Le fonds d’investissement américain Apollo Global Management prend le contrôle de l’Atlético de Madrid, devenant actionnaire majoritaire du club madrilène avec plus de 55 % du capital. Une opération estimée à près de 2,5 milliards d’euros, qui illustre la montée en puissance du capital-investissement dans le sport européen et le passage des clubs à une logique d’entreprise globale, mêlant football, immobilier et divertissement.
Une opération majeure qui redessine l’écosystème du sport-business
Le Atlético de Madrid, valorisé à environ 2,5 milliards d’euros pour 100 % du capital, est en passe de voir Apollo Global Management (via sa filiale spécialisée Apollo Sports Capital) prendre une participation majoritaire (≈ 55-57 %) dans le club. L’opération clôturera la domination de 33 ans de la famille Miguel Ángel Gil Marín dans le capital du club, même si Gil Marín et Enrique Cerezo conserveront leurs fonctions respectives de directeur général et président, et demeureront actionnaires minoritaires. L’initiative s’inscrit dans une tendance plus large : les fonds de private-equity investissent massivement dans le sport européen, considérant les clubs comme des actifs à revenus récurrents (droits TV, billetterie, merchandising, internationalisation) et à fort potentiel de valorisation. Dans ce cas particulier, l’objet d’investissement dépasse le simple club : l’accord inclut aussi les filiales du club au Canada et au Mexique, ainsi que le projet immobilier et de loisirs adjacent au stade — la « Ciudad del Deporte » — dont l’investissement est estimé à ≈ 800 millions d’euros.
C’est donc une opération de « maturation industrielle » du club en tant qu’entreprise de divertissement, et non seulement en tant qu’entité sportive.
Les enjeux économiques pour l’Atlético et pour l’investisseur
Pour l’Atlético de Madrid : la nécessité de franchir un palier afin de rivaliser durablement avec les très grands clubs européens implique une montée en puissance des revenus et une modernisation de l’infrastructure. Ses résultats récents : un chiffre d’affaires de 425 M€ pour l’exercice 2023-2024 et une dette financière nette de 509 M€. L’entrée d’Apollo est assortie d’un investissement en capital prévu avant la fin de la saison 2025-2026, ce qui permettra d’accélérer le développement de l’infrastructure « Ciudad del Deporte », d’augmenter la capacité commerciale du club (hébergement, retail, loisirs) et de renforcer l’exploitation à l’international. Cela offre un levier pour augmenter les revenus récurrents (ex. : revenus commerciaux, licences, franchises) et diminuer la dépendance aux résultats sportifs. Pour Apollo Sports Capital : l’investissement vise un actif sportif avec une large base d’abonnés, une marque internationale établie et un modèle économique susceptible d’être optimisé. Le fonds ne se positionne pas dans la logique multi-club (conglomérat de clubs) mais concentre son pari sur un seul « flagship ». Le rendement attendu réside dans : (i) la croissance des revenus du club, (ii) le développement du foncier et de l’immobilier associé, (iii) la valorisation future du club (revente éventuelle ou introduction en bourse). Le timing semble opportun : le marché du sport-business est en transition vers des modèles plus professionnels, et le club est dans une phase favorable de montée en gamme commerciale.
Risques, effets et messages pour l’écosystème français et européen
Risques : Une valorisation de ~2,5 milliards suppose une forte confiance en la croissance future des revenus. Les clubs de football sont exposés à des aléas (résultats sportifs, compétitions européennes, droits TV, économie de marché). Le pari est risqué : certaines opérations de private equity dans le sport ont essuyé des revers.
L’intégration de l’immobilier de loisirs autour du stade augmente la complexité de gestion (urbanisme, partie non sportive) et accroît l’exposition à des dynamiques immobilières et réglementaires.
Effets pour l’écosystème : Cette opération va sans doute faire référence dans le sport-business espagnol et européen, montrant que les fonds voient désormais les clubs comme des « assets industriels ». Pour les clubs français ou européens de taille intermédiaire, cela signale qu’un modèle de croissance passe par l’internationalisation, la diversification des revenus et les partenariats stratégiques.
Message pour la France : Les clubs français, souvent dépendants des droits TV ou de mécènes, peuvent tirer des enseignements de ce type de restructuration : professionnalisation de la gestion, diversification commerciale (hors football), infrastructure show-business (stades, loisirs), montée en gamme des licences et partenariats internationaux.
En conclusion, l’opération de l’Atlético de Madrid n’est pas seulement un rachat de club : c’est un basculement vers un modèle où le sport de haut niveau devient un actif alternatif, structuré comme une entreprise à fort potentiel de rendement et de valorisation. Les entrepreneurs, gestionnaires sportifs ou acteurs financiers français sauront observer avec attention ce que cette collaboration entre club historique et fonds d’investissement peut produire en termes de création de valeur, de gouvernance et de positionnement international.


