propose en compensation aux particuliers concernés une journée dans l’usine historique, assortie de produits Duralex et Tupperware dont la valeur serait proportionnelle à l’investissement initial.
La collecte avait été lancée en novembre 2025 pour financer de nouveaux équipements et relancer la verrerie, placée en redressement judiciaire en juin 2026. Elle avait suscité un engouement net : plus de 21 000 personnes s’étaient manifestées, et près de 20 millions d’euros avaient été promis en moins de 48 heures.
Au final, 10 523 investisseurs particuliers ont mis 7 millions d’euros, soit un ticket moyen de 372 euros. Les titres participatifs promettaient un rendement de 8 % bruts par an, avec un remboursement envisagé entre sept et dix ans. Julien Benayoun rappelle qu’il s’agissait d’un placement très risqué : dès l’ouverture du redressement judiciaire, il avait prévenu que ni le capital ni les intérêts n’étaient garantis en cas d’échec de l’entreprise.
Une enquête ouverte au parquet d’Orléans
Le parquet d’Orléans a ouvert une enquête, sans préciser à ce stade les infractions visées. Des perquisitions ont déjà eu lieu, notamment au siège de Duralex. La plateforme Lita se réserve le droit de porter plainte.
L’ancien directeur général de la verrerie, François Marciano, figure de la reprise en SCOP, ainsi que son fils Antoine, nommé directeur financier, pourraient être visés par la procédure. Leur avocat, Me Pierre Lalanne, assure que ses clients démentent toute implication dans d’éventuelles malversations.
L’affaire illustre les limites d’un élan populaire face à une trésorerie fragile : la mobilisation autour de Duralex a été réelle et massive, mais elle n’a pas suffi à corriger à elle seule le modèle économique de l’entreprise. L’attachement à un nom industriel connu de plusieurs générations ne remplace ni la solidité financière ni la viabilité de long terme.
Pour les 10 523 épargnants, la leçon est brutale : soutenir une entreprise peut aussi signifier en perdre toute la mise.




