Pour être utile, l’État doit changer de priorités et de régulateur devenir facilitateur. Ce rôle est fondamental lors des périodes de changement, or nous sommes en plein dans la troisième révolution industrielle, celle de l’intelligence. L’économie en 2035 sera profondément différente de celle que nous connaissons aujourd’hui et nous allons assister au franchissement d’une « frontière technologique », c’est-à-dire que nous allons voir la naissance de technologies de rupture inconnues aujourd’hui. La caractéristique de cette nouvelle économie est double : elle est « smart », s’appuyant sur le digital, la robotique et l’IA et elle est « green » en étant partie prenante de la transition énergétique et écologique.
Ce mouvement, que l’on peut qualifier de « croissance verte », reposant sur une forte innovation, verra l’émergence des produits de demain qui seront intelligents, sobres, décarbonés et préserveront nos ressources. Cette transformation demande de changer le modèle de management des entreprises dans un timing très serré. Par exemple, passer à 100% de voitures électriques en 2035 nécessite de modifier les priorités stratégiques, les investissements, l’organisation et le financement des entreprises.
Cette évolution va toucher de nombreux domaines : La micro-électronique et les technologies de l’information, les batteries, les énergies vertes, les transports, le bâtiment, les biotechnologies, puis au final l’ensemble de l’économie. Cette transition réclame une haute intensité capitalistique en termes de recherche, de développement, de création de sites industriels verts et ne peut être rentabilisée qu’en adressant le marché mondial. La taille est un élément clé dans ces technologies où la compétition est féroce, à l’image du marché des panneaux photovoltaïques, submergé par la Chine à travers un processus de dumping. Les nouvelles usines seront souvent des « giga-factories » plurinationales, telle l’usine de fabrication de batteries ACC de Douai, une co-entreprise associant deux français (Stellantis et Total Énergies) et un allemand (Mercedes).
Dans un tel contexte, l’État peut et doit être utile, en facilitant cette phase de transition. Cet « État stratège » doit notamment :
- Simplifier les créations de sites industriels par un allègement des procédures et en limitant les recours pour libérer du foncier.
- Intervenir dans le financement des nouveaux projets aux côtés des entrepreneurs privés par la mise en œuvre d’une politique industrielle ambitieuse, d’une stratégie de l’offre permettant notre réarmement industriel.
- Encourager la mise en œuvre de projets industriels européens, en utilisant les immenses ressources de la finance européenne, publique mais aussi privée, en mettant au service de l’industrie une épargne estimée par Bruno Lemaire à 35 000 milliards d’euros.
- Négocier l’arrêt des politiques de dumping pratiquées par la Chine et certains pays émergents.
Cette politique ne serait pas un abandon du libéralisme, ni de l’investissement privé, au profit d’un dirigisme industriel, mais une stratégie plus intelligente et mieux adaptée au nouveau contexte économique. Alors que la France a connu parmi les pays développés, le plus grand déclin industriel, la part de l’industrie dans le PIB étant divisée par deux en trente ans, il est impératif pour notre pays de « revenir dans la course ». En définitive, ce serait un libéralisme renouvelé, avec une vision allant plus loin que le simple profit et prenant en compte l’avenir de la planète.
Francis Coulon est l’auteur de « Sortir de la société en crise, la philosophie au service du bien commun » publié chez VA Éditions.

