Dans une ville où l’isolement fait souvent partie du quotidien, le projet Hyper Voisins se démarque en redonnant vie à l’esprit de voisinage dans le centre de Paris. Lancé en septembre 2017, ce mouvement transforme petit à petit la vie des habitants du XIVe arrondissement en misant sur la bonne humeur et l’entraide. Plutôt que de prendre la forme de révoltes avec barricades, l’aventure a démarré avec un banquet sur la Rue de l’Aude, où une table de 215 mètres accueillait 648 chaises.
La naissance d’un vrai esprit de quartier
Le collectif Hyper Voisins voit le jour en 2017, fondé par Patrick Bernard, un journaliste retraité qui rêvait de recréer l’ambiance chaleureuse d’un petit village en plein milieu de la capitale. Le projet couvre environ 50 rues et touche près de 15 000 résidents. Son but ? Changer les rapports souvent froids et solitaires de la vie en ville en établissant de vrais liens humains.
Aujourd’hui, le collectif compte déjà 3 000 membres de tous âges et métiers. On y trouve des brunchs hebdomadaires, des sorties culturelles, des échanges de souvenirs et des activités pour les enfants. Pendant la période de la pandémie, les membres se sont mobilisés pour fabriquer des masques, livrer les courses aux voisins fragilisés et aider une association locale.
Un réseau qui se vit au quotidien
Les Hyper Voisins ne se contentent pas de se retrouver en vrai ; ils utilisent aussi les outils numériques pour renforcer leur lien. Des groupes WhatsApp permettent par exemple d’organiser des réparations d’appareils, de vendre des articles d’occasion ou de partager des conseils santé. Cette utilisation des technologies vient parfaitement compléter leurs actions de terrain.
Chaque mois, un repas est organisé dans un resto privatisé, et chaque semaine, l’ambiance conviviale est au rendez-vous avec les apéros du vendredi soir, les cafés du samedi matin et les brunchs du dimanche. L’événement phare reste « La table d’Aude », qui peut réunir jusqu’à 1 000 couverts et symbolise toute la convivialité qui règne dans ce quartier parisien.
Des retours positifs et des projets d’avenir
Les témoignages ne manquent pas. Ainsi, Anna Morosova, architecte russe de 31 ans, trouve dans le collectif un soutien et une stabilité, tandis que Mireille Roberdeau, une veuve de 86 ans, y découvre une nouvelle motivation pour sortir et échanger.
Les perspectives de demain s’articulent autour de quatre axes : environnement, santé, espaces publics et mobilité. Par exemple, en partenariat avec l’association Les Alchimistes, des points de dépôt pour déchets organiques ont été mis en place. Une clinique est aussi envisagée grâce à un financement municipal de 500 000 €.
Côté mobilité urbaine durable, Hyper Voisins prévoit l’achat collectif de vélos électriques avec remorques et l’installation de chargeurs électriques partagés. Des discussions avancées avec le maire visent également à instaurer une taxe locale sur certaines entreprises.
Vers une maison commune qui rassemble
Manquant de locaux pour organiser tous ses événements, Hyper Voisins a décidé d’acheter collectivement une ancienne imprimerie en plein quartier pour la transformer en maison commune. Ce projet, au coût total de 600 000 €, se finance grâce à la vente de parts appelées « briques ». Pour l’heure, 62 % des fonds nécessaires ont été rassemblés.
Cette maison commune accueillera divers ateliers comme le tricot, des cours de cuisine ou encore des séances d’aide aux devoirs. Elle sera aussi privatisable deux soirées par semaine, sous une capacité maximale de vingt personnes.
Parallèlement, Hyper Voisins discute avec deux universités pour voir comment reproduire son modèle dans d’autres quartiers ou pour d’autres groupes via des formations spécifiques pour « amis du quartier ». La transformation récente de lieux publics, notamment la Place des Droits de l’Enfant, confirme bien le potentiel d’expansion de cette initiative.



