Le Livret A, autrefois produit d’épargne préféré des Français, est désormais largement boudé. Ainsi, il vient d’enregistrer sa plus forte décollecte depuis 2009.
Le Livret A est boudé par les Français
Le Livret A, symbole de l’épargne populaire, traverse une zone de turbulence. Selon les données publiées par la Caisse des Dépôts, les retraits ont atteint 3,81 milliards d’euros sur le seul mois d’octobre 2025. Cette décollecte, la deuxième plus forte en seize ans, confirme que les Français commencent à bouder leur épargne réglementée. En cause : un taux du Livret A peu avantageux en ce moment, à peine 1,70 %.
C’est la deuxième plus forte sortie de capitaux depuis 2009, juste derrière le pic d’août 2023, lorsque les retraits avaient atteint 3,77 milliards d’euros. À cela s’ajoute une décollecte parallèle du LDDS, le Livret de Développement Durable et Solidaire. Ensemble, ces deux produits ont vu plus de 5 milliards d’euros quitter leurs coffres en octobre 2025, un montant inédit depuis la crise financière de 2008.
Ce mouvement massif marque un contraste saisissant avec les mois précédents. Pendant longtemps, le Livret A s’était imposé comme un refuge face à l’incertitude économique et à la volatilité des marchés. Mais depuis plusieurs trimestres, l’érosion du pouvoir d’achat pousse les épargnants à puiser dans leur bas de laine. Comme l’a souligné la Caisse des Dépôts, « les Français continuent de piocher dans leur épargne réglementée pour faire face aux dépenses du quotidien ».
Un taux trop faible par rapport à l’inflation
Cette tendance est d’autant plus marquée que le mois d’octobre concentre traditionnellement des dépenses importantes, liées à la rentrée scolaire, aux impôts locaux ou aux factures énergétiques. Pourtant, cette année, le phénomène prend une ampleur inédite. Si le Livret A perd de son attrait, c’est aussi parce que son rendement réel s’effrite. Son taux est de 1,70 % depuis août 2025, ne suit plus la progression des prix. Résultat : les épargnants voient la valeur réelle de leur argent fondre lentement, malgré la stabilité du taux nominal.
En 2023, le gouvernement avait choisi de geler le taux du Livret A jusqu’en 2025, arguant de la nécessité de préserver la capacité de financement du logement social et des infrastructures publiques. Une décision politiquement sensible, mais qui, du fait du changement de taux, pèse aujourd’hui sur l’attractivité du placement. Pour beaucoup, le rendement de 1,70 % ne compense plus la hausse des prix à la consommation, notamment dans l’énergie et l’alimentation.
Ce constat résume un changement de paradigme : l’épargne de précaution, longtemps privilégiée, cède désormais la place à des stratégies plus dynamiques. Certains épargnants se tournent vers des comptes à terme, des fonds en euros à rendement rehaussé, voire des placements boursiers jugés plus rémunérateurs à moyen terme.
Vers un rééquilibrage de l’épargne française ?
Les prochains mois seront décisifs pour mesurer si cette décollecte historique marque un tournant durable. Plusieurs signaux laissent penser que le mouvement pourrait se prolonger : la stabilité du taux du Livret A jusqu’à l’été 2026, confirmée par le ministère de l’Économie, et la hausse des produits alternatifs comme les comptes à terme bancaires, dont les rendements dépassent désormais les 4 %.
D’un autre côté, les flux d’épargne pourraient se réorienter vers des placements sécurisés à plus long terme, comme les assurances-vie en fonds euros, qui bénéficient d’un regain d’intérêt depuis la remontée des taux obligataires. Ce glissement d’un produit à l’autre illustre un changement de culture financière : les Français, historiquement prudents, commencent à arbitrer davantage entre rendement et disponibilité.





