« Je suis désolée Monsieur le ministre, avec tout le respect que je vous dois, c’est de l’enfumage » : invité à répondre aux questions des Grandes Gueules (RMC) le 29 septembre, Serge Papin se serait sans doute bien passé de cette séance d’humiliation publique. Sur le grill des journalistes et intervenants en plateau, le fantomatique ministre en charge des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat a eu toutes les peines du monde à convaincre de l’efficacité de son action.
Pour sa défense, l’ancien directeur général de Système U a bien tenté de démontrer à son auditoire que le demi-point de croissance attendu cette année n’équivalait pas tout à fait à une récession. Une affirmation pour le moins hasardeuse, à laquelle Serge Papin s’est vu opposer tensions sur le pouvoir d’achat, hausse des prix du carburant, inflation sur tous les biens de première nécessité. Et les présentateurs des Grandes Gueules de pointer le « décalage » du gouvernement face aux préoccupations d’un nombre toujours croissant de Français.
Loi anti-fast-fashion : un malus qui affecte d’abord les plus pauvres
Ce décalage, Serge Papin le pratique avec une ferveur presque religieuse. Au point de devenir sa marque de fabrique depuis qu’en octobre 2025 l’homme d’affaires a rejoint le gouvernement Lecornu. A la tête de son ministère, Serge Papin s’obstine ainsi depuis douze mois à lancer des croisades aussi baroques qu’orwelliennes. Leur trait commun : saper encore, s’il en était besoin, le pouvoir d’achat des Français les plus défavorisés. Tout en foulant aux pieds la raison d’être de son maroquin, dédié, faut-il le rappeler, au… pouvoir d’achat.
« La proposition de loi visant à lutter contre l’ultra-fast-fashion est définitivement adoptée », paradait ainsi l’intéressé au lendemain du vote, en juin dernier, du très controversé texte de loi. Et Serge Papin de claironner sur Instagram que « la France devient (…) le premier pays européen à légiférer contre cette mode ultra-rapide ». En oubliant, au passage, un léger détail : le malus écologique pouvant, d’après ses propres mots, « atteindre 50% du prix du produit » acheté sur Shein ou Temu, est d’abord et avant tout un malus de classe sociale.
Qui, en effet, achète sur les plateformes asiatiques explicitement visées par la nouvelle loi ? Les jeunes, les mères célibataires devant habiller leurs bambins, les chômeurs, les travailleurs pauvres, etc. En d’autres termes : les catégories sociales les plus défavorisées. Les mêmes qui paient, proportionnellement à leurs revenus, le plus lourd tribu sur l’autel de l’inflation ou de la hausse des carburants. Les mêmes qui, désormais, peuvent remercier leur ministre du « pouvoir d’achat » pour cette perte sèche sur leur budget habillement.
Que les pauvres se rassurent (ou pas) : Serge Papin a plus d’un tour dans son sac. Jamais à court d’idées pour essorer les plus précaires des ménages français, notre Léonard de Bercy a dégainé ces derniers jours sa dernière trouvaille antisociale : une taxe sur le sucre. Sous couvert de lutte, légitime, contre l’obésité et le diabète, Serge Papin devait présenter lors du Conseil des ministres du 1er octobre un projet de taxe sur les produits sucrés, massivement consommés par les enfants et adolescents – mais, encore et toujours, ceux issus des foyers les plus modestes.
Pas bégueule, le ministre s’est cru obligé de préciser à la presse qu’il n’était pas « pour les taxes » ni « pour l’augmentation » des produits alimentaires, dont le prix n’a cessé de grimper depuis le début de la guerre en Ukraine. Avant de s’empresser de faire l’exact contraire, en proposant un dispositif dont l’effet immédiat, et la philosophie même, reposent intégralement sur l’augmentation du ticket de caisse pour les consommateurs visés. Au premier rang desquels les ménages précaires : selon l’Insee en effet, 16,9 % des ouvriers qualifiés et 15,2 % des salariés peu qualifiés déclarent boire des sodas tous les jours, contre 4,1 % des personnes exerçant une profession intellectuelle et scientifique.
« Lunaire » : quand les députés macronistes eux-mêmes critiquent Serge Papin
A sa décharge, Serge Sapin n’est pas, loin s’en faut, le seul macroniste à s’agiter pour faire baisser le pouvoir d’achat des Français. Le ministre peut notamment s’appuyer sur la toujours zélée Prisca Thevenot, qui a réussi l’exploit de signer un amendement en faveur d’une taxe sur les produits sucrés, avant de faire mine de s’offusquer de l’initiative de Serge Papin : « vous reprendrez bien une petite taxe », a-t-elle osé, dénonçant une initiative « lunaire ». La même Prisca Thevenot qui présentait, en décembre 2025, le projet de loi anti-fast-fashion comme un « combat juste et indispensable ». Lunaire, vous avez dit ?





