Chômage partiel chez Rémy Martin : le cognac souffre à l’export

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Chômage partiel chez Rémy Martin : le cognac souffre à l’export © journaldeleconomie.fr

Une grande maison de cognac, des salariés mis à l’arrêt, et deux marchés-clés qui se ferment brutalement. Derrière le coup de frein de Rémy Martin, c’est une dépendance économique bien réelle qui s’expose.

Une semaine de chômage partiel par mois, des salaires amputés, une production stoppée. À Merpins, la situation n’a rien d’un simple ralentissement saisonnier.

Rémy Martin touche les limites de son modèle

C’est la première à céder. Face à une chute brutale de ses débouchés, Rémy Martin, fleuron du cognac français, a placé plus de 260 salariés en chômage partiel à Merpins (Charente). Une semaine sans activité chaque mois, prévue jusqu’en juin 2025, peut-être plus. Les salaires sont réduits de 7 % et les intérimaires, eux, restent dans l’incertitude.
Ce plan d’urgence, la maison n’y avait jamais eu recours, même dans les années de creux. Mais cette fois, la donne est différente. Les deux piliers du chiffre d’affaires, qui sont les États-Unis et la Chine, sont frappés en même temps. 80 % des revenus de Rémy Martin dépendent de ces deux marchés.

À l’origine de cette crise, des tensions commerciales qui n’ont rien à voir avec le cognac. Pékin a dégainé des mesures antidumping contre les brandys européens depuis novembre 2024, en représailles à une enquête de Bruxelles sur les subventions chinoises à l’automobile électrique. Résultat : pour exporter du cognac, les entreprises doivent déposer une caution aux douanes, ce qui complique et renchérit chaque envoi.
Côté américain, même cocktail amer. Donald Trump a menacé d’une surtaxe de 200 % sur les vins et spiritueux européens, avant de se raviser. Mais les droits de douane actuels (10 %) restent un frein, et les incertitudes pèsent lourd.

Cognac : une filière ultra-exposée… et vulnérable

Le cognac n’est pas un produit comme un autre. C’est 98 % de ventes à l’export, pour 3,35 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Les États-Unis en absorbent 38 %, la Chine 25 %. Autant dire que le marché intérieur ne suffit pas à amortir le choc. Les professionnels du secteur estiment les pertes actuelles à 50 millions d’euros par mois depuis l’instauration des sanctions.
L’affaire Rémy Martin devient donc un cas d’école : une entreprise qui fonctionne très bien, mais dont la dépendance extrême à l’international devient son point faible dès que le contexte géopolitique se tend, comme actuellement. Le groupe Rémy Cointreau, maison-mère, a vu son chiffre d’affaires global reculer à 534 millions d’euros sur le semestre, contre 637 millions un an plus tôt. Sur le pôle cognac, la baisse atteint 17,9 %.

Officiellement, le chômage partiel est prévu pour trois mois. Mais le délai de trois mois obtenu par le gouvernement français pour repousser les surtaxes chinoises ne garantit rien à long terme. Si les tensions persistent, d’autres maisons (Hennessy, Martell…) pourraient suivre.
Pour les salariés, les conséquences sont immédiates. Pour la filière, le message est clair : l’export reste une force… jusqu’à ce que ça devienne une faiblesse. Et pour d’autres secteurs (vins, parfums, luxe) la crise du cognac sonne comme un avertissement utile.

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