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Christophe Gurtner, PDG de Forsee Power : « les raisons de notre entrée en bourse »





Le 13 Novembre 2015, par La Rédaction

C’est une entreprise qui, en 4 ans seulement, est passée de 4 à 200 collaborateurs, a initié des projets structurants de R&D avec de grands groupes industriels, et a déjà pris du galon à l’international. Le 5 novembre dernier, Forsee Power inaugurait son nouveau site implanté en Seine-et-Marne. Au programme, pour l’intégrateur de systèmes de batteries : de lourds investissements de capacité visant à répondre très logiquement à un doublement de son chiffre d’affaires en 2015, et un quadruplement de son carnet de commandes en 2016. De quoi aborder très sereinement sa prochaine introduction en bourse, comme nous l’explique son PDG, Christophe Gurtner.


Vous êtes l’un des leaders européens de l’intégration de systèmes de batteries, né de la fusion de plusieurs opérateurs majeurs du secteur. Quelle est la raison qui pousse aujourd’hui l’entreprise à préparer son introduction en bourse pour début 2016?

En fait, il y a plusieurs raisons à cela. La première, c’est que le marché est effectivement en accélération exponentielle. Le nombre de projets que nous gérons actuellement et qui verront le jour dans les 12 ou 24 prochains mois est considérable. Ils sont de l’ordre de plusieurs dizaines de millions à plus d’une centaine de millions d’euros pour certains d’entre eux. Les moyens de production qu’il va nous falloir mettre en place au niveau de l’entreprise sont extrêmement importants. Nous disposons aujourd’hui de moyens de production qui nous permettraient de tripler ou de quadrupler notre chiffre d’affaires. Mais nous considérons qu’à l’échéance de 24 mois, notre croissance sera bien supérieure à cela.

Or, mettre en place des nouvelles lignes de productions et de nouvelles usines nécessite des délais que nous évaluons au minimum à un an. Nous avons aujourd’hui des actionnaires solides qui nous accompagnent, notamment le groupe EDF au travers de son fond d’investissement Electranova. Cependant la croissance prévue et les besoins de financement font qu’il nous semble judicieux d’ouvrir notre capital à de nouveaux investisseurs, à de nouveaux partenaires, de manière à disposer de toutes les ressources nécessaires à la force de croissance qui nous attend.

La deuxième raison est que nous sommes une petite entreprise, récente, jeune, peu connue, et nous avons besoin de notoriété. La bourse nous permettra d’avoir une exposition plus importante auprès des marchés financiers et du monde extérieur en général.
Enfin nous souhaitons agrandir notre base entrepreneuriale en faisant venir des investisseurs d’horizons nouveaux, qu’ils soient des investisseurs avisés ou des investisseurs proches de l’industrie qui comprennent notre métier et qui vont nous permettre progressivement d’ouvrir notre marché à l’international. Voilà donc les trois raisons à notre entrée en bourse : préparer la croissance, acquérir de la notoriété et élargir la base actionnariale au niveau international.

Vous venez d’inaugurer, le 5 novembre dernier, votre nouvelle unité de production en Seine-et-Marne, et vous réalisez de nombreux investissements de capacité. Doit-on y voir la perspective de nouveaux marchés pour Forsee Power ?

Absolument. Début novembre, nous avons inauguré notre nouvelle usine et notre bureau d’études. Il s’agit là d’un regroupement de deux sites qui étaient en région parisienne et d’une extension de capacité de production. La production existait déjà mais on vient installer de nouvelles lignes qui permettent de multiplier par cinq la capacité de production de grosses batteries pour le transport électrique et le stockage d’énergie. Dans l’année qui vient nous allons aussi ajouter deux nouvelles lignes de production qui permettront de multiplier quasiment par 20 notre capacité de production actuelle. C’est effectivement un investissement qui a été décidé dans le but de faire face à la croissance du marché. Nous investissons fortement en France dans cette capacité de production, mais nous investissement également dans l’accroissement des capacités de production de notre usine basée en Chine parce que nous avons également un développement très rapide sur le marché chinois.

Vous intervenez directement dans les domaines liés à la transition énergétique. La France avance-t-elle vraiment dans la mise en œuvre opérationnelle de celle-ci ? Et quid du soutien des pouvoirs publics aux industriels du secteur ?

