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Quel sera l'avenir des Gilets jaunes ?





Le 18 Janvier 2019, par François-Bernard Huyghe

Que retiendra l’histoire des idées de l’aventure des Gilets jaunes ? Impossible, évidemment, de répondre à la question dans la mesure où les idées — ou du moins les discours — évoluent sans cesse au rythme des réalités. Essayons quelques pistes.


Il est difficile de répondre à la question « que pensent les Gilets jaunes eux-mêmes ? ». Non pas qu’ils n’aient « pas d’idées » comme le soutiennent avec mépris certains éditorialistes (le mouvement se réduisant alors à une bête colère de la plèbe, égarée par quelques fake news et par une poignée de manipulateurs) mais parce qu’elles reflètent une multiplicité de demandes.

Les Gilets jaunes sont-ils « populistes » ? Nous n’aimons pas beaucoup ce terme, sauf à lui conférer le sens stratégique que lui donne le philosophe E. Laclau : une lutte « établissant une frontière qui divise la société en deux camps et appelle ceux d’en bas à se mobiliser contre ceux qui sont au pouvoir ».

Le côté révolte contre la révolte des élites a été souvent souligné. Les Gilets jaunes sont d’abord contre - mais il faut bien commencer par s’opposer —. Ils sont contre les impôts, thème qui est devenu contre la mauvaise gestion de l’État et son accaparement par une minorité, ce qui est devenu : contre les riches et les élites (journalistes compris), contre le système représentatif, contre le Système tout court. Sans parler de l’opposition hyperpersonnalisée à Macron lui-même identifié à la quintessence de l’arrogance des riches et des puissants.

Mais derrière ce négatif, il y a une affirmation. Il y a une colère et qui dit colère dit volonté de reprendre la maîtrise qui vous est déniée. S’affirmer comme « peuple », se faire reconnaître, sinon comme les pauvres ou les exploités, du moins comme le sans avenir et sans voix, les périphériques, les enracinés, ceux qui ne profitent pas de la société libérale et ouverte, mais qui sont sur le point revenir. Et comment mieux se réaffirmer qu’en rappelant que l’on est le souverain. Donc en passant du statut de populace plus ou moins idéologiquement suspecte à celui de peuple qui va où il veut, chante la Marseillaise et entend se conduire en patron. Éventuellement en décidant lui-même en assemblée. Ce qui fait qu’avec nos notions d’horizontalité, de démocratie directe, de médiation et de représentativité, de mandat direct ou révocable..., nous ne faisons que découvrir des questions que décrivait Polybe (-200/-120 avant Jésus Christ) : comment éviter que la démocratie ne verse ni dans l’ochlocratie (le règne direct de la foule déchaînée) ni dans l’oligarchie.

Le problème des Gilets jaunes est donc plutôt qu’ils ont toutes les idées à la fois — de droite relatives à l’identité et à la transmission et de gauche relatives à l’égalité des conditions et à la lutte contre les dominant — en même temps, du moins quand il s’agit des fins. Car, sur les moyens, ils sont tous d’accord pour exercer un pouvoir qu’ils estiment confisqué indistinctement par la technocratie et la bureaucratie, par les riches et les bobos et par les médias et les prescripteurs d’idées dominantes.

L’avenir des Gilets jaunes dépendra d’une multitude de facteurs. Leurs divisions internes ou leur allergie à toute hiérarchie en sont un ; l’usage symbolique de la violence (avec le risque de dérapage le jour où il y aura un mort par armes) en est un autre. La façon dont le « Grand Débat » (outre sa fonction d’attrape-voix de droite) parviendra à atomiser la fracture sociale (en la transformant en une série de problèmes et opportunités comme dans l’entreprise) en est une troisième. Mais la question principale est sans doute celle de la production idéologique : pour rassembler des groupes sur un front à la fois social, politique et culturel pour que les « idées » semblent s’imposer d’elles-mêmes à une partie de la population, il faut plus que des rassemblements dans la rue ou des groupes Facebook. Quels sont les équivalents contemporains de ce que l’on aurait appelé autrefois des intellectuels organiques, des organisations représentatives, des relais culturels, des milieux favorables, etc. Réponse dans les prochains mois.




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