Vers une cotation boursière pour Anthropic ?

Anthropic, l’une des forces les plus influentes de l’intelligence artificielle mondiale, a déposé lundi dernier une demande confidentielle d’introduction en Bourse auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine.

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Vers une cotation boursière pour Anthropic ? © journaldeleconomie.fr

Anthropic vient de déposer une demande confidentielle d’introduction en Bourse auprès de la SEC, devançant OpenAI dans la course aux cotations d’intelligence artificielle. Valorisée à 965 milliards de dollars après sa dernière levée de 65 milliards, l’entreprise créatrice de Claude pourrait réaliser l’une des IPO les plus importantes de l’histoire technologique.

Anthropic franchit une étape décisive vers l’introduction en Bourse

Anthropic, l’une des forces les plus influentes de l’intelligence artificielle mondiale, a déposé lundi dernier une demande confidentielle d’introduction en Bourse auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine. Cette démarche propulse la société créatrice de Claude au cœur de la course aux cotations les plus attendues de l’année, la plaçant même devant son rival historique OpenAI dans cette singulière compétition vers les marchés publics.

Dans un communiqué laconique mais lourd de sens, la société a précisé que « cette option nous donne la possibilité d’entrer en Bourse après que la SEC aura terminé son examen ». Le nombre d’actions proposées et le prix unitaire demeurent à ce stade indéterminés, l’opération restant suspendue aux « conditions de marché et à d’autres facteurs » — formule prudente qui dit, en creux, l’ampleur des incertitudes qui entourent encore cette transaction hors norme.

Une valorisation stratosphérique qui dépasse OpenAI

L’annonce intervient quelques jours seulement après qu’Anthropic ait bouclé un tour de financement de 65 milliards de dollars, portant sa valorisation à 965 milliards de dollars — un sommet vertigineux qui lui permet de devancer OpenAI, dont la valorisation atteignait 852 milliards de dollars en mars dernier. L’intérêt stratégique d’une telle cotation est manifeste : en ouvrant son capital, Anthropic entend non seulement consolider sa position face à ses concurrents directs, mais aussi lever les voiles sur ses données financières, jusqu’ici jalousement préservées, au moment précis où les marchés s’interrogent sur la réalité économique de l’IA. Pour comprendre comment Anthropic a frôlé les 1 000 milliards de capitalisation, l’ascension de la société mérite d’être replacée dans sa trajectoire.

Fondée en 2021 par Dario Amodei, ancien vice-président de la recherche chez OpenAI, Anthropic s’est rapidement imposée comme un acteur de premier plan. La société affiche désormais un taux de revenus annualisé de 47 milliards de dollars depuis le début du mois de mai, en hausse spectaculaire par rapport aux 30 milliards enregistrés en avril et aux 9 milliards de l’année précédente — une trajectoire qui n’a guère d’équivalent dans l’histoire récente de la tech.

Le succès de Claude Code propulse l’entreprise

L’ascension fulgurante d’Anthropic repose largement sur le succès de ses offres à destination des entreprises, et notamment de Claude Code, son environnement de programmation assistée par IA qui a su conquérir une communauté de développeurs exigeants. La société a encore étoffé son portefeuille cette année avec le lancement de Claude for Small Business et, la semaine dernière, de son modèle phare Claude Opus 4.8.

Signe éloquent de cette montée en puissance, l’entreprise fintech Ramp a rapporté qu’en mai, pour la première fois, davantage de sociétés recouraient à Anthropic qu’à OpenAI sur ses plateformes — un renversement symbolique qui illustre la progression d’Anthropic sur le segment, pourtant disputé, des solutions d’intelligence artificielle en environnement professionnel.

Une course effrénée vers les marchés publics

L’introduction en Bourse d’Anthropic s’inscrit dans ce que les analystes qualifient désormais de véritable « course aux IPO » entre les géants de l’intelligence artificielle. SpaceX d’Elon Musk a lui aussi déposé ses documents financiers fin mai, tandis qu’OpenAI prépare sa propre cotation dans les semaines à venir, selon CNN.

