Quand la politique politicienne tue la démocratie

La démocratie repose sur un principe simple : des citoyens élisent des représentants pour qu’ils gouvernent dans l’intérêt de la collectivité. Pourtant, en France, ce principe semble aujourd’hui détourné. Le débat public ne cherche plus à produire des solutions efficaces, mais à séduire et diviser. L’art de gouverner s’est transformé en art de communiquer. On ne construit plus des réformes, on fabrique des postures. Cette dérive, où le souci du peuple est remplacé par le souci de l’électorat, ressemble moins à une démocratie qu’à une démagogie institutionnalisée. La difficulté pour le Premier Ministre actuel Sébastien Lecornu de rassembler dans une période de crise est emblématique de ces dérives.

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Quand la politique politicienne tue la démocratie © journaldeleconomie.fr

I. La posture politicienne : séduire plutôt que résoudre

De la démocratie à la démagogie

La première fonction d’un gouvernement devrait être de résoudre les problèmes du pays : garantir la sécurité, maintenir des finances publiques soutenables, assurer des services essentiels. Or, en France, ces priorités sont désormais subordonnées à la recherche de bénéfices électoraux immédiats. Chaque décision est conçue non pas en fonction de son efficacité, mais en fonction de l’image qu’elle projette.

Ce glissement transforme la démocratie en une course permanente à la séduction. Les responsables politiques se comportent comme des publicitaires : ils identifient une clientèle électorale et adaptent leur discours pour la fidéliser. Peu importe si la mesure est inefficace, contradictoire ou irréalisable : ce qui compte, c’est qu’elle rassure ou flatte un électorat ciblé.

L’exemple révélateur de la sécurité

La sécurité illustre cette dérive. Le droit à la sûreté est universel : il devrait transcender les clivages partisans. Pourtant, dans le débat français, il est devenu un marqueur idéologique. Défendre une politique de fermeté, c’est être « de droite » ; relativiser le problème, c’est se positionner « à gauche ».

Cette politisation bloque toute réforme pragmatique. Quand un médecin se fait agresser et que son agresseur n’écope que de travaux d’intérêt général, c’est moins la justice qui s’exprime que la logique politicienne : ne pas « stigmatiser », ne pas « choquer » une clientèle électorale. La victime, elle, demeure brisée. Cet exemple, parmi d’autres, révèle une absurdité : des sujets universels deviennent des armes électorales, et l’État perd sa fonction première de garant de la sécurité des citoyens. Pire ce qui est censé être de droite devrait être un cheval de bataille de la gauche car les premières victimes de l’insécurité sont d’abord les gens modestes. On vit mieux à Neuilly sur Seine que dans une cité du 93. 

II. La recomposition politique : un centre instable et des extrêmes renforcés

Macron et la fin du clivage gauche/droite

L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a bouleversé le paysage politique. En absorbant une grande partie de la gauche réformiste et de la droite modérée, il a fait éclater les deux grands partis de gouvernement. Mais cette recomposition n’a pas produit un nouvel équilibre : elle a créé un centre hégémonique mais fragile, entouré d’extrêmes renforcés.

Le Parti socialiste, privé de repères, s’est radicalisé en suivant les thèses de La France insoumise ou d’une partie des écologistes. Les Républicains, eux, ont été réduits à une force marginale, incapables de proposer une ligne claire. Les électeurs en quête d’une « vraie gauche » ou d’une « vraie droite » se sont tournés vers les pôles radicaux : Mélenchon d’un côté, Le Pen ou Zemmour de l’autre.

Quand la posture remplace la décision

Cette recomposition a aggravé la logique de posture. Dans un système où l’opposition se reconstruit sur la radicalité, chaque proposition du gouvernement devient un chiffon rouge. La gauche rejette par réflexe les réformes économiques, accusées de « libéralisme », tandis que la droite critique toute avancée sociale comme un « laxisme ».

Ce jeu d’oppositions mécaniques empêche toute gouvernance stable. Le gouvernement actuel peine à faire adopter un budget, malgré l’urgence : dette publique record, services publics en crise, immigration mal maîtrisée. Les discussions se transforment en marchandages de postes et d’alliances, là où la priorité devrait être le redressement national.

