Publié en septembre 2025, le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie révèle une tendance inquiétante : la production de pétrole et de gaz issue des gisements existants décline à un rythme supérieur aux projections antérieures. L’étude, fondée sur plus de 15 000 champs mondiaux, chiffre la perte potentielle à 5,5 millions de barils de pétrole et 270 milliards de mètres cubes de gaz par an en l’absence de nouveaux projets. Ces résultats replacent les investissements fossiles au cœur du débat énergétique international, entre impératifs de sécurité d’approvisionnement et objectifs climatiques.
Un déclin naturel qui s’accélère
Selon l’AIE, les gisements conventionnels affichent désormais un recul moyen de 5,6 % par an pour le pétrole et de 6,8 % pour le gaz. Ce déclin structurel s’explique par l’épuisement des champs arrivés à maturité. La production du Moyen-Orient ne baisse que de 1,8 % par an, mais l’Europe, dépendante de l’offshore, subit près de 10 % de pertes annuelles. Les gisements en eaux profondes atteignent même un taux de 10,3 %.
La tendance se renforce avec la montée en puissance des gisements non conventionnels, dont le déclin initial peut dépasser 35 % dès la première année d’exploitation. Pour l’AIE, la conclusion est claire : sans une vague d’investissements massifs, la capacité de production globale sera structurellement compromise. L’AIE insiste sur le fait que ce phénomène ne relève pas d’une spéculation mais d’une réalité géologique, indépendante des choix politiques ou des fluctuations de la demande.
Une équation d’investissement inédite
La quasi-totalité des flux financiers actuels – environ 90 % – vise à compenser le recul des champs existants plutôt qu’à développer de nouvelles capacités. Fatih Birol, directeur exécutif de l’agence, a rappelé que « ces investissements suffisent à maintenir une partie de l’offre, mais pas à la stabiliser durablement ».
Pour contenir le déclin, il faudrait que de nouveaux gisements livrent chaque année près de 10 milliards de barils de pétrole et 1 000 milliards de mètres cubes de gaz. À l’horizon 2050, l’équilibre exigerait plus de 45 millions de barils par jour et environ 2 000 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires. Ces ordres de grandeur interrogent la rentabilité et la soutenabilité de projets qui nécessitent souvent deux décennies entre découverte et exploitation. L’AIE insiste sur le fait que ce phénomène ne relève pas d’une spéculation mais d’une réalité géologique, indépendante des choix politiques ou des fluctuations de la demande.
Conséquences sur les marchés et la politique énergétique
Cette dynamique pourrait bouleverser l’équilibre des marchés mondiaux. Les coûts d’extraction augmentant, les prix du pétrole et du gaz risquent de s’inscrire dans une trajectoire haussière durable. Le transport, la chimie et l’agro-industrie en seraient directement affectés.
La dépendance accrue envers quelques pays producteurs renforcerait par ailleurs la vulnérabilité de la sécurité énergétique face aux aléas géopolitiques. Les décideurs publics se trouvent dès lors devant un dilemme : financer de nouveaux projets fossiles pour éviter une contraction de l’offre, au risque d’alourdir les trajectoires d’émissions, ou accélérer la transition en misant sur l’efficacité énergétique et les renouvelables. L’AIE met en garde contre toute sous-estimation de cette contrainte, rappelant que le déclin des gisements est une donnée géologique irréversible, indépendante des cycles de marché.
Des impacts économiques tangibles
Pour les entreprises et les ménages, cette situation se traduira par des coûts énergétiques plus élevés et plus volatils. Les secteurs fortement dépendants du pétrole, comme l’aviation ou le transport maritime, devront répercuter ces hausses sur les prix finaux. L’industrie chimique et plastique, qui repose sur les dérivés pétroliers, verra également ses marges comprimées.
En parallèle, la perspective de raréfaction du pétrole et du gaz pourrait accélérer l’électrification des usages, stimuler les investissements dans le stockage et justifier un renforcement des politiques d’efficacité énergétique. La dynamique ouvre toutefois un cycle incertain, où la rentabilité à court terme des projets fossiles s’oppose à la nécessité de financer la transition bas-carbone.