« Nous pensons que cela représente l’ouverture des vannes pour le marché des IPO, qui a été relativement endormi depuis quelques années », ont écrit les analystes de Wedbush Securities dans une note publiée dans la foulée de l’annonce. Ces trois cotations potentielles pourraient créer « la plus forte concentration de capital pré-IPO jamais mise sur le marché simultanément », selon Harrison Rolfes, analyste senior chez PitchBook — une assertion qui, si elle se vérifie, ferait de ce millésime boursier un moment sans précédent dans l’histoire de la finance technologique.

Des défis géopolitiques et concurrentiels

Malgré l’éclat de ses succès commerciaux, Anthropic doit composer avec des turbulences d’une autre nature. L’entreprise s’est retrouvée au cœur d’une controverse avec l’administration Trump et le Pentagone autour de l’usage de sa technologie à des fins militaires. Le ministère de la Défense a désigné la société comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une décision qu’Anthropic conteste aujourd’hui devant les tribunaux.

Cette situation découle du refus du PDG Dario Amodei d’autoriser le recours aux outils d’Anthropic pour la surveillance de masse des citoyens américains ou pour le pilotage d’armes autonomes. Cette ligne de conduite, aussi éthique soit-elle, révèle les tensions profondes qui traversent le secteur, tiraillé entre impératifs d’innovation et exigences de sécurité nationale. La NPR revient en détail sur ces enjeux dans son analyse du dossier.

Un positionnement différenciant axé sur la sécurité

Anthropic a bâti sa stratégie en se positionnant comme une organisation « sécurité d’abord », se distinguant ainsi d’OpenAI par une forme de rigueur éthique érigée en argument commercial. En avril, l’entreprise a notamment choisi de ne pas diffuser son modèle Claude Mythos Preview, jugeant que ses capacités en matière de piratage informatique — développées sans intention initiale en ce sens — présentaient des risques trop élevés pour une mise sur le marché précipitée. On lira à ce sujet comment Claude Mythos a inquiété la BCE, illustration supplémentaire des préoccupations que suscite ce modèle dans les cercles institutionnels.

La société a également noué des partenariats de cybersécurité avec Amazon, Apple et Microsoft, permettant à ces géants technologiques d’accéder à Mythos dans un cadre contrôlé, afin d’identifier et de corriger les failles potentielles de leurs propres logiciels.

Les enjeux d’une cotation historique

Une introduction en Bourse d’Anthropic fournirait le premier aperçu concret des données financières de l’entreprise, dans un contexte où les interrogations sur l’existence d’une bulle de l’intelligence artificielle ne se dissipent pas. La valorisation de la société a bondi de 380 milliards de dollars en février à 965 milliards en mai — une progression de plus de 150 % en moins de quatre mois —, soulevant des questions légitimes sur l’adéquation entre ces valorisations et la demande économique réelle. Bien que Claude ait su s’imposer auprès des entreprises et des développeurs, il reste largement distancé par ChatGPT dans l’usage grand public. Selon Emarketer, seulement 5,4 % des internautes américains utiliseront Claude cette année, contre 36,6 % pour ChatGPT et 27,4 % pour Gemini de Google — un écart considérable qui rappelle que la bataille pour le grand public reste, elle, loin d’être gagnée.

Sa valorisation actuelle atteint 965 milliards de dollars, portée par des revenus annualisés de 47 milliards de dollars, en progression vertigineuse depuis les 30 milliards d’avril, et adossée à une dernière levée de fonds de 65 milliards de dollars. L’introduction en Bourse d’Anthropic s’annonce ainsi comme l’un des événements financiers les plus scrutés de l’année, offrant au marché un test grandeur nature de son appétit pour les valorisations astronomiques du secteur.

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