Patrimoine : les transmissions devraient atteindre 6.200 milliards d’euros en France d’ici 2040

Le patrimoine français s’apprête à connaître une transformation majeure. D’ici 2040, 6.200 milliards d’euros pourraient être transmis entre générations, avec des conséquences possibles sur l’immobilier, l’épargne et la répartition des richesses.

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Succession : les notaires préviennent que la donation de 100 000 € sans impôts vit ses derniers mois, et beaucoup de familles l'ignorent encore
Légende image : Les générations du baby-boom concentrent une partie majeure des actifs concernés. | journaldeleconomie.fr

La France va entrer dans une période exceptionnelle de circulation du patrimoine. Selon le Conseil supérieur du notariat, plusieurs milliers de milliards d’euros devraient être transmis dans les quinze prochaines années, alors que les générations ayant accumulé des actifs importants arrivent progressivement au moment de transmettre leur richesse.

Patrimoine : une redistribution des actifs qui dépasse la seule question de l’héritage

La transmission à venir ne se résume pas à une succession après un décès. Une partie importante des transferts devrait être organisée en amont par les familles, via des donations destinées à accompagner les générations suivantes.

Le Conseil supérieur du notariat estime à 6.200 milliards d’euros le montant du patrimoine susceptible d’être transmis entre 2025 et 2040. Cette estimation prend en compte différents types d’actifs, notamment l’immobilier, l’épargne financière et les biens professionnels.  ⁠

L’organisme rappelle toutefois que ce montant correspond à un volume potentiel de patrimoine transféré et non à une somme intégralement versée aux héritiers ou soumise aux droits de succession.

« Le patrimoine potentiellement transmis ne doit pas être confondu avec le patrimoine effectivement taxable au moment du décès », précise le Conseil supérieur du notariat dans son analyse sur la période à venir.  ⁠

Cette nuance est déterminante alors que les règles fiscales et familiales peuvent fortement modifier le montant réellement perçu par les bénéficiaires.

Les héritages occupent déjà une place importante dans la constitution du patrimoine

La France n’attend pas 2040 pour mesurer le poids des transmissions familiales. Les données récentes de l’Insee montrent que l’héritage et la donation jouent déjà un rôle significatif dans les trajectoires patrimoniales.

Selon l’enquête Histoire de vie et Patrimoine 2023-2024 publiée par l’Insee en avril 2026, 41% des ménages avaient déjà reçu un héritage au début de l’année 2024. Dans le même temps, 20% des ménages déclaraient avoir déjà bénéficié d’une donation.  ⁠

Ces transferts ont un effet direct sur la détention d’actifs. L’Insee indique que les ménages ayant déjà hérité disposent d’un patrimoine brut moyen de 515.400 euros, contre 374.900 euros pour l’ensemble des ménages. Pour ceux ayant reçu une donation, le patrimoine brut moyen atteint 698.300 euros.  

« Les transmissions intergénérationnelles constituent un élément important de la formation des patrimoines des ménages », souligne l’Insee dans ses travaux consacrés aux liens entre héritage, donation et richesse détenue.  ⁠

L’arrivée de nouveaux héritiers sur le marché immobilier ou financier pourrait donc modifier les stratégies d’investissement dans les prochaines années.

Une manne potentielle pour l’État, mais pas un jackpot fiscal

Avec 6.200 milliards d’euros annoncés, la transmission patrimoniale pourrait sembler constituer une source considérable de recettes publiques. Pourtant, l’impact fiscal devrait rester limité par rapport au volume total des actifs concernés.

La fiscalité successorale dépend en effet de nombreux paramètres : montant transmis, lien familial, abattements applicables ou encore nature des biens concernés.

Le Conseil supérieur du notariat indique que plus de 60% des successions traitées par les notaires ne donnent pas lieu au paiement de droits au décès.  ⁠

Les donations jouent également un rôle croissant dans l’organisation des transmissions. Selon le CSN, 27,2% des successions ont été précédées d’une ou plusieurs donations.  

« Favoriser les transmissions anticipées permet de renforcer la solidarité familiale », estime le Conseil supérieur du notariat dans ses propositions sur l’évolution des pratiques de transmission.  ⁠

L’immobilier au centre des arbitrages des nouveaux héritiers

Une grande partie de l’enjeu économique se jouera dans l’utilisation des biens transmis. Les héritiers pourront conserver les logements reçus, les vendre, les louer ou réorienter les capitaux vers d’autres placements.

Cette question est particulièrement importante dans un pays où la pierre représente une part majeure du patrimoine des ménages. La transmission de logements détenus depuis plusieurs décennies pourrait influencer l’offre disponible sur certains marchés immobiliers.

Les actifs financiers pourraient également connaître de nouveaux arbitrages. Une partie des capitaux transmis pourrait être réinvestie dans l’économie, tandis qu’une autre pourrait servir à financer des projets personnels ou renforcer l’épargne.

La période qui s’ouvre ne modifiera donc pas uniquement la composition des patrimoines individuels. Elle pourrait aussi influencer les comportements économiques d’une génération appelée à recevoir une part importante des actifs accumulés par ses aînés.

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