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Des marins perdent 61 000 baskets Nike durant une tempête du Pacifique en 1990, elles s’échouent six mois après sur la côte de Washington

En 1990, 61 000 baskets Nike tombent à la mer en pleine tempête. Résultat ? Une découverte surprenante sur leur dérive qui allait révolutionner la compréhension des courants océaniques pendant des décennies.

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Des marins perdent 61 000 baskets Nike durant une tempête du Pacifique en 1990, elles s'échouent six mois après sur la côte de Washington
Des marins perdent 61 000 baskets Nike durant une tempête du Pacifique en 1990, elles s’échouent six mois après sur la côte de Washington © journaldeleconomie.fr

Le 27 mai 1990, le porte-conteneurs Hansa Carrier navigue de Corée vers les États-Unis quand il traverse une tempête violente au sud de la péninsule d’Alaska. Sous la violence des vagues, 21 conteneurs de 40 pieds basculent par-dessus bord.

Selon Le Tribunal du Net, cinq d’entre eux transportaient des chaussures de sport Nike. Selon Wikipédia, 61 000 paires se retrouvent ainsi livrées aux courants du Pacifique Nord. Un naufrage de marchandises, catastrophe ordinaire pour l’armateur, allait pourtant devenir une aubaine inattendue pour la recherche océanographique.

Ce qui distingue cette cargaison d’un simple incident maritime, c’est sa traçabilité. Chaque chaussure portait un numéro de série unique, permettant de les identifier formellement comme provenant du naufrage, sans confusion possible avec un objet perdu par un randonneur. Ces baskets sont ainsi devenues, selon l’expression employée pour qualifier l’épisode, de véritables balises flottantes.

L’homme qui a saisi cette occasion s’appelle Curtis Ebbesmeyer. Cet océanographe basé à Seattle étudiait déjà les courants marins en suivant des bouées. En apprenant l’histoire des chaussures échouées, il monte un réseau de promeneurs chargés de signaler chaque objet retrouvé sur les plages, les beachcombers.

Des chaussures qui remontent, puis redescendent la côte

Vers Thanksgiving 1990, soit environ six mois après la tempête, les 200 premières baskets touchent terre sur la côte nord de l’État de Washington. Les mois suivants dessinent une trajectoire mouvante : la flottille remonte d’abord vers le nord avant d’être repoussée vers le sud, au large de l’Oregon, en avril et mai 1991.

Ce renversement de trajectoire s’explique par un changement de régime des vents. À la fin mars 1991, les vents du sud qui dominent l’hiver laissent place aux vents du nord de l’été sur la côte nord-ouest du Pacifique, inversant la direction de la dérive.

En analysant les signalements accumulés par son réseau de bénévoles, Ebbesmeyer fait une observation que rien ne laissait prévoir : les chaussures gauches et les chaussures droites ne dérivent pas du même côté. Leur forme, leur flottement et leur prise au vent ne sont pas symétriques, ce qui modifie leur trajectoire respective dans l’eau. Pour modéliser ces dérives, l’océanographe s’appuie sur OSCURS, un simulateur de courants de surface mis au point par l’océanographe Jim Ingraham.

L’épisode, resté dans les annales sous le nom de « Great Shoe Spill of 1990 », est considéré comme l’un des accidents maritimes ayant le plus fait progresser la connaissance des courants océaniques. La carte de ces dérives sert encore de référence pour comprendre comment les déchets voyagent d’un continent à l’autre.

Ebbesmeyer a répété la méthode à d’autres occasions. En 1994, il suit de la même manière la dérive de 34 000 gants de hockey tombés du navire Hyundai Seattle. Il s’était déjà fait connaître deux ans plus tôt avec des canards en plastique tombés d’un cargo en 1992, dont certains étaient encore ramassés sur les plages du Nord-Ouest plus de douze ans après leur chute à la mer.

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