Titres-restaurant : ce que Serge Papin veut changer après l’été

Les titres-restaurant pourraient définitivement servir à payer les courses alimentaires au supermarché après 2026. Derrière cette mesure très attendue par les salariés, la réforme prépare une transformation plus profonde du dispositif : usage le dimanche, disparition du papier et nouvelles règles pour les commissions facturées aux commerçants.

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Les titres-restaurant peuvent actuellement financer des produits comme les pâtes, le riz ou la farine jusqu’au 31 décembre 2026. | journaldeleconomie.fr

Les titres-restaurant ne seraient plus seulement associés au déjeuner pris dans un restaurant. Serge Papin veut adapter ce moyen de paiement aux repas préparés à domicile et aux nouvelles habitudes de travail. Le ministre annonce un débat parlementaire à la rentrée 2026.

Titres-restaurant : vers un moyen de paiement alimentaire plus large

Les titres-restaurant s’éloignent progressivement de leur fonction historique. Créés pour financer tout ou partie du repas d’un salarié pendant sa journée de travail, ils sont désormais couramment utilisés dans les supermarchés, les épiceries, les boulangeries et les commerces alimentaires.

Cette évolution, initialement présentée comme temporaire, pourrait devenir définitive. Depuis 2022, les salariés peuvent acheter avec leurs titres des produits qui nécessitent une préparation, notamment des pâtes, du riz, de la farine, du beurre ou de l’huile. Cette faculté est actuellement garantie jusqu’au 31 décembre 2026, rappelle le ministère de l’Économie.  

Le gouvernement ne souhaite pas revenir au régime antérieur. Interrogé le 18 juin 2026 sur Public Sénat, Serge Papin a confirmé que la réforme serait soumise aux parlementaires après l’été. « À la rentrée, le débat aura lieu », a déclaré le ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat, selon les propos rapportés par Boursorama.  

Le texte sur lequel doit s’appuyer cette discussion a été déposé le 9 juin 2026 à l’Assemblée nationale. Portée par le député Christophe Naegelen, la proposition de loi n° 2892 vise à moderniser et à rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant. Elle a été renvoyée à la commission des affaires sociales.  

Du déjeuner au restaurant au repas préparé chez soi

Le changement défendu par Serge Papin dépasse la simple prolongation d’une mesure de pouvoir d’achat. Il correspond à une redéfinition du rôle même du titre-restaurant.

Lors d’une audition au Sénat en janvier 2026, le ministre avait déjà indiqué préférer la notion de « titre-repas » à celle de titre-restaurant. « Je suis plus favorable à la notion d’un titre-repas, placé au service du pouvoir d’achat, qu’à celle de titre-restaurant », avait-il déclaré devant la commission des affaires économiques.  

Cette expression traduit le nouvel arbitrage du gouvernement. Le salarié ne consomme plus nécessairement son avantage dans un établissement de restauration. Il peut aussi l’utiliser pour acheter les ingrédients d’un déjeuner cuisiné à son domicile, puis apporté sur son lieu de travail.

Selon les éléments publiés en 2025 par le ministère de l’Économie, six Français sur dix apportent au travail un repas préparé à la maison. Le ministère indiquait également que 75% des salariés bénéficiaires avaient modifié leurs habitudes de pause déjeuner depuis 2019.  

Le télétravail, la hausse des prix et la recherche d’un déjeuner moins coûteux ont renforcé cette évolution. Pour les plus de cinq millions de travailleurs bénéficiant de titres-restaurant, le dispositif représente désormais autant une aide au budget alimentaire qu’un moyen de régler l’addition d’un restaurant.  

Serge Papin assume ce choix. « Le gouvernement soutiendra la pérennité » des achats alimentaires élargis, a-t-il affirmé, en présentant la mesure comme un instrument de liberté et de pouvoir d’achat.  

Le supermarché ne serait pas le seul changement

La réforme ne porte pas uniquement sur les produits accessibles dans un supermarché. Elle doit également modifier les jours et les supports d’utilisation des titres.

Aujourd’hui, ils ne peuvent normalement pas être dépensés le dimanche et les jours fériés, sauf lorsque le salarié travaille à ces dates et que son employeur a prévu une autorisation particulière.  

Le gouvernement veut généraliser leur usage le dimanche. Cette mesure relève du pouvoir réglementaire et non directement de la loi. Serge Papin a annoncé qu’un décret serait pris après l’adoption du texte, avec une application recherchée avant la fin de l’année 2026.  

Le titre papier est également appelé à disparaître. La proposition de loi prévoit de mettre fin à l’émission de nouveaux titres sous cette forme à partir du 1er janvier 2028. Les cartes et les applications permettent déjà de régler le montant exact d’un achat, contrairement aux carnets papier, sur lesquels le commerçant ne peut rendre la monnaie.

La dématérialisation est aussi présentée comme un moyen de réduire les frais et les contraintes de traitement. D’après le ministère de l’Économie, le papier représentait encore environ 25% du marché lors de la présentation des premières orientations de la réforme, en juin 2025.  

Le texte veut par ailleurs faciliter les dons de titres inutilisés aux associations d’aide alimentaire. Avec la disparition progressive des carnets physiques, la possibilité de donner directement un ticket doit être remplacée par un mécanisme intégré aux comptes numériques des bénéficiaires.

Une réforme sous tension avec les restaurateurs

L’élargissement des achats en supermarché reste toutefois contesté par une partie du secteur de la restauration. Les professionnels craignent qu’un dispositif financé conjointement par les employeurs et les salariés ne bénéficie de plus en plus à la grande distribution.

Le titre-restaurant est pourtant toujours défini par le Code du travail comme un titre spécial de paiement destiné à régler tout ou partie du prix d’un repas consommé au restaurant. La pratique autorisée depuis 2022 a largement dépassé cette définition d’origine.

Le gouvernement tente donc d’équilibrer la réforme par des mesures visant les frais supportés par les restaurateurs et les autres commerçants. Serge Papin indiquait en janvier que le taux de commission appliqué aux professionnels avoisinait 4%.  

Plutôt que d’imposer directement un plafond, la proposition de loi privilégie une plus grande transparence tarifaire et l’interdiction des remises accordées par les émetteurs aux grands employeurs. Ces ristournes commerciales sont accusées de déplacer une partie du coût du système vers les commerces qui encaissent les titres.

Le ministère expliquait en 2025 que certaines entreprises clientes bénéficiaient ainsi d’un service presque gratuit, tandis que ces pratiques contribuaient à renchérir les commissions facturées aux professionnels.  

Le débat parlementaire devra donc trancher entre deux visions. La première considère le titre-restaurant comme une aide fléchée vers la restauration. La seconde, soutenue par Serge Papin, le transforme en un avantage alimentaire utilisable plus librement, dans la limite d’un plafond quotidien actuellement fixé à 25 euros.

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