Après avoir refusé de voter la censure du gouvernement, au risque de donner l’impression de cautionner un budget construit sous la pression du PS, la droite républicaine tente de retrouver sa cohérence économique et sa crédibilité politique. Elle le fait sur un terrain décisif : celui du libéralisme et de la défense de l’entreprise. Par des amendements déposés par Philippe Juvin, Julien Dive et le groupe UDR, les Républicains demandent la suppression pure et simple de la taxe sur les holdings, prévue par l’article 3 du projet de loi de finances 2026. Cette taxe, présentée par le gouvernement comme une mesure de “justice fiscale” pour faire plaisir au PS est en fait un ersatz de la taxe Zucman, instaurerait un prélèvement annuel de 2 % sur les actifs “non opérationnels” des holdings. Mais pour ses opposants, c’est une fausse bonne idée, au mieux mal calibrée, au pire destructrice pour le tissu productif français. Philippe Juvin résume d’une phrase la position du groupe : “Cette taxe ne cible pas la rente, elle frappe les instruments mêmes de la croissance.”
Une droite qui assume à nouveau l’économie réelle
Julien Dive, député de l’Aisne, développe cet argument : “Les holdings sont des structures de pilotage et d’investissement. Elles permettent à nos PME et ETI familiales de se transmettre, de se financer et de se développer. Les taxer, c’est affaiblir la colonne vertébrale économique du pays.” En effet, une grande partie du capitalisme français repose sur ces sociétés de tête : elles détiennent les parts des filiales, centralisent la trésorerie, financent la croissance externe, assurent la continuité du contrôle familial. Loin d’être des coquilles patrimoniales inactives, elles incarnent la stabilité et la vision de long terme de l’économie réelle. Le texte gouvernemental, en assimilant ces structures à de simples véhicules d’optimisation, révèle une incompréhension profonde du fonctionnement entrepreneurial. L’absence de définition juridique claire du concept de holding, la base d’imposition floue fondée sur des valorisations successives, le seuil de contrôle arbitraire à 33 %, et l’interdiction de déduire le passif sur les actifs mobiliers, font de cette mesure un monstre fiscal à la fois injuste et techniquement inapplicable. Surtout, elle risquerait de taxer la trésorerie d’investissement des entreprises, de réduire leur capacité d’autofinancement, de bloquer les transmissions familiales et de freiner la croissance externe tout ce que le pays prétend encourager.
Le retour du réalisme économique
Pour Éric Ciotti, le message est clair : “Nous refusons de cautionner le matraquage fiscal et la logique punitive du gouvernement.” Après plusieurs semaines d’ambiguïtés, la droite se recentre. L’amendement Juvin-Dive n’est pas un geste isolé : il s’inscrit dans un plan plus large porté par le groupe UDR, visant à réduire la dépense publique de 100 milliards d’euros. Plutôt que d’inventer de nouveaux impôts pour financer des politiques dispendieuses, la droite propose de rationaliser la dépense et de rendre à l’investissement privé sa place dans la dynamique nationale. Ce virage libéral a valeur de clarification doctrinale. Depuis des années, les Républicains peinaient à assumer leur identité économique, oscillant entre conservatisme social et prudence politique. L’épisode du vote de censure avait laissé l’image d’un parti hésitant entre la tentation de la prudence et la peur du conflit. En s’opposant frontalement à une taxe idéologique, la droite rompt avec cette ambiguïté. Elle retrouve sa voix et sa vocation : défendre ceux qui travaillent, entreprennent et transmettent.
Une ligne de crête retrouvée
Cette bataille contre la taxe sur les holdings n’est pas seulement budgétaire : elle est symbolique. Elle marque la réconciliation de la droite avec son socle historique : les entrepreneurs, les investisseurs, les familles d’actionnaires, bref, ceux qui croient à la liberté économique comme moteur du progrès collectif. Face à un gouvernement livré aux chimères égalitaristes et aux surenchères fiscales, Philippe Juvin, Julien Dive et le groupe UDR rappellent une évidence oubliée : la richesse ne se décrète pas, elle se crée. Et la mission de la politique n’est pas de punir la réussite, mais de la rendre possible.



