La surveillance des salariés en arrêt maladie par des détectives privés pose de lourdes questions éthiques et juridiques. Cette affaire, rapportée par Midi Libre et Noticias Trabajo, montre concrètement ce que cela peut coûter aux employeurs, et ce que ça change pour les droits des travailleurs.
Ce qui s’est passé
Une salariée de Mercadona était en arrêt maladie pour sclérose en plaques. La direction, suspectant un abus de cet arrêt, a engagé un détective privé pour prouver que l’employée simulait sa maladie afin d’obtenir des congés supplémentaires. Le détective s’est rendu sur le lieu de travail de la salariée alors qu’elle avait un rendez-vous avec le médecin de la société, dans l’espoir de recueillir des preuves sur ses activités quotidiennes.
La salariée a remarqué la surveillance et a contesté son licenciement devant la justice. La Haute Cour de Justice des îles Canaries, qui a tranché en sa faveur, a estimé que l’employeur avait porté une atteinte grave au droit au respect de la vie privée.
La décision du tribunal et ce que ça change
La Haute Cour de Justice des îles Canaries a condamné Mercadona et jugé que l’emploi d’un détective privé pour surveiller la salariée pendant son arrêt maladie portait une atteinte sérieuse à sa vie privée. L’entreprise doit la réintégrer dans ses fonctions et lui verser 15 000 € pour préjudice moral, en plus des indemnités de licenciement déjà dues.
L’entreprise a par ailleurs été reconnue coupable de harcèlement. Les juges ont qualifié la surveillance médicale mise en place d’intrusive : la frontière entre contrôle légitime et abus reste ténue.
Ce que dit la loi en France
En France, la législation encadre strictement la surveillance des arrêts maladie. Les arrêts de travail relèvent de l’assurance maladie, et un contrôle peut être mené par un agent enquêteur agréé et assermenté par la Sécurité sociale (la Sécu). L’article 9 du Code civil garantit le droit au respect de la vie privée.
Le Code du travail précise aussi que les informations personnelles des salariés ne peuvent pas être recueillies par des moyens qui ne leur ont pas été signalés au préalable. Cette affaire espagnole rappelle les protections prévues par le droit français, censées limiter les excès de la part des employeurs.
Que dit cette affaire sur les droits des salariés ?
Cette décision interroge l’équilibre entre les droits des employeurs et ceux des travailleurs, y compris dans le cadre professionnel. Qualifier l’atteinte à la vie privée de violation « grave » crée un précédent notable.




