L’article 23 du projet de loi de finances (PLF) 2026 vient alimenter le flot des polémiques fiscales en prévoyant d’instaurer un régime de prohibition de la vente de CBD, actuellement distribué dans les 2000 boutiques spécialisées réparties sur le territoire. Élaboré en l’absence concertation avec les acteurs de la filière du chanvre, il n’a fait l’objet d’aucune étude d’impact préalable. Cette absence de dialogue et d’évaluation nourrit les inquiétudes des professionnels, qui dénoncent une réforme fprécipitée et déconnectée des réalités économiques et sociales.
Un coût fiscal évalué à plusieurs centaines de millions d’euros
Le texte prévoit en effet de réserver la vente de CBD aux seuls points agréés par l’administration, tels que les buralistes, capables de gérer un système d’accises. Il s’accompagnerait d’une hausse des taxes, à l’instar du tabac qui, à la différence du CBD, fait l’objet d’une lutte offensive des autorités sanitaires contre ses usages. Une telle disposition entraînerait de facto la fermeture de milliers de boutiques spécialisées (les CBD shops), mettant en péril l’ensemble de la filière française du chanvre, de la production agricole à la distribution. Conséquences financières seraient immédiates : hausse des prix de 50 %, disparition des recettes fiscales estimées à plus de 600 millions d’euros, et basculement d’une partie de la consommation vers un marché parallèle rendu compétitif… par la grâce du législateur !
Des dommages sanitaires collatéraux
Au-delà des pertes économiques, les experts redoutent des effets sanitaires majeurs. En fermant les CBD shops légaux, l’article 23 pourrait pousser une partie des consommateurs vers le marché illégal, en particulier celui du cannabis où les produits échappent à tout contrôle. Les risques pour la santé publique seraient alors considérables, aggravant une situation que la régulation aurait pu prévenir, alors que le CBD est déjà utilisé par certains consommateurs et addictologues comme outil de réduction des risques et d’aide au sevrage du cannabis illicite.
Un paradoxe à la Française
L’Union des Professionnels du CBD (UPCBD) rappelle qu’elle avait formulé des propositions concrètes pour encadrer le marché : traçabilité, normes de qualité, fiscalité adaptée et jusqu’à l’interdiction des néo-cannabinoïdes. L’organisation déplore que le gouvernement ait choisi la voie de la prohibition plutôt que celle d’une régulation pragmatique et concertée.
Cette décision, si elle était votée, pourrait s’avérer être une parfaite illustration du paradoxe à la Française : une mesure pensée pour encadrer une activité pourrait, en pratique, provoquer son effondrement. Les débats parlementaires s’annoncent houleux, tant les enjeux économiques, fiscaux et sanitaires sont considérables. La filière CBD, qui voyait dans la France un terrain fertile pour son développement, redoute désormais d’être sacrifiée sur l’autel d’une politique de restriction jugée disproportionnée.