Dans ce climat, la démocratie délibérative – celle qui cherche des compromis pour l’intérêt général – disparaît. Elle est remplacée par une démocratie-spectacle, où chaque parti calcule ses gains de visibilité et son capital électoral.

III. La France dans l’impasse : populisme fiscal, blocages sociaux et appel à la responsabilité

Le populisme fiscal : la fabrication de faux coupables

L’un des terrains favoris de la démagogie contemporaine est la fiscalité. Le discours est toujours le même : il existerait quelque part une réserve d’argent cachée, détenue par une minorité de « profiteurs » — grandes entreprises, actionnaires, particuliers fortunés — et il suffirait de la saisir pour résoudre tous les problèmes publics.

Cette rhétorique s’appuie sur des arguments traditionnels : la concentration des richesses, les bénéfices des grandes entreprises, le versement des dividendes. Présentés isolément, ces faits sont instrumentalisés pour créer une émotion d’indignation. Le raisonnement est séduisant car il semble moral : quelques-uns profiteraient indûment, pendant que la majorité paierait pour eux. Mais cette vision est faussement simple et donc trompeuse.

En réalité, qu’une entreprise fasse des bénéfices est une bonne nouvelle : elle paie l’impôt sur les sociétés, elle investit, elle embauche. Quand elle verse des dividendes, ceux-ci sont eux-mêmes taxés. Quant aux particuliers fortunés, ils contribuent massivement à l’impôt sur le revenu et alimentent la croissance par leurs investissements. Les désigner comme des « profiteurs » est une manière de flatter la majorité électorale, mais c’est un mensonge économique.

L’exemple de la taxe Zucman illustre parfaitement ce populisme fiscal. Présentée comme une mesure de « justice », elle repose sur l’idée simpliste qu’il suffit de taxer davantage les milliardaires pour régler la question budgétaire. Mais en pratique, cette taxe provoquerait une fuite des capitaux et des talents, et affaiblirait les recettes publiques sur le long terme. Tout le monde le sait : économistes, responsables politiques, entrepreneurs. Mais la mesure continue d’être agitée parce qu’elle sert une narration électorale, celle d’un combat moral contre une minorité présentée comme responsable de tous les maux.

Un pays incapable de se réformer

Au-delà de la fiscalité, la France souffre d’un mal plus profond : une incapacité collective à accepter les efforts. Depuis quarante ans, la bureaucratie grossit, les avantages sociaux s’accumulent, le temps de travail recule. Les syndicats s’arc-boutent sur les acquis, rejetant toute réforme structurelle. La logique est celle du « toujours plus » : plus de prestations, plus de protections, sans jamais de contrepartie.

Cette culture de l’irresponsabilité affaiblit l’État. Les services publics se dégradent, les jeunes peinent à se loger, les normes paralysent la construction et l’innovation. Le citoyen, confronté à la fois à l’inefficacité et à l’inflation réglementaire, perd confiance dans le contrat social.

Retrouver le chemin du bon sens

La France n’est pas condamnée. Elle conserve d’immenses atouts : une jeunesse créative, un patrimoine unique, une économie encore puissante. Mais elle est fragilisée par un système politique qui a troqué la démocratie pour la démagogie, le débat pour la posture, l’action pour la communication.

Redonner du sens à la vie publique suppose de rompre avec cette logique électoraliste. Gouverner ne consiste pas à séduire, mais à décider. Si la France veut éviter le déclin, elle doit retrouver la vertu cardinale du bon sens, celle qui met l’intérêt général au-dessus des clientèles. C’est à ce prix seulement que la démocratie redeviendra ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une communauté de destin, et non une compétition de slogans.

La sortie de crise suppose un sursaut collectif. Plusieurs conditions sont nécessaires :

  • Réhabiliter le pragmatisme politique, en traitant certains sujets (sécurité, dette, économie, train de vie d l’Etat, efficacité de l’administration, immigration) comme des priorités nationales, au-delà des clivages.
  • Rompre avec la démagogie fiscale et sociale, en expliquant que la solidarité implique des efforts partagés, et non des solutions magiques.
  • Responsabiliser les institutions et les citoyens, en réintroduisant l’idée que la démocratie n’est pas un supermarché de promesses mais un projet commun exigeant.
  • Rétablir une forme d’honnêteté intellectuelle des politiques dans l’intérêt de la France

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