Elles sillonnent les rues, inlassablement. Leur mission ? Pister les mauvais payeurs. Dans les grandes villes, la sulfateuse à PV est devenue l’ennemi juré des automobilistes. Mais malgré son apparente omniscience, cette voiture truffée de caméras a ses angles morts. Littéralement.
Une sulfateuse à PV, c’est quoi exactement ?
À Paris, au Havre ou encore à Lyon, impossible de ne pas les croiser. Les voitures LAPI (pour Lecture Automatisée des Plaques d’Immatriculation) sont désormais partout. Surnommées « sulfateuses à PV » pour leur capacité à distribuer des amendes à la chaîne, ces véhicules ont bouleversé la gestion du stationnement urbain. Leur principe est simple : une voiture, équipée de plusieurs caméras sur le toit, patrouille à basse vitesse et scanne les plaques des véhicules garés. En cas de non-paiement, le système enclenche une procédure de Forfait Post-Stationnement (FPS), validé ensuite par un agent assermenté.
À Paris, par exemple, le montant du FPS varie : 25 euros pour un deux-roues stationné en périphérie, jusqu’à 225 euros pour un véhicule lourd dans le centre-ville. La sulfateuse ne rate quasiment rien. Mais ce « quasiment » fait toute la différence.
La sulfateuse à PV repose sur la géolocalisation. Elle n’a qu’un seul objectif : vérifier le paiement du stationnement sur les emplacements officiels. Autrement dit, elle est aveugle aux infractions situées hors de ces zones balisées. Un véhicule garé en double-file ? Ignoré. Devant une sortie de garage ? Idem. Sur une place livraison ou un trottoir ? Invisible.
Ce n’est pas une faille du système. L’algorithme est calibré pour reconnaître les coordonnées GPS des emplacements définis par la ville. Tout ce qui se situe en dehors n’est pas scanné, donc pas verbalisé. Bien sûr, cela ne signifie pas que ces comportements sont autorisés. Mais dans les faits, la sulfateuse passe son chemin.
Elle ne verbalise que… ce qu’on lui a dit de verbaliser
C’est le cœur du dispositif : la sulfateuse à PV n’est pas une voiture de police. Elle ne peut en aucun cas sanctionner un excès de vitesse, un stop grillé ou une absence de clignotant. Son périmètre est strict : uniquement le paiement du stationnement sur voirie. « Le véhicule utilise le système de Lecture Automatisée des Plaques d’Immatriculation (LAPI) […]. Il ne contrôle que les zones de stationnement payant », rappelle la Ville du Havre dans un communiqué publié le 11 juin 2025.
Le reste, c’est du ressort des agents à pied. Ce sont eux qui peuvent dresser un PV pour stationnement gênant ou dangereux. Et ce sont aussi eux qui peuvent intervenir dans les zones où la géolocalisation n’offre pas de fiabilité suffisante pour une verbalisation automatisée.
Autre faille dans la toute-puissance supposée de la sulfateuse : les cas particuliers. Un véhicule 100 % électrique garé au Havre avec une vignette Crit’Air verte ? Gratuité automatique. Un détenteur d’une carte mobilité inclusion (CMI-S), dûment apposée sur le pare-brise ? Pas de FPS. Même logique pour les abonnés résidents ou professionnels, à condition que l’immatriculation soit bien enregistrée.
Mais attention : le moindre oubli, la moindre erreur dans l’enregistrement ou l’affichage des justificatifs, et la machine enclenche le processus.
L’illusion du contrôle total
Ces sulfateuses à PV donnent l’illusion d’un œil omniprésent. Ce qu’elles ne sont pas. Leur puissance repose sur leur capacité à couvrir rapidement de grandes zones, pas sur une vision totale. Et surtout, leur action est strictement encadrée par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés). Les images sont floutées, les visages masqués, les données non conservées au-delà du nécessaire.
Mais pour les automobilistes, l’effet est bien réel : une pression constante, une obligation de vigilance. Et une sensation d’injustice quand la machine ne fait pas la distinction entre oubli et fraude. Pour autant, les sulfateuses ne sont pas infaillibles. Juste redoutablement efficaces… dans leur périmètre.



