Ce n’était plus arrivé depuis 2023 : la France redevient championne d’Europe de la dépense publique, devant la Finlande

La France retrouve sa place de première dépensière de l’UE avec 57,3 % du PIB en dépenses publiques. Et si rien ne change, la dette pourrait atteindre 130 % du PIB en 2030. Les chiffres donnent le vertige.

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Ce n'était plus arrivé depuis 2023 : la France redevient championne d'Europe de la dépense publique, devant la Finlande
Ce n’était plus arrivé depuis 2023 : la France redevient championne d’Europe de la dépense publique, devant la Finlande © journaldeleconomie.fr

C’est en se disant pas très optimiste que Sébastien Lecornu a évoqué, dans la semaine du 27 juillet 2026, les chances de tenir l’objectif de déficit public à 5 % du PIB pour 2026. Il y a de quoi : le déficit s’établissait déjà à 5,1 % de la richesse nationale au premier trimestre, et rien dans les chiffres publiés par Eurostat ne dessine une trajectoire d’amélioration.

Car au même moment, la France venait de retrouver une place qu’elle n’occupait plus depuis l’été 2023 : celle de première dépensière de l’Union européenne. Avec 57,3 % du PIB consacrés à la dépense publique au premier trimestre 2026, elle devance de nouveau la Finlande, dont le ratio a reculé à 56,8 % sur la même période. L’écart avec la moyenne des États membres est de 7,5 points.

1 714 milliards d’euros, et la pente reste ascendante

Ce chiffre de 57,3 % n’est pas qu’un indicateur de classement. En valeur absolue, la dépense publique française a atteint 1 714 milliards d’euros en 2025, après une progression de 2,5 % sur l’année, elle-même précédée d’une hausse de 4 % en 2024. Dans les deux cas, la dépense a crû plus vite que le PIB en valeur.

Le principal poste de cette progression tient aux prestations sociales. Selon l’Insee, elles ont augmenté de 23,6 milliards d’euros en 2025 et représentent désormais plus de 40 % de la dépense publique totale. Elles ont alimenté « près de 60 % » de la hausse de la dépense, comme l’année précédente.

En comparaison, les recettes publiques, à 52,1 % du PIB, placent la France au deuxième rang européen derrière la Finlande. Mais elles ont perdu environ deux points depuis 2017. L’écart entre ce que l’État encaisse et ce qu’il dépense ne s’est donc pas réduit.

Source : Eurostat

130 % de dette en 2030 si rien ne change

La dette publique en dit plus encore sur l’ampleur du problème. Elle atteignait 117,6 % du PIB au premier trimestre 2026, troisième ratio le plus élevé de l’UE, derrière l’Italie et la Grèce. Mais ce qui retient l’attention, c’est la vitesse : le ratio français a bondi de 4 points en un an, quatrième plus forte augmentation de l’ensemble des États membres. Sur la même période, la Grèce a réduit le sien de 9,4 points.

Mi-juillet 2026, quatre économistes missionnés par le gouvernement ont remis un rapport dont les projections sont sans détours. En l’absence d’efforts budgétaires, la dette publique française atteindrait 130 % du PIB en 2030. Pour stabiliser la trajectoire, il faudrait dégager 125 milliards d’euros d’économies en cinq ans.

Les économistes identifient trois postes qui pèsent sur la prévision. La charge d’intérêts augmenterait d’environ 10 milliards d’euros par an d’ici 2030. Les dépenses de retraite progresseraient de 47 milliards d’euros à cet horizon, sous l’effet du vieillissement de la population. Les dépenses de santé ajouteraient 40 milliards d’euros supplémentaires.

Leur principale piste d’économies : remettre en cause « l’indexation automatique des dépenses sur l’inflation ». Et sur la question du partage de l’effort, le rapport est explicite : les auteurs estiment qu’il serait illusoire de penser qu’une partie minoritaire de la population, comme les ultra-riches, les fonctionnaires, les retraités ou les étrangers, puisse subir tout l’ajustement. « L’ampleur de l’ajustement est telle que les efforts devront être partagés », ajoutent les auteurs.

La pression ne vient pas que de l’intérieur. Les taux des OAT à dix ans ont approché la barre des 4 %, leur plus haut niveau depuis 17 ans selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui a consacré un article à « la poudrière de la dette française » en appelant Paris à réduire ses dépenses.

La Cour des comptes, le FMI, la Commission européenne et les agences de notation ont de leur côté multiplié les mises en garde au cours des derniers mois.

Le niveau de dépense actuel est proche de celui de 2017, année de l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir (57,4 % à l’époque), et reste près de deux points au-dessus du plus bas enregistré fin 2019.

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