Menacé par l’arrêt imminent des hauts-fourneaux de Scunthorpe décidé par Jingye, son propriétaire chinois, le gouvernement britannique a imposé une riposte immédiate : le 12 avril 2025, le Parlement a voté une loi d’urgence plaçant British Steel sous contrôle opérationnel de l’État, au nom de la souveraineté industrielle.
Le Parlement britannique nationalise British Steel
À peine le vote acté, des fonctionnaires du ministère de l’Industrie britannique ont été dépêchés sur le site pour superviser les opérations. La loi confère au gouvernement le pouvoir de gérer directement les flux logistiques, d’assurer le versement des salaires des 3 500 salariés et de relancer les commandes de matières premières vitales, notamment les boulettes de fer et le charbon à coke. Objectif : empêcher l’extinction des deux derniers hauts-fourneaux de Scunthorpe, qui rendrait tout redémarrage techniquement et économiquement irréalisable.
Le site sidérurgique affichait un déficit quotidien de 814 000 euros, une situation aggravée par l’arrêt volontaire des approvisionnements décidé par Jingye. Le groupe chinois, propriétaire depuis 2020, exigeait un soutien public massif sans garanties précises sur l’utilisation des fonds. Face à ce qu’il considère comme un risque de dépeçage industriel, le gouvernement britannique mobilise un fonds de 2,5 milliards de livres sterling pour stabiliser la production, tout en excluant une hausse de la fiscalité.
Réaction de Pékin
La Chine a rapidement, et vivement réagi. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une décision « politisée » et exhorté Londres à maintenir un environnement d’investissement fondé sur la réciprocité. De son côté, le groupe Jingye a justifié la fermeture programmée des hauts-fourneaux par une conjoncture défavorable, la hausse des coûts environnementaux, et l’instauration récente par les États-Unis de droits de douane de 25 % sur l’acier européen.
Mais Londres assume sa ligne dure. « La Chine n’est plus la bienvenue dans la sidérurgie britannique », a déclaré Jonathan Reynolds, ministre de l’Industrie. Selon lui, l’attitude de Jingye relève du chantage économique. Le texte adopté le 12 avril autorise l’État à diriger les instances exécutives de British Steel, et prévoit des sanctions en cas d’obstruction. Dans une économie déjà marquée par la fermeture du site de Port Talbot en 2024, cette mesure vise à éviter que le Royaume-Uni devienne le seul pays du G7 incapable de produire de l’acier primaire.



