Économie française : l’industrie résiste, mais la demande intérieure reste fragile

L’économie française reste confrontée à une demande intérieure fragile. En septembre 2026, la confiance des ménages demeure très basse et le commerce enregistre une nette détérioration du climat des affaires, tandis que l’industrie résiste davantage.

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La prudence persistante des ménages pèse sur le commerce et la reprise de l’activité. | journaldeleconomie.fr

L’économie française aborde la rentrée avec un paradoxe : les Français continuent de privilégier fortement l’épargne alors que les commerçants s’inquiètent pour leur activité. Les dernières enquêtes de l’Insee montrent que la prudence des ménages pèse sur une conjoncture déjà peu dynamique.

Économie française : les ménages continuent de privilégier l’épargne

L’économie française peine notamment à retrouver le soutien de la consommation. En septembre 2026, la confiance des ménages s’établit à seulement 86, selon l’enquête mensuelle publiée par l’Insee le 24 septembre. Pour comprendre ce chiffre, il faut le comparer à 100, qui représente le niveau moyen de cet indicateur sur longue période : à 86, le moral des Français reste donc sensiblement inférieur à ce qu’il est habituellement.

Un autre chiffre permet de mesurer la prudence qui domine actuellement : l’indicateur relatif à l’épargne atteint 121. Il a certes reculé de quatre points en septembre, mais reste très supérieur à sa moyenne historique, elle aussi fixée à 100. Les Français demeurent donc beaucoup plus enclins qu’à l’accoutumée à mettre de l’argent de côté.

Ce choix a des conséquences économiques. Une épargne élevée n’est pas négative en elle-même, mais lorsque les ménages limitent parallèlement leurs dépenses, les entreprises qui dépendent de la consommation intérieure disposent de moins de débouchés.

Les chiffres de l’Insee illustrent d’ailleurs un moral durablement dégradé. La confiance des ménages atteignait encore 92 en février 2026. Elle est tombée à 82 en mai avant de remonter à 86 en juillet, niveau auquel elle se maintient depuis trois mois.

Cette faiblesse intervient alors que le marché du travail s’est lui aussi détérioré. Au deuxième trimestre 2026, le chômage concernait 8,3% de la population active. Sur la même période, le produit intérieur brut (PIB), qui mesure la richesse produite dans le pays, n’a pas progressé par rapport au trimestre précédent.

Le commerce paie le prix de cette prudence

C’est précisément du côté des commerçants que l’inquiétude apparaît désormais le plus clairement. Leur climat des affaires chute de cinq points en septembre, à 94, selon l’Insee. Cet indicateur est établi à partir des réponses des professionnels sur leurs ventes, leurs commandes, leurs effectifs ou leurs perspectives. Un niveau inférieur à 100 signifie que leur appréciation de la situation est moins favorable que sa moyenne historique.

Le recul est particulièrement visible dans leurs intentions de commandes. L’Insee utilise pour les mesurer un « solde d’opinion », c’est-à-dire un indicateur qui met en regard les réponses faisant état d’une hausse et celles signalant une baisse. Ce solde passe de -10 en août à -15 en septembre. Les commerçants se montrent donc plus réservés lorsqu’il s’agit de préparer leur activité future.

Leurs anticipations concernant les ventes se détériorent également. Dans le seul commerce de détail, hors automobile, le climat des affaires recule de cinq points et revient à 97. Dans le commerce et la réparation automobiles, il descend à 92.

La question des prix ajoute une difficulté supplémentaire. Les commerçants sont plus nombreux à signaler des augmentations de leurs prix récents : l’indicateur correspondant passe de 1 en juillet à 9 en septembre. Celui portant sur les prix qu’ils prévoient de pratiquer atteint 11. Ces valeurs ne représentent pas des pourcentages d’augmentation des prix : elles traduisent simplement une progression du nombre de professionnels faisant état de hausses.

L’inflation mesurée auprès des consommateurs s’élevait, elle, à 2,4% sur un an en août, d’après l’Insee.

Le tableau dessine ainsi un cercle difficile à rompre : des consommateurs prudents limitent certaines dépenses, les commerçants deviennent moins confiants sur leurs ventes et leurs commandes, tandis que les tensions sur les prix peuvent à leur tour inciter les ménages à conserver une épargne de précaution élevée.

L’industrie fait encore figure d’exception

La situation est très différente dans les usines. En septembre, le climat des affaires dans l’industrie se maintient à 101, selon l’Insee. Contrairement au commerce, aux services ou au bâtiment, l’industrie reste ainsi légèrement au-dessus de son niveau moyen de longue période.

Les industriels interrogés se montrent notamment plus positifs sur l’évolution récente de leur production ainsi que sur celle qu’ils anticipent. Un élément vient cependant tempérer ce constat : leur appréciation des carnets de commandes se détériore. Autrement dit, l’activité industrielle tient mieux que celle d’autres secteurs, mais les commandes disponibles pour alimenter la production future suscitent davantage de réserves.

Les écarts sont également importants à l’intérieur même de l’industrie. L’Insee relève une détérioration du climat dans plusieurs grands sous-secteurs, alors que les matériels de transport font exception.

Interrogé par Les Échos, Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l’Insee, souligne également l’importance prise par les variations des cours énergétiques : « Depuis le début de l’année, le climat des affaires fluctue au mois le mois dans le sillage de l’évolution des prix du pétrole ».

Le contraste entre industrie et consommation est d’autant plus important que la première peut bénéficier de commandes venues de l’étranger, tandis que de nombreuses activités de services et de commerce dépendent beaucoup plus directement des dépenses réalisées en France.

Dorian Roucher résume ce décalage dans des propos rapportés par Les Échos : « Il y a un peu de croissance qui vient de la demande extérieure adressée à l’industrie. En revanche, la demande intérieure est déprimée, en particulier du côté des ménages ».

Le rebond du moral des entreprises s’interrompt

Pris dans son ensemble, le climat des affaires français retombe à 96 en septembre, après 98 en août. Il avait pourtant progressé depuis le mois de mai, lorsqu’il se situait à 94. La remontée observée pendant plusieurs mois vient donc de s’interrompre.

Les différences entre secteurs sont importantes : l’industrie affiche un indicateur de 101, les services de 98, le bâtiment de 96, le commerce de détail et automobile de 94 et le commerce de gros de 93. À l’exception de l’industrie, tous restent sous leur moyenne historique.

L’emploi donne lui aussi un signal de ralentissement. Le climat de l’emploi, qui rassemble plusieurs réponses des entreprises concernant l’évolution récente et attendue de leurs effectifs, passe de 99 en août à 98 en septembre. Cette variation ne signifie pas que l’emploi recule automatiquement, mais elle montre que les réponses des entreprises sont devenues un peu moins favorables.

Le constat est donc moins celui d’un effondrement que celui d’une économie privée d’accélération franche. L’industrie conserve quelques points d’appui, mais la consommation intérieure ne joue pas pleinement son rôle de moteur et le commerce en ressent directement les effets. Xavier Debrun, directeur général des statistiques, des études et de l’international de la Banque de France, estimait ainsi dans des propos rapportés par Les Échos : « L’économie française n’est pas à terre ».

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