Beaucoup de retraités pensent toucher une bonne pension, mais le seuil pour faire partie des 10% les mieux rémunérés surprend tout le monde

1 % des retraités touchent plus de 5 150 euros bruts par mois, et 93 % sont des hommes. Où vous situez-vous vraiment face à la moyenne nationale ? Les chiffres surprennent.

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Beaucoup de retraités pensent toucher une bonne pension, mais le seuil pour faire partie des 10% les mieux rémunérés surprend tout le monde
Beaucoup de retraités pensent toucher une bonne pension, mais le seuil pour faire partie des 10% les mieux rémunérés surprend tout le monde © journaldeleconomie.fr

« Indexation plus modérée » : c’est la formule employée par Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, dans un entretien accordé au journal Libération, à propos des pensions des retraités les plus aisés. L’objectif serait de faire contribuer ces foyers au redressement des finances publiques, tout en préservant les retraites les plus modestes. Aucun seuil n’a pour l’instant été arrêté.

Cette piste se distingue d’une année blanche, qui gèlerait l’ensemble des pensions : ici, seules certaines pensions élevées seraient moins revalorisées que l’inflation. Reste à savoir ce que recouvre, concrètement, la notion de retraité aisé. En France, moins d’un retraité sur dix franchit la barre des 3 000 euros bruts mensuels, selon les données croisées du Conseil d’orientation des retraites et de la DREES.

Fin 2023, la pension moyenne de droit direct, hors réversion, atteignait 1 666 euros bruts par mois pour les retraités résidant en France, soit 1 541 euros nets. Un chiffre qui donne déjà un premier repère : autour de 1 500 euros bruts, on se situe proche de la moyenne nationale.

La DREES a établi, fin 2020, que seuls 8 % des retraités touchaient plus de 3 000 euros bruts par mois. Cette part grimpe à 10 % parmi ceux qui ont eu une carrière complète. À l’inverse, 34 % des retraités perçoivent 1 000 euros bruts ou moins.

Au sommet de l’échelle, 1 % des retraités dépassent 5 150 euros bruts mensuels, avec une pension moyenne d’environ 6 470 euros dans ce groupe. Ces très hautes pensions restent très majoritairement masculines, avec 93 % d’hommes, un déséquilibre que la DREES relie aux écarts de carrière et de salaire accumulés avant le départ.

Les écarts entre régimes sont marqués. Selon le COR, les anciens salariés des régimes spéciaux (RATP, SNCF, Banque de France) touchent en moyenne 2 550 euros par mois, contre 2 390 euros pour les professions libérales et 2 280 euros pour les fonctionnaires civils de l’État.

Les ex-agriculteurs relevant de la Mutualité sociale agricole ferment la marche, avec 850 euros en moyenne. Le COR relève par ailleurs que les retraitées perçoivent en moyenne 40 % de moins que les hommes : une ancienne fonctionnaire touche ainsi autour de 2 100 euros par mois.

Pour l’expert, l’aisance commence à 3 000 euros

Gaëtan Cochard, directeur du développement et expert retraite chez Kereis Expertises, refuse de fixer la barre trop bas. « Au-delà de 2 000 euros, je ne considère pas que ce sont des retraités aisés », affirme-t-il. Ce niveau, situé au-dessus de la moyenne, peut offrir une situation confortable, mais ne suffit pas à lui seul à caractériser l’aisance.

L’expert situe plutôt cette zone entre 3 000 et 5 000 euros par mois. Pour un couple vivant en province, propriétaire, sans crédit ni enfant à charge, 3 000 euros mensuels peuvent déjà permettre de vivre confortablement. À Paris, où le logement coûte plus cher, le même revenu ne laisse pas le même reste à vivre.

Ce repère inclut d’ailleurs les revenus du patrimoine, pas seulement la pension. « Quand je parle de 3 000 euros par mois, c’est revenus du patrimoine compris. Ça pourrait très bien être 2 000 euros de retraite et 1 000 euros par mois de revenus du patrimoine », précise Gaëtan Cochard.

Faute de barème officiel, deux autres repères permettent de se situer. Le niveau de vie médian des retraités atteignait 26 830 euros par an en 2024, soit environ 2 236 euros par mois. La contribution sociale généralisée offre un autre point de comparaison : en 2026, un retraité vivant seul commence à payer son taux le plus élevé, 8,3 %, lorsque son revenu fiscal de référence dépasse 26 472 euros par an. Le seuil est plus élevé pour un couple.

Le cas des anciens cadres du privé complique encore le calcul. Pour ceux qui ont gagné plus que le plafond annuel de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 euros en 2026, l’Agirc-Arrco peut représenter « la moitié, voire les deux tiers » de la retraite totale, selon Cochard.

Or l’éventuelle sous-indexation évoquée par Lescure ne concernerait que la retraite de base, plafonnée à 2 002,50 euros bruts par mois pour un départ en 2026. Le régime complémentaire suit ses propres règles de revalorisation, indépendantes de celle-ci.

Le patrimoine peut aussi bouleverser la donne : certains indépendants suivis par l’expert perçoivent une retraite obligatoire modeste, compensée par des revenus tirés de placements ou de l’immobilier. Deux retraités touchant la même pension peuvent ainsi avoir des niveaux de vie très différents selon leur logement, leur patrimoine et leur endettement.

Selon les simulations de Gaëtan Cochard, avec une inflation de 2 %, une sous-indexation d’un point de la retraite de base ferait perdre 198 euros sur un an à un retraité percevant 3 000 euros bruts par mois, et 234 euros pour une pension de 4 000 euros bruts. Ce manque à gagner s’alourdirait si la mesure était reconduite sur plusieurs années.

La fourchette de 3 000 à 5 000 euros mensuels reste le repère de terrain avancé par l’expert pour définir un retraité aisé, à condition d’y intégrer les charges, le logement, les crédits et les revenus du conjoint.

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