La sécurité des installations électriques dans le parc résidentiel ancien reste une problématique structurelle largement ignorée, alors qu’elle pourrait à terme entraîner des coûts importants pour les ménages, les assurances et les collectivités.
Publié le 13 mai 2025 par l’association Promotelec, le dernier baromètre de l’Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE) révèle qu’une très large majorité des logements anciens présentent au moins un défaut électrique. Ce constat intervient dans un contexte de transition énergétique où les usages électriques se multiplient, posant des questions concrètes de fiabilité des réseaux domestiques. Pour les acteurs de l’immobilier, de l’assurance et des services énergétiques, ces données constituent un signal d’alerte.
Un parc immobilier vieillissant face à une évolution des usages
La structure du parc résidentiel français repose en grande partie sur des logements construits avant les années 2000, dont les infrastructures électriques n’ont souvent pas été modernisées. Selon les données du baromètre ONSE 2025, 82,6 % des installations électriques de plus de 15 ans présentent au moins une anomalie. Ce chiffre concerne aussi bien les maisons individuelles que les appartements en copropriété, avec une prévalence plus marquée dans le secteur pavillonnaire.
L’essor des équipements électriques performants (pompes à chaleur, systèmes domotiques, bornes de recharge, production photovoltaïque) accroît la sollicitation des réseaux domestiques, initialement conçus pour des besoins énergétiques beaucoup plus modestes. Ce décalage technique crée un risque potentiel non seulement pour les usagers, mais aussi pour les assureurs et les bailleurs.
Un impact économique direct et indirect
Au-delà de l’aspect technique, les conséquences économiques des défaillances électriques sont bien réelles. En 2022, les sinistres d’origine électrique ont représenté plus de 238 000 déclarations aux assurances. Les incendies d’habitation, dont entre 20 et 35 % sont liés à une cause électrique, ont donné lieu à plus de 150 000 sinistres. Les coûts associés à ces sinistres, qu’il s’agisse de réparations, d’indemnisations ou d’expertises, ont un poids significatif sur les portefeuilles des assureurs comme sur les charges des ménages.
Les assureurs intègrent désormais de plus en plus ce risque dans leurs modèles de tarification, en particulier dans les contrats multirisques habitation. Par ailleurs, certaines compagnies conditionnent désormais leurs offres à la présentation d’un diagnostic électrique à jour, notamment dans le cadre de mises en location.
Pour les propriétaires bailleurs, ces données remettent en cause la viabilité à long terme d’un parc locatif ancien non rénové. Une absence d’entretien du réseau électrique peut freiner la valorisation patrimoniale du bien, voire limiter son éligibilité à certaines aides publiques de rénovation globale.
Un enjeu de conformité réglementaire croissant
Depuis 2009, la réglementation impose un diagnostic de l’état de l’installation électrique pour toute vente de logement de plus de 15 ans. Depuis 2017, cette obligation a été étendue à la location dans le parc privé. Ces diagnostics (DEO) permettent de recenser les anomalies susceptibles de compromettre la sécurité des occupants.
Les données recueillies montrent que les anomalies les plus fréquentes concernent la mise à la terre, la vétusté des dispositifs de protection ou l’exposition à des éléments sous tension. Il ne s’agit pas systématiquement de non-conformité aux normes actuelles, mais plutôt d’un écart par rapport aux conditions minimales de sécurité exigées.
À terme, on peut anticiper un durcissement progressif des exigences réglementaires dans le cadre des politiques de rénovation énergétique. L’intégration d’une mise à niveau des installations électriques dans les aides à la rénovation globale pourrait constituer un levier incitatif.
Vers une stratégie de prévention et de valorisation
Pour les professionnels de l’immobilier, gestionnaires de patrimoine ou bailleurs sociaux, la sécurité électrique représente un gisement d’optimisation sous-exploité. Outre les enjeux de sécurité des personnes, la modernisation des réseaux domestiques permet une meilleure intégration des technologies à haute efficacité énergétique, améliore la valeur technique du bien, et facilite la mise en conformité vis-à-vis des évolutions réglementaires.
Du côté des collectivités, intégrer la sécurité électrique dans les programmes locaux de rénovation pourrait limiter les interventions d’urgence et réduire les coûts sociaux associés aux incendies domestiques. De même, les entreprises du secteur électrique y voient une opportunité de croissance pour l’activité de maintenance, d’audit et de mise en sécurité du parc ancien.
Florence Delettre, directrice générale de Promotelec, rappelle dans le communiqué du 13 mai 2025 que « la sécurité des installations électriques doit être considérée comme une condition de base, au même titre que l’isolation thermique ou la ventilation, dans tout projet de modernisation du logement ».