En ce qui concerne notre domaine - le stockage d’énergie - la France est évidemment concernée par le sujet et elle investit depuis plusieurs années dans les énergies renouvelables. En revanche elle a commencé à investir un peu plus tard que son voisin allemand qui a entrepris cette démarche au moins cinq ans avant nous. Dans le domaine plus particulier du stockage d’énergie au travers de la batterie, les autorités françaises affirment vouloir investir mais pour le moment nous ne savons ni comment, ni chez qui.

Bien sûr, nous souhaiterions un engagement plus manifeste de la part des pouvoirs publics dont l’attitude est parfois ambigüe. Les représentants des pouvoirs publics qui ont accepté de visiter nos installations et à qui nous avons présenté notre stratégie et nos compétences sont tous convaincus du potentiel technologique et économique de notre entreprise et de ses produits.

Mais force est de constater que les structures en charge du financement se montrent peu réceptives à l’intérêt stratégique de nos technologies et à leurs enjeux économiques, probablement faute de compréhension du sujet et de venir nous rencontrer. Nous le déplorons car, en dépit de nos positions croissantes sur les marchés étrangers et de l’actualité du sujet, nous bénéficions d’un soutien, pour le moment, extrêmement réduit.

La COP21 approche, et elle se tiendra à Paris : est-ce que vous pouvez attendre des changements à ce niveau?

La COP21, génère beaucoup de mouvements autour des entreprises et des métiers qui sont les nôtres, je souhaite et j’espère que cela pourra changer le cours des choses, nous jugerons sur les faits et sur la durée.

Un particulier, aujourd’hui, peut-il de façon réaliste devenir autonome et produire sa propre énergie ?

Nous concevons des solutions de systèmes de stockage d’énergie à usage résidentiel. Ces systèmes fonctionnent aujourd’hui très bien et ils permettent aux familles qui le souhaitent de devenir autonomes en énergie. Certes, en France métropolitaine, se pose la question de l’intérêt d’un tel système : pourquoi s’équiper d’une solution de stockage d’énergie alors que le réseau électrique français permet aujourd’hui d’avoir un très bon niveau de service à un prix raisonnable ? La situation est différente dans les territoires d’Outre-Mer par exemple, où le coût de production est plus élevé, au même titre que dans la plupart des pays émergents, qui sont confrontés à des problèmes de disponibilité du courant et de la qualité de celui-ci. Parfois même il n’y a pas de courant du tout. Il devient alors nécessaire de mettre en place un système de stockage d’énergie et d’autoconsommation, ce qui est non seulement possible aujourd’hui, mais surtout très fiable. On remarque en outre que les prix baissent très rapidement, ce qui rend ces systèmes abordables.

Forsee Power est présent sur plusieurs marchés et de nombreux segments depuis le stockage d’énergie jusqu’au transport électrique, en passant par les équipements mobiles. Les marchés mondiaux, au sens large, sont-ils prêts pour le passage au « tout-électrique » ?

Au niveau du transport électrique, il y a différent marchés: les véhicules particuliers, le transport public et la petite mobilité légère, c’est-à-dire le scooter. Pour le scooter par exemple, aujourd’hui, c’est en Chine que les vraies révolutions ont lieu. Le marché chinois a quasiment intégralement basculé au vélo et au scooter électriques. Si vous allez dans les grandes villes chinoises vous constaterez qu’il n’y a presque plus que cela. Certes, certaines batteries utilisées sur les scooters ces dernières années étaient de piètre qualité, mais aujourd’hui les nouvelles technologies de batteries et les nouveaux moteurs changent la donne. Ainsi, devraient bientôt apparaître sur le marché chinois et sur le marché européen des scooters pleinement électriques avec une autonomie allant de 40 à 80 kilomètres, le tout à des prix très compétitifs, voire à peine plus coûteux que les scooters conventionnels. Cela va complètement changer la donne du marché et arrivera en Europe dans les 12 ou 24 prochains mois.

Pour les véhicules particuliers, on entend chaque jour parler de l’accroissement des capacités des véhicules électriques sur le marché. Il y a tout de même des limites; c’est toujours plus cher qu’une voiture essence ou diesel et même si l’autonomie passe de 150 à 200 km, il faut tout de même pouvoir recharger rapidement après ces 200 kilomètres et disposer de la station de charge. Lorsque vous faites des déplacements de plus de 200km, vous devez faire un arrêt pour recharger. Cela limite le développement du véhicule particulier tout électrique.

Par contre, les véhicules hybrides sont une solution alternative procurant une autonomie de 50km en tout électrique. Il n’y a pas une solution unique sur ce marché, il y a différentes solutions en fonction des usages des consommateurs. On est à la recherche de la meilleure solution et cela progresse très rapidement.

