Le zoo de Doué-la-Fontaine, dans le Maine-et-Loire, s’impose comme une vitrine française d’un parc animalier plus attentif aux espèces qu’il accueille. Dans son classement publié le 5 mai 2026, National Geographic place le Bioparc en deuxième position mondiale des zoos dédiés à la conservation, derrière le Zoo Leipzig, en Allemagne, et devant le Smithsonian’s National Zoo, aux États-Unis.
Un zoo français distingué pour une autre manière de montrer les animaux
Le classement publié par National Geographic ne s’intéresse pas seulement à la popularité des parcs zoologiques. Il distingue des établissements capables de justifier leur rôle par des actions de conservation, des programmes de recherche, des habitats plus proches des milieux naturels et des accréditations professionnelles reconnues. Dans cette sélection internationale de six sites, le Bioparc de Doué-la-Fontaine est le seul établissement français retenu.
Cette reconnaissance arrive à un moment où les zoos sont de plus en plus questionnés par le public. Voir des animaux captifs ne suffit plus à convaincre. Les visiteurs attendent désormais des garanties sur les conditions de vie, le rôle scientifique des établissements et la contribution réelle à la protection des espèces. Le Bioparc est précisément distingué sur ce terrain : National Geographic résume sa philosophie en expliquant que le bien-être des animaux y compte davantage que leur visibilité permanente pour le public.
Le parc angevin a réagi à cette distinction en soulignant : « Nous sommes fiers d’être distingués par National Geographic parmi les zoos les plus éthiques au monde, à la 2ᵉ place de son palmarès mondial ». Il précise également que ce classement fait de lui « le seul parc français présent dans le top 6 ».
L’originalité du lieu tient aussi à son décor. Le Bioparc se présente comme un zoo troglodytique unique au monde, installé dans d’anciennes carrières de pierre calcaire. Falaises, tunnels et végétation y structurent le parcours, mais aussi les espaces de vie des animaux. Le site met en avant des enclos conçus pour permettre aux espèces de se retirer, de se déplacer et d’exprimer des comportements naturels.
Bien-être animal et conservation : le visiteur face à un nouveau contrat
Pour le grand public, cette distinction change la manière de regarder une sortie au zoo. Le sujet n’est plus seulement de savoir combien d’animaux peuvent être vus en une journée, mais dans quelles conditions ils vivent et à quoi sert l’argent de la visite. Le Bioparc accueille environ 2.000 animaux, selon sa présentation officielle, dans un cadre pensé pour limiter l’effet de cage et favoriser l’observation de comportements naturels.
Le parc insiste sur l’absence de dressage. Sur son site, il affirme : « ici pas de cages ni de dressage, on observe les animaux dans de vastes espaces ». Cette phrase illustre une évolution importante du secteur : l’animal n’est plus présenté comme un acteur de spectacle, mais comme un être vivant dont les besoins doivent guider l’organisation du lieu.
National Geographic mentionne également la participation du Bioparc à des programmes européens d’élevage pour les espèces menacées, coordonnés par l’Association européenne des zoos et aquariums. Ces programmes servent à suivre les lignées, organiser les reproductions entre établissements et préserver la diversité génétique des populations animales.
Le parc revendique par ailleurs un rôle pédagogique. Dans son communiqué, il estime que la distinction de National Geographic met en avant « le travail mené chaque jour par nos équipes autour de trois axes essentiels : le bien-être animal, la conservation des espèces menacées et la pédagogie ». Pour les familles, les scolaires et les visiteurs de passage, l’enjeu est donc double : découvrir des animaux, mais aussi comprendre les menaces qui pèsent sur leurs milieux naturels.
Cette approche ne met pas fin au débat sur la captivité animale. Elle le déplace. Un zoo ne peut plus se contenter d’argumenter sur la beauté de ses installations ou sur la rareté des espèces présentées. Il doit démontrer son utilité, expliquer ses choix et rendre visibles ses engagements hors de ses propres murs.
Le billet d’entrée devient aussi un outil de financement
La dimension économique est centrale dans la distinction du Bioparc. En 2025, Bioparc Conservation a collecté 622.930 € pour ses Projets Nature. Sur ce total, 144.000€ provenaient directement des billets d’entrée, à hauteur de 4% de chaque billet. Depuis 2001, près de 5,3 millions d’euros ont été consacrés à la protection de la biodiversité en France et à l’international.
Ces montants donnent une lecture concrète du modèle défendu par le parc. Le billet ne finance pas seulement le fonctionnement du site, les salaires ou l’entretien des installations. Une partie est fléchée vers des actions de conservation menées sur le terrain. En 2025, 40 projets ont été soutenus dans 22 pays, au bénéfice de 42 espèces, dont 67% sont menacées d’extinction.
Le Bioparc explique que ces programmes associent protection des écosystèmes et prise en compte des populations locales. Cette précision est importante, car la conservation ne se limite pas à sauver une espèce emblématique. Elle suppose souvent de travailler avec les habitants, les associations locales, les chercheurs et les autorités publiques pour réduire les pressions sur les milieux naturels.
Dans son bilan, le parc affirme que cet effort le place comme premier zoo donateur de France par rapport à ses ressources. Il indique aussi que Bioparc Conservation est membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature depuis 2023.
Cette logique répond à une attente croissante des visiteurs : savoir ce que leur consommation culturelle ou touristique produit réellement. Dans le cas d’un parc animalier, l’enjeu est particulièrement sensible. La promesse éthique doit être vérifiable. Le classement de National Geographic apporte une reconnaissance internationale, mais les chiffres publiés par le Bioparc permettent surtout de comprendre comment cette reconnaissance se traduit dans son modèle.
Une distinction qui oblige le secteur zoologique
La place accordée au Bioparc dans ce classement ne concerne pas seulement un établissement d’Anjou. Elle dit quelque chose de l’avenir des zoos européens. Les parcs qui continueront à fonder leur attractivité sur l’accumulation d’espèces ou sur le divertissement risquent d’être de plus en plus contestés. À l’inverse, ceux qui documentent leurs actions, limitent la mise en scène des animaux et financent des projets de conservation disposent d’un argument plus solide auprès du public.
Le Bioparc a accueilli 266.000 visiteurs en 2025, en hausse de 2,17% par rapport à 2024. Cette fréquentation montre qu’un modèle moins centré sur le spectacle peut aussi rencontrer une demande touristique.
Pour les visiteurs, la distinction de National Geographic ne transforme pas le Bioparc en modèle indiscutable. Elle offre plutôt un repère. Dans un secteur où le mot “éthique” peut être utilisé de manière très large, les critères de conservation, de bien-être animal, de pédagogie et de financement de projets extérieurs deviennent des éléments de comparaison. Le zoo de Doué-la-Fontaine gagne ainsi une visibilité internationale, mais il porte aussi une exigence : prouver dans la durée que la protection du vivant n’est pas un argument de communication, mais le cœur de son activité.



