Le 16 juillet 2024, le Parlement ukrainien a adopté la loi n° 4201 sur le calcul du temps, avec 261 députés favorables à la suppression du changement d’heure saisonnier. Le texte prévoit une dernière bascule à l’automne avant de fixer définitivement le pays à l’heure d’hiver, l’UTC+2, aussi appelée heure d’Europe centrale ou heure normale, toute l’année.
Reste que cette loi n’est toujours pas entrée en vigueur. Son application dépend de la signature du président Volodymyr Zelensky, qui ne l’a à ce jour ni promulguée ni officiellement rejetée, confirme le magazine Marie France. Résultat : les calendriers affichent encore deux changements d’heure pour l’Ukraine en 2026. Comme les Français, les Ukrainiens continuent donc d’avancer leurs montres au printemps et de les reculer en automne, en attendant un feu vert présidentiel qui tarde à venir.
Les députés à l’origine du texte avancent d’abord un argument de santé publique, s’appuyant sur une étude relayée par l’agence Interfax : le passage d’une heure à l’autre perturberait le rythme biologique, favoriserait la fatigue et la baisse de productivité, et accroîtrait les risques de maladies chroniques.
Mais la loi 4201 porte aussi une charge géopolitique. Jusqu’en 2024, l’heure d’été plaçait Kiev sur le même fuseau que Moscou. En basculant vers l’heure d’hiver permanente, l’Ukraine, en guerre contre la Russie depuis 2022, entend se démarquer de son voisin et affirmer une heure de Kyiv qui lui soit propre.
Un dossier au point mort à Bruxelles
Le débat n’est pas nouveau à l’échelle du continent. En 2018, une consultation citoyenne européenne avait recueilli 84 % d’avis favorables à la suppression du changement d’heure. L’année suivante, le Parlement européen votait la fin du dispositif, laissant chaque État choisir entre heure d’été ou heure d’hiver permanente.
Mais le Conseil de l’UE n’a jamais validé ce texte, par crainte de voir naître un patchwork d’horaires entre États membres. La réforme est restée bloquée depuis.
La France n’échappe pas à cette impasse. Une consultation citoyenne menée en 2019 avait déjà montré 83,71 % de participants favorables à la fin du changement d’heure, et 59,17 % souhaitant rester à l’heure d’été toute l’année. Un sondage plus récent, réalisé en 2025, indique que près de 70 % de la population française souhaite l’arrêt de cette pratique.
En attendant une éventuelle décision, le pays reste aligné sur les règles communes : le passage à l’heure d’été aura lieu dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026, à 2 heures il sera 3 heures, avant un retour à l’heure d’hiver dans la nuit du 25 au 26 octobre 2026.
Le changement d’heure avait été instauré en France après le choc pétrolier de 1973, pour économiser l’éclairage. Il reste en 2026 encadré par une directive européenne fixant les dates de bascule au dernier dimanche de mars et au dernier dimanche d’octobre. Ses bénéfices énergétiques sont désormais jugés dérisoires, alors que sommeil perturbé, hausse des accidents de la route et stress dans les fermes figurent parmi les inconvénients régulièrement pointés.
Aucun pays membre de l’Union européenne n’a jamais osé sortir seul de ce système, de peur de désynchroniser transports, échanges économiques et vie quotidienne avec ses voisins. Hors UE, l’Islande, le Groenland, l’Égypte et la Turquie ont déjà tourné la page depuis plusieurs années. Si la loi ukrainienne entrait un jour réellement en vigueur, Kiev deviendrait le premier cas d’école du genre en Europe.
Pour l’heure, la signature présidentielle se fait attendre. Et à quelques semaines du prochain changement d’heure en Europe de l’Ouest, la question reste entière en Allemagne, où un sondage YouGov évalue à près de 75 % la part des habitants souhaitant abolir le dispositif, sans qu’aucune décision officielle n’ait été prise.




