Vers un choc pétrolier mondial ? Ormuz et Bab el-Mandeb deviennent les nouveaux points de rupture de l’économie mondiale

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Crédit photo JDE | journaldeleconomie.fr

La guerre qui se développe autour du Golfe persique pourrait déclencher bien plus qu’une crise régionale. Avec un détroit d’Ormuz sous tension et le détroit de Bab el-Mandeb exposé aux attaques des Houthis, deux passages essentiels du commerce pétrolier mondial sont désormais fragilisés. Une configuration qui fait planer le risque d’un choc énergétique majeur pour l’économie mondiale.

Le détroit d’Ormuz, artère centrale du pétrole mondial

Depuis plus d’un demi-siècle, le détroit d’Ormuz constitue l’un des points névralgiques du système énergétique international. Entre l’Iran et Oman, ce passage étroit voit transiter près de 20 % du pétrole consommé dans le monde. Les exportations des grandes puissances pétrolières du Golfe — Arabie saoudite, Irak, Koweït, Émirats arabes unis et Qatar — y passent massivement avant de rejoindre les marchés asiatiques, européens ou américains. Toute perturbation de cette route maritime provoque donc immédiatement des tensions sur les marchés pétroliers. La crise actuelle remet brutalement cette vulnérabilité au premier plan. L’Iran dispose dans la zone d’un ensemble de capacités militaires capables de perturber la navigation : missiles côtiers, drones, mines navales ou vedettes rapides. Même sans fermer totalement le détroit, la simple menace sur la sécurité maritime suffit à renchérir les coûts d’assurance et à ralentir les flux énergétiques. Pour les marchés, cette incertitude représente déjà un facteur de tension structurelle.

Les routes alternatives saoudiennes et leurs limites

Pour réduire sa dépendance à Ormuz, l’Arabie saoudite dispose d’une infrastructure stratégique majeure : un oléoduc géant reliant ses champs pétroliers de l’est du pays au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Long d’environ 1 200 kilomètres, ce pipeline permet d’acheminer le pétrole directement vers la côte occidentale du royaume, contournant ainsi le Golfe persique. Cette route alternative permet théoriquement à Riyad de maintenir une part importante de ses exportations même si Ormuz devient impraticable. Mais elle ne constitue pas une solution totale. La capacité de cet oléoduc reste inférieure aux volumes exportés habituellement par le Golfe, et surtout, les pétroliers quittant Yanbu doivent franchir un autre passage stratégique pour rejoindre les marchés mondiaux : le détroit de Bab el-Mandeb.

Bab el-Mandeb, le second verrou énergétique

Situé entre le Yémen et la Corne de l’Afrique, le détroit de Bab el-Mandeb est la porte d’entrée sud de la mer Rouge. Ce passage est indispensable pour les navires reliant le canal de Suez, la mer Rouge et l’océan Indien. Or la zone est aujourd’hui sous la menace directe des rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran. Les Houthis ont déjà démontré leur capacité à cibler la navigation commerciale grâce à des drones, des missiles antinavires ou des attaques contre des navires marchands. Leur présence sur les côtes yéménites dominant le détroit leur offre une position stratégique redoutable. Dans ce contexte, la route censée permettre de contourner le détroit d’Ormuz pourrait elle-même devenir vulnérable.

Le spectre d’un choc énergétique mondial

Si les deux détroits venaient à être perturbés simultanément, l’économie mondiale pourrait se retrouver confrontée à un double blocage stratégique. D’un côté, la principale route d’exportation pétrolière du Golfe serait fragilisée. De l’autre, la route alternative utilisée par l’Arabie saoudite via la mer Rouge serait également exposée aux attaques. Un tel scénario provoquerait mécaniquement une forte hausse du prix du pétrole et pourrait déclencher un choc énergétique comparable aux grandes crises pétrolières du passé. Dans une économie mondiale déjà marquée par les tensions inflationnistes et les rivalités géopolitiques, une flambée durable des prix de l’énergie aurait des conséquences immédiates sur la croissance, les chaînes d’approvisionnement et la stabilité financière internationale.

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