Le 3 avril 2025, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé que le gouvernement envisage de recentrer l’obligation des Zones à Faibles Émissions (ZFE) sur les seules agglomérations de Paris et Lyon — une décision qui intervient malgré un vote de l’Assemblée nationale en faveur de leur suppression ou, à tout le moins, de leur assouplissement.
ZFE : la recherche d’un compromis sous contrainte budgétaire
Par un contre-amendement, le gouvernement propose d’assouplir le déploiement des Zones à faibles émissions (ZFE), en limitant leur obligation aux seules agglomérations de Paris et Lyon. Ce recentrage repose sur un critère objectif : il ne concernerait que les villes ayant dépassé les seuils réglementaires de qualité de l’air pendant trois des cinq dernières années. Les autres agglomérations ne seraient plus tenues d’instaurer une ZFE, mais pourraient le faire sur une base volontaire.
Cette stratégie de l’exécutif s’explique par la volonté de préserver les engagements pris dans le cadre du Plan national de relance et de résilience (PNRR) européen, en dépit des réticences exprimées par les automobilistes et d’une partie de la droite de l’échiquier politique. Une note de la Direction générale du Trésor, datée du 1er avril 2025, alerte sur un risque financier majeur : la suppression généralisée des ZFE exposerait la France à une perte immédiate de 3 milliards d’euros de subventions européennes dès 2025, à laquelle pourrait s’ajouter un manque à gagner de 40,3 milliards d’euros d’ici la fin de l’année 2026.
Un bras de fer sur fond de contestation sociale
Le 26 mars 2025, la commission spéciale de l’Assemblée nationale a adopté un amendement supprimant l’obligation nationale des Zones à faibles émissions. Le texte a été soutenu par des députés issus de plusieurs formations, parmi lesquelles Les Républicains, le Rassemblement National, Horizons et même Renaissance. Ce vote a été interprété comme un désaveu clair du dispositif, jugé coûteux et inadapté par une large partie de la population : selon les résultats de la grande consultation publique sur les ZFE, 8 participants sur 10 se sont déclarés opposés à leur mise en œuvre.
Agnès Pannier-Runacher a réagi dès le 3 avril, en rappelant que les ZFE avaient déjà permis une baisse significative de la pollution à Paris et Lyon. Elle a averti que leur suppression enverrait « un signal politique négatif à Bruxelles ». Pour l’exécutif, le maintien du dispositif relève à la fois d’un impératif de santé publique, et d’un enjeu budgétaire. La menace d’une suspension des aides européennes constitue une véritable épée de Damoclès pour les finances publiques françaises, alors que la dette du pays dépasse désormais 3 400 milliards d’euros et que le déficit est projeté à plus de 5 % du PIB en 2025.


