La Chine produit la majorité des drones mondiaux mais défend à ses habitants de les piloter

Premier fabricant mondial de drones, la Chine interdit presque à ses habitants d’en piloter un. Enregistrement obligatoire, zones bannies, contrôles policiers renforcés : voici pourquoi Pékin verrouille son propre ciel.

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La Chine produit la majorité des drones mondiaux mais défend à ses habitants de les piloter
La Chine produit la majorité des drones mondiaux mais défend à ses habitants de les piloter © journaldeleconomie.fr

Cat Yang, résidante de Shanghai, raconte que la police s’est même moquée d’elle et lui a dit d’acheter un jouet à la place. Elle avait pourtant obtenu une approbation préliminaire de la mairie pour offrir un drone à son fils. L’autorisation lui a été retirée à la dernière minute, sans explication.

Son expérience illustre un paradoxe. La Chine fabrique la majorité des drones vendus dans le monde, mais rend leur pilotage presque impossible pour ses propres habitants, rapporte L’Express. Longtemps pionnière en la matière, elle est devenue l’un des pays les plus verrouillés pour les amateurs.

Un enregistrement obligatoire à partir du 1er mai

Depuis janvier 2026, piloter un drone sans autorisation peut, dans certains cas, valoir une peine de prison. À compter du 1er mai 2026, chaque appareil devra être enregistré sous le vrai nom de son propriétaire, relié directement à sa carte d’identité ou à son numéro de portable.

Voler dans une zone restreinte, ce qui couvre la plupart des villes, nécessitera une inscription au moins 24 heures à l’avance. Les données de vol seront transmises aux autorités en temps réel, sous peine d’amende ou de détention.

L’enregistrement et le zonage existaient déjà depuis 2024, mais la répression s’est nettement accrue ces derniers mois. Fin 2025, la Chine comptait plus de 3 millions de drones enregistrés, soit une hausse de 50 % par rapport à 2024.

Pékin, la ville la plus stricte

La capitale a franchi un cran supplémentaire. Depuis mars 2026, les drones sont interdits presque partout dans la ville, et les entrées font l’objet d’inspections de bagages pour les voyageurs venus d’autres régions. À partir de mai, il ne sera plus possible d’y vendre, louer ou apporter un drone ou ses composants clés.

Les Pékinois qui en possèdent déjà seront exemptés s’ils les enregistrent auprès de la police avant le 30 avril 2026. Une même adresse ne pourra détenir plus de trois appareils, sauf exception pour les drones à fonction spéciale, comme la recherche.

Deux habitants de Pékin racontent avoir été contactés par la police dès l’allumage de leur appareil, avant même l’annonce des nouvelles règles. Un autre affirme que des agents ont sonné chez lui pour l’interroger sur des drones qu’il n’avait pas fait voler depuis des années.

Le ministère de la Sécurité publique invoque des cas précis : un opérateur ayant fait voler son appareil à moins de 800 mètres d’un avion, un autre ayant filmé des atterrissages depuis une zone interdite près d’un aéroport. En 2025, deux drones étaient entrés en collision avant de s’écraser sur un gratte-ciel de Shanghai. Le ministère a résumé sa position d’une formule : « Le ciel n’est pas au-dessus des lois. »

Le marché intérieur en pâtit. Plusieurs vendeurs se plaignent dans les médias chinois d’une chute des ventes, tandis que les annonces de drones d’occasion se multiplient en ligne. DJI, plus grand fabricant mondial, subit aussi des pressions à l’étranger : en décembre 2025, les États-Unis ont interdit les drones de fabrication étrangère pour raisons de sécurité nationale, bloquant la vente de nouveaux produits DJI sur leur territoire. L’entreprise a répliqué en février 2026 par une action en justice pour faire annuler cette décision.

La dimension militaire pèse dans les décisions de Pékin. Les guerres en Ukraine et en Iran ont montré la létalité des petits drones bon marché, utilisés pour la surveillance comme pour les frappes. Selon Drew Thompson, ancien responsable du Pentagone, chercheur à l’école d’études internationales S. Rajaratnam de Singapour, cette efficacité soulève sûrement des préoccupations à Pékin concernant la sécurité physique de ses hauts dirigeants.

Les autorités présentent aussi ce durcissement comme une étape vers la nouvelle économie de basse altitude, terme désignant les usages commerciaux des drones, livraison, entretien de lignes électriques, agriculture, inscrits dans le dernier plan quinquennal. Li Mo, directeur du Centre de recherche sur l’économie de basse altitude à l’Université des sciences et technologies de Hong Kong, compare la démarche à un ménage préalable : « C’est comme ranger le salon avant l’arrivée de la visite : il faut faire le ménage dans l’espace aérien inférieur avant d’y développer des activités économiques à grande échelle. »

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