En septembre 2026, l’énergie occupe le devant de la scène politique européenne. Dan Jorgensen, commissaire européen à l’Énergie et au Logement, a mis en garde lors d’une réunion informelle à Dublin avec les ministres de l’Énergie des 27 États membres : l’hiver 2026-2027 sera difficile pour les consommateurs et les entreprises. Bien qu’il n’y ait pas de risque de rupture d’approvisionnement, les prix atteindront des niveaux « très élevés », selon ses propres termes.
Les cours du pétrole et du gaz ont flambé sur les marchés mondiaux en raison du conflit entre les États-Unis et l’Iran. En Europe, le prix du gaz a plus que doublé, alors que les États membres doivent reconstituer leurs réserves stratégiques avant l’hiver. « Il ne fait aucun doute que nous approchons d’un hiver qui va être difficile », a déclaré Jorgensen, soulignant la nécessité d’une coordination européenne renforcée.
Une facture énergétique alourdie de 100 milliards d’euros
La situation est préoccupante : depuis le début de 2026, l’Union européenne a dépensé plus de 100 milliards d’euros supplémentaires pour ses importations de combustibles fossiles, sans obtenir « une seule molécule supplémentaire de gaz ou de pétrole », a souligné Jorgensen. Selon CNBC TV18, cela équivaut à environ 113,3 milliards de dollars américains, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des industries. Les prix du diesel à la pompe ont atteint des records en septembre dans plusieurs États membres, et les factures d’électricité continuent d’augmenter.
Daragh O’Brien, ministre irlandais de l’Énergie, a replacé la situation dans un contexte plus large : pour la deuxième fois en quatre ans, l’Europe fait face à un choc majeur des combustibles fossiles. Il a rappelé que les prix de l’électricité résidentielle dans l’UE étaient déjà supérieurs de 33 % au premier semestre 2025 par rapport aux niveaux d’avant la crise précédente.
Le report controversé de la réglementation sur le méthane
En réponse aux pressions des marchés, Jorgensen a proposé de reporter d’un an l’application des nouvelles règles sur les émissions de méthane, initialement prévues pour 2027. Cette réglementation impose aux importateurs de pétrole et de gaz de surveiller et de déclarer leurs émissions de méthane. Le report vise à « détendre » la pression sur les marchés, car certains exportateurs pourraient se détourner du marché européen s’ils ne peuvent pas se conformer aux nouvelles exigences. Jorgensen a insisté : « Nous restons fidèles à nos objectifs », précisant que ce report ne concerne que les importations.
Des stocks de gaz inégalement répartis en Europe
Les réserves stratégiques de gaz sont une autre préoccupation à Dublin. En moyenne, les installations de stockage européennes sont remplies à 70 %, avec des disparités notables : la France affiche 82 %, tandis que l’Allemagne est à 57 %. Bruxelles a exhorté les États membres à coordonner leurs efforts pour éviter une ruée simultanée qui ferait grimper les cours. Un objectif de remplissage à 80 % a été fixé, et Jorgensen a souligné l’importance de l’atteindre pour éviter un cycle potentiellement dommageable.
Les mesures d’urgence préconisées par la Commission
Pour faire face à la crise, Jorgensen a recommandé aux gouvernements de réduire la demande d’électricité et de gaz pour contenir les prix. La Commission européenne a déjà assoupli ses règles en matière d’aides d’État et suggéré un soutien ciblé pour les secteurs les plus touchés. Jorgensen a mis en garde contre le subventionnement massif des combustibles fossiles, appelant à des mesures « ciblées et temporaires » pour ne pas compromettre la transition énergétique. Avec Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, il a souligné l’importance de réviser les systèmes de taxation énergétique.
Michael Damianos, ministre chypriote de l’Énergie, a réclamé un soutien accru de l’UE pour atténuer l’impact de la crise sur les citoyens et les entreprises. Jorgensen et Birol ont plaidé pour rendre l’électricité financièrement accessible, surtout en période de prix élevés, afin d’encourager l’abandon du gaz et du pétrole. Les risques de tensions sur l’approvisionnement électrique inquiètent toujours plusieurs États membres.




