35 millions d’euros d’amende : Nintendo sanctionnée pour le scandale des Joy-Con
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) vient d’infliger une amende record de 35 millions d’euros à Nintendo of Europe. Cette sanction historique, acceptée par la firme japonaise sans contestation, sanctionne des pratiques commerciales trompeuses liées au célèbre « Joy-Con drift », ce défaut technique qui a gâché l’expérience de millions de joueurs de Switch depuis 2018.
Ce dysfonctionnement, caractérisé par « des bugs de réactivité occasionnant notamment des mouvements fantômes, intempestifs ou inversés des personnages, ainsi que des blocages des manettes », selon la DGCCRF, transformait l’expérience ludique en cauchemar. Le problème était connu dès 2018, soit un an seulement après le lancement de la console hybride, mais Nintendo a gardé le silence pendant deux années cruciales.
Deux ans de silence délibéré face aux consommateurs
L’enquête du service national des enquêtes de la DGCCRF révèle une stratégie délibérée de rétention d’information. Alors que Nintendo connaissait parfaitement ce défaut de conception dès 2018, la firme nippone n’a commencé à communiquer sur le sujet qu’en juillet 2020. Cette communication tardive est intervenue uniquement après la plainte déposée par l’UFC-Que Choisir pour obsolescence programmée en septembre 2020.
Cette rétention d’information a eu des conséquences directes sur le comportement des consommateurs. La DGCCRF estime qu’elle « a contribué à dissuader les consommateurs de se tourner vers le service après-vente de Nintendo et a conduit certains d’entre eux à racheter de nouvelles manettes ». Un comportement qui caractérise parfaitement la pratique commerciale trompeuse aujourd’hui sanctionnée.
Il a fallu attendre 2023 pour que Nintendo of Europe s’engage enfin à réparer gratuitement les manettes concernées, soit cinq années après la découverte du problème. Cette gestion défaillante de la relation client, qui rappelle certaines pratiques douteuses dans d’autres secteurs, a pesé lourd dans la balance judiciaire.
La deuxième plus lourde sanction jamais prononcée par la DGCCRF
Avec 35 millions d’euros d’amende, cette sanction constitue la deuxième plus importante jamais prononcée par la DGCCRF en France, dépassée seulement par celle infligée à Shein en 2025. Ce montant témoigne de la gravité des faits reprochés et de l’ampleur du préjudice subi par les consommateurs français.
Pour éviter un procès long et médiatique, Nintendo a préféré accepter cette transaction pénale. Outre le versement des 35 millions d’euros au Trésor public, la firme doit également publier un communiqué sur la page d’accueil de son site internet, une sanction symbolique particulièrement visible.
Cette décision crée un précédent important dans l’industrie du jeu vidéo, envoyant un signal fort aux constructeurs sur leurs obligations en matière d’information et de transparence envers les consommateurs. La DGCCRF démontre ainsi sa détermination à lutter contre les pratiques commerciales trompeuses, même quand elles émanent de géants internationaux.
Un succès commercial inaltéré malgré la controverse
Paradoxalement, ce scandale du Joy-Con drift n’a pas entamé le succès phénoménal de la Switch sur le marché français et mondial. Depuis sa commercialisation en 2017, la console hybride s’est écoulée à environ 150 millions d’exemplaires dans le monde, établissant Nintendo comme un acteur incontournable du secteur.
Sa successeure, la Nintendo Switch 2 lancée en juin 2025, a même battu des records de vitesse avec 3,5 millions d’unités vendues en seulement quatre jours. Ces chiffres exceptionnels témoignent de la fidélité de la communauté de joueurs, malgré les déconvenues techniques rencontrées. Cette résilience commerciale contraste avec les tensions tarifaires qui agitent le secteur du jeu vidéo.
La menace d’une récidive sur la Switch 2
L’inquiétude demeure pour l’avenir. Selon les analyses du spécialiste de la réparabilité iFixit, la technologie des joysticks de la Nintendo Switch 2 s’avère similaire à celle utilisée par les manettes de la première génération. Cette similitude technique fait craindre une reproduction du même problème sur la nouvelle console.
Toutefois, le volume de joueurs concernés sur la Switch 2 n’est pas encore suffisant pour provoquer un mécontentement massif en ligne. Nintendo bénéficie donc d’une période de grâce pour corriger d’éventuels défauts avant qu’ils ne prennent l’ampleur de ceux constatés sur la première Switch.
Cette condamnation historique marque un tournant dans la gestion des défauts techniques par l’industrie du jeu vidéo. Elle rappelle que même les géants du secteur ne peuvent impunément ignorer leurs obligations envers les consommateurs. Pour Nintendo, cette leçon à 35 millions d’euros pourrait bien transformer sa politique de communication et de service après-vente dans les années à venir.



