L’eau est de plus en plus chère à traiter

Les tarifs de l’eau potable et de l’assainissement connaissent une hausse généralisée en France, avec des augmentations de 3,5% à 6% par an prévues jusqu’en 2040. Cette flambée s’explique par les nouvelles réglementations européennes, le vieillissement des infrastructures et les défis environnementaux.

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L’eau est de plus en plus chère à traiter © journaldeleconomie.fr

Une facture d’eau qui explose sur fond de nouvelles exigences

Les services publics de l’eau subissent une véritable révolution tarifaire. Partout en France, les collectivités locales annoncent des hausses qui dépassent largement l’inflation. Entre nouvelles réglementations européennes, vieillissement des infrastructures et défis environnementaux, le coût de traitement de l’eau connaît une envolée inédite.

Les chiffres témoignent de cette tendance : alors que les dépenses totales des services d’eau et d’assainissement atteignaient 15,4 milliards d’euros en 2024, une étude de La Banque postale table sur une augmentation de moitié d’ici 2040, voire un doublement dans le scénario le plus ambitieux.

Des hausses qui se généralisent partout en France

L’exemple de Villefranche Beaujolais Saône illustre parfaitement cette tendance. Pour 2026, la redevance assainissement bondit de 10% à Arnas, de 5,22% sur les autres territoires et de 4,3% à Saint-Julien. Emmanuel Dupit, conseiller communautaire d’opposition, dénonce des « évolutions très importantes » avec « 3,7% d’augmentation de la part variable, soit trois fois l’inflation prévue ».

À La Rochelle, la communauté d’agglomération a voté des hausses supérieures aux prévisions d’inflation. Le prix du mètre cube grimpe de 1,62 à 1,70 euro, soit une augmentation de 5% pour la part variable. La part fixe progresse également de 2%.

Dans le Tarn, d’autres communes subissent le même phénomène. Jean-Pierre Dumontet, vice-président en charge des questions relatives à l’eau de la CAVBS, justifie ces augmentations par « les importants investissements réalisés depuis dix ans : station d’épuration, bassins d’orages, mises en séparatif de réseaux ».

La directive européenne DERU 2 bouleverse la donne

L’une des principales causes de cette flambée des prix réside dans l’application de la directive européenne « DERU 2 » sur le traitement des eaux usées. Le texte impose notamment l’élimination des micropolluants avant rejet dans la nature et doit être transposé dans les droits nationaux avant le 31 juillet 2027.

Pascal Ronzière, président de la CAVBS, tire la sonnette d’alarme : « On a à peine inauguré notre nouvelle unité de traitement des eaux usées qu’on découvre de nouvelles réglementations européennes demandant encore des investissements dans les années qui viennent. » Il ajoute que « l’eau deviendra une ressource de plus en plus rare, fragile et coûteuse à traiter ».

Pour maintenir les infrastructures en état, l’étude de La Banque postale estime nécessaire d' »augmenter les tarifs du service d’eau potable d’au moins 3,5% à 6% par an et ceux du service d’assainissement de 3,5% à 4% par an jusqu’en 2040″.

L’Agence de l’eau alourdit aussi la facture

Les organismes publics contribuent également à cette hausse générale. Depuis le 1er janvier 2025, les redevances de l’Agence de l’eau sont perçues sur la consommation d’eau potable (0,39 euro HT le m³), la performance des réseaux d’eau potable et celle des systèmes d’assainissement collectif.

Emmanuel Dupit demande qu’un signal soit envoyé face au « triplement du tarif au m³ sur l’assainissement », espérant en contrepartie une augmentation des aides de l’Agence aux collectivités réalisant des travaux. En parallèle, certaines régions comme la Bretagne voient leurs coûts exploser en raison de leur insularité.

Des marges de financement encore disponibles

Face à cette équation budgétaire complexe, plusieurs pistes émergent. Olivier Grimberg, directeur secteur public local de SFIL, rappelle que « les ménages français consacrent en moyenne autour de 1% de leur budget à la facture d’eau, contre 2% pour payer la téléphonie ». Il existe donc, selon lui, « des marges de manœuvre pour augmenter ce prix ».

L’endettement constitue un autre levier. Le délai de désendettement s’établit généralement à trois ans pour l’eau potable et à cinq ans pour l’assainissement, « sachant que les seuils maximaux se situent entre dix et douze ans ».

La fiscalité environnementale offre également des perspectives. La taxe Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), actuellement facultative et levée en moyenne à 9,2 euros par habitant, pourrait être portée à son plafond de 40 euros par habitant.

Le reflet d’une urgence climatique

Au-delà des aspects économiques, cette hausse traduit une prise de conscience environnementale. Catherine Halbwachs, à la tête du programme d’adaptation d’EDF au changement climatique, souligne que « l’eau est notre principal problème » face au réchauffement.

La température des cours d’eau progresse : 2°C en un demi-siècle pour la Lauter en Alsace. Face à ce défi, les investissements se multiplient : tours aéroréfrigérantes, préservation des écosystèmes, protection des zones humides. Une dynamique qui rappelle les incertitudes économiques mondiales liées aux enjeux environnementaux.

Les collectivités n’ont plus le choix. Comme le résume Pascal Ronzière : « Il faut être conscient que l’eau deviendra une ressource de plus en plus rare, fragile et coûteuse à traiter. » Une réalité qui s’impose désormais à tous les gestionnaires de services publics sur le territoire français, transformant progressivement l’économie locale autant que les habitudes de consommation.

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