Vous notez en revanche une forte dynamique de conversion dans les modes de transport collectif.

Effectivement, sur le troisième marché, le transport public et notamment les bus urbains, il va bientôt y avoir un véritable basculement du diesel vers l’électrique. Dans les transports publics, le trajet quotidien est connu, le bus fait chaque jour le même trajet. On peut donc dimensionner exactement la batterie aux besoins de la ligne de bus, de l’exploitant, de l’opérateur. Le coût des batteries a fortement baissé, les densités d’énergie et d’autonomie ont très fortement augmenté ce qui permet à un bus électrique de faire 300km par jour sans aucun problème. C’est au moins 100km de plus que l’autonomie normalement requise pour un bus. De plus, aujourd’hui, la durée de vie de ces batteries va jusqu’à sept ans, soit la moitié de la durée de vie d’un bus. Faire basculer le parc des bus européens, américains ou asiatiques du diesel à l’électrique est donc devenu rentable.

Un seul verrou persiste parfois : c’est l’incapacité des constructeurs de bus de mettre en place les lignes de productions permettant de fabriquer ces bus électriques. Nous savons fabriquer les systèmes de batteries, et il faut maintenant fabriquer ces bus. Mais la demande est bien là, notamment dans les grandes métropoles du monde entier, et elle commence à tirer mécaniquement l’offre en ce sens. D’ailleurs, ceux qui ont le plus d’avance dans le domaine sont les chinois. En Europe, il y a environ une centaine de bus électriques mis en service chaque année, sur l’ensemble du territoire. En Chine, cette année, il y aura entre 20 000 et 30 000 bus électriques. Les chinois ont pris la mesure du problème, ils fabriquent, ils utilisent et ils ont pris une avance considérable sur les européens et les américains. Charge aux européens et aux américains de prendre la mesure de la situation et de rattraper ce retard par rapport aux asiatiques.

A part la voiture, tous les moyens de transport se prêtent-ils aux solutions électriques ?

Chaque moyen de transport induit des besoins différents en énergie. Sur des voitures, des bus, des véhicules de livraison en centre urbain, on peut facilement passer au tout électrique. On peut également faire de l’électrique sur du tramway en supprimant les caténaires. Sur certains trains, notamment dans les gares de triage, on peut remplacer les vieilles locomotives diesel par des locomotives électriques. Dans les zones portuaires ou aéroportuaires on peut également avoir des véhicules lourds pour déplacer des charges, voire déplacer des avions totalement électrifiés.

Nous électrifions également des bateaux, des yachts, des voiliers, et des ferrys. Par exemple un ferry qui traverse un lac peut se recharger à chaque arrêt, de chaque côté du lac et donc peut être totalement électrifié. On peut aussi électrifier des bateaux pour leur sortie de port ce qui leur permet de sortir d’un port sans faire de bruit et sans polluer. Ce sont des choses que nous réalisons déjà chez Forsee Power.

Vous vous êtes associé à de grands groupes industriels pour donner une seconde vie aux batteries de véhicules électriques. Pourquoi cette démarche autour des batteries dites « de seconde main » ?

Nous nous sommes associés avec le groupe PSA (Peugeot Citroën), avec le groupe Mitsubishi Motors, avec EDF et avec Mitsubishi Corporation dans le cadre de ce projet. Pour un véhicule électrique, les contraintes sur la batterie sont très fortes. On considère que lorsque la batterie a perdu environ 20% de sa performance, elle est en fin de vie…. Du moins en tant que moyen de propulsion ! Cela ne veut pas dire pour autant que la batterie est en fin de vie absolue. Elle aura encore des performances excellentes pour d’autres usages, d’où l’idée de lui offrir une seconde vie dans une station de stockage d’énergie pour une durée équivalente. On pourra ainsi utiliser cette batterie dans un immeuble, une usine ou une maison pour le secours en énergie.

C’est techniquement faisable, il y a beaucoup de démonstrateurs sur le marché, nous en avons un nous-mêmes. Mais le vrai challenge est de parvenir à bâtir un modèle mathématique, économique et industriel permettant d’industrialiser une offre compétitive au moment où le marché des véhicules électriques sera suffisamment important. Avec tous ces partenaires et sous l’impulsion de Forsee Power, nous sommes sur le point de faire aboutir ce modèle. Nous devrions être totalement prêts d’ici deux ans et nous pourrons alors commercialiser cette solution de deuxième vie. 


 





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