Une opération financière qui a fait du bruit dans le monde entier. Une entreprise familiale américaine, Fibrebond, basée à Minden, en Louisiane, a été vendue 1,56 milliard d’euros. Au-delà du montant, c’est surtout le geste de la famille vendeuse qui a frappé les esprits : par un accord négocié au moment de la cession, 540 employés sont devenus millionnaires, et leur carrière a pris un tournant qu’ils n’avaient pas vu venir.
Fibrebond, une boîte qui a pas mal roulé sa bosse
Fondée en 1982 par Claud Walker, Fibrebond a d’abord fabriqué des structures pour le matériel téléphonique et électrique le long des voies ferrées. Graham Walker, le fils du fondateur, a repris les rênes et mené l’entreprise à travers plusieurs décennies de hauts et de bas.
Le coup dur est venu en 1998 : un incendie a ravagé l’usine, puis le krach Internet a forcé Fibrebond à réduire ses effectifs de 900 à 320 personnes. Malgré ces épreuves, la famille Walker a continué de verser les salaires, ce qui a tenu l’entreprise à flot.
Le tournant est venu quand Graham a misé 138 millions d’euros sur les infrastructures de centres de données. Le pari a payé en 2020 : la demande liée au cloud a explosé pendant la pandémie de COVID-19 et a validé l’investissement. En cinq ans, les ventes ont bondi de 400 %, de quoi attirer de grands groupes industriels. Parmi eux, Eaton, qui a fini par racheter Fibrebond.
La vente et ses conséquences
La cession à Eaton, spécialiste de la gestion de l’énergie, a été finalisée au début de l’année dernière et a rapporté plus de 920 millions d’euros à la famille Walker. La négociation a réservé une clause inhabituelle : 15 % du produit total, soit 220,8 millions d’euros, devaient revenir aux salariés. La somme a été répartie entre 540 employés à temps plein, qui ont touché en moyenne 407 560 euros chacun.
Graham Walker a imposé cette prime exceptionnelle de Noël lors des discussions avec l’acheteur. Interrogé par le Wall Street Journal sur le pourcentage retenu, il a répondu laconiquement : « C’est plus que 10 %. »
Les réactions des employés
La nouvelle a laissé beaucoup de monde bouche bée. Hector Moreno, cadre au développement commercial, a décrit au Wall Street Journal une réaction faite de stupeur et de joie : « C’était surréaliste, c’était comme dire aux gens qu’ils avaient gagné à la loterie. » Certains ont même cherché des caméras cachées, et un salarié, fou de joie, est parti au volant d’une voiturette de golf, le poing levé.
Chacun a dépensé son argent à sa manière. Lesia Key, entrée chez Fibrebond en 1995 avec un salaire horaire de 4,92 euros, a remboursé son prêt immobilier et ouvert une boutique de vêtements. Hong Blackwell, 67 ans, a pris sa retraite après 16 années de service et a offert un Toyota Tacoma à son mari. Hector Moreno, lui, a emmené 25 membres de sa famille à Cancún.




