Le gouvernement envisage de transférer la gestion de l’assurance maladie de 3,3 millions de fonctionnaires et enseignants de la MGEN vers la Cnam. Un projet annoncé en juillet 2026 mais jamais officialisé, qui menace 1.000 emplois et soulève des questions sur la qualité de service et les économies réelles attendues.
Êtes-vous enseignant ou fonctionnaire ? Depuis juillet 2026, votre assurance maladie est au centre d’un projet gouvernemental potentiellement transformateur. Pourtant, peu d’informations ont été communiquées à ce sujet. Ce projet complexe pourrait affecter 3,3 millions de personnes, dans une quasi-omerta.
Qui gère actuellement la santé des fonctionnaires ?
La Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale (MGEN) n’est pas une assurance maladie standard. Fondée après la Seconde Guerre mondiale, elle représente un compromis historique. Lors de l’instauration de la Sécurité sociale, les enseignants ont conservé leur propre organisation mutualiste. Aujourd’hui, la MGEN gère 3,3 millions d’assurés, principalement des enseignants et fonctionnaires, avec un chiffre d’affaires de 3,1 milliards d’euros en 2025. Elle emploie environ 1.000 personnes pour gérer le régime obligatoire sur quatre sites : Montreuil, Lyon, Rennes et Le Mans.
Contrairement aux idées reçues, la MGEN ne finance pas directement les remboursements de santé. Elle agit pour le compte de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). La Cnam verse annuellement 100 millions d’euros à la MGEN pour la gestion administrative du régime obligatoire des fonctionnaires. Ainsi, la mutuelle traite les dossiers et effectue les remboursements, mais l’argent provient de la Sécurité sociale. Ce système fonctionne sans encombre depuis des décennies.
Le climat budgétaire joue un rôle clé. Avec un déficit de la Sécurité sociale estimé à 23,2 milliards d’euros fin 2026, le gouvernement cherche à économiser. Le projet s’inscrit dans la mission « État efficace » du Premier ministre, visant à supprimer les intermédiaires et centraliser la gestion à la Cnam. Sur le papier, économiser 100 millions d’euros de rétribution annuelle à la MGEN semble attrayant. Cependant, la MGEN critique vivement cette approche, affirmant l’illusion de ces économies.
Qui est concerné par ce changement ?
Les assurés de la MGEN sont principalement des enseignants du primaire et du secondaire, du personnel administratif de l’Éducation nationale, des agents de collectivités territoriales et 70.000 expatriés. Ces derniers posent un défi particulier, car la Cnam ne dispose pas des compétences spécifiques pour gérer leur situation. Matthias Savignac, président de la MGEN, souligne : « Nous ne percevons ni l’efficacité ni le bénéfice économique de cette décision pour les assurés ou les finances publiques. »
Impacts possibles pour les fonctionnaires
Multiplication des interlocuteurs : un risque de confusion
Actuellement, la MGEN gère à la fois le régime obligatoire et la complémentaire santé. Avec le transfert, il faudra s’adresser à la Cnam pour le régime de base et à la MGEN (ou une autre mutuelle) pour la complémentaire. BFM Business rapporte que 1.000 emplois sont en jeu. Cette réorganisation pourrait entraîner des délais et des erreurs administratives.
Les taux de remboursement du régime obligatoire, fixés par la loi, resteraient inchangés. Toutefois, la MGEN met en garde : intégrer 3,3 millions d’assurés dans les Caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) pourrait engendrer des frais de gestion plus élevés. « Si demain la Cnam reprend l’activité, les assurés seront intégrés dans les CPAM, qui ont des frais de gestion plus élevés que les nôtres », avertit Matthias Savignac. L’État pourrait ainsi dépenser plus, et non moins.
Aucune communication officielle depuis juillet 2026
C’est l’aspect le plus dérangeant. La MGEN a été informée du projet le 24 juillet 2026 lors d’une rencontre avec le ministère de l’Éducation nationale. Depuis, aucune communication officielle n’a été faite aux mutuelles concernées. Ni le ministère de la Santé ni Matignon n’ont pris la parole publiquement. Selon 20 Minutes, ce manque de transparence alimente les inquiétudes. Une pétition a déjà rassemblé plus de 25.000 signatures pour alerter les parlementaires avant le débat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027.
La faisabilité technique du projet est incertaine. Christian Cochennec, directeur général de la MGEN, estime qu’un tel transfert nécessiterait trois à quatre ans. Or, la convention actuelle expire le 31 décembre 2027. Matthias Savignac souligne : « Nous ne croyons pas à la faisabilité de ce projet en un an. » De plus, la MGEN doit actuellement payer 10 à 15 millions d’euros annuellement pour utiliser le nouvel outil informatique de la Cnam. Si elle perd la gestion du régime obligatoire, cette dépense deviendra obsolète, mais qui prendra en charge les coûts d’infrastructure de la Cnam ? Autant de questions restent en suspens.
Pour les fonctionnaires et enseignants, l’incertitude persiste. Le gouvernement doit clarifier rapidement ses intentions. En attendant, d’autres changements affectent déjà votre budget en octobre. La question clé demeure : ce projet sert-il l’intérêt général ou est-il motivé par une logique comptable à court terme ? La réponse pourrait émerger lors des débats parlementaires à venir, si le dossier est finalement dévoilé.


