Donald Trump, maître de la bourse : comment faire des profits en faisant baisser et monter les marchés

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Trump Crédit photo JDE | journaldeleconomie.fr

Menaces de droits de douane, volte-face géopolitiques, tweets intempestifs… En pleine campagne présidentielle de 2024, Donald Trump semble secouer les marchés financiers à sa guise. À coups d’annonces tonitruantes et de revirements calculés, l’ancien et actuel président fait tour à tour chuter et bondir Wall Street. Derrière ces crises permanente l’ombre d’un « délit d’initié légal ». Non punissable juridiquement  puisqu’il détient lui-même les leviers de l’État qui influencent la Bourse  ce pouvoir serait utilisé, selon ses détracteurs, pour enrichir certains proches, voire Trump lui-même, en tirant parti de fluctuations boursières spectaculaires. Récit d’un jeu dangereux où la frontière entre stratégie politique et manipulation financière s’estompe.

Un personnage adepte de l’influence par le chaos

Depuis son premier passage à la Maison-Blanche, Donald Trump cultive l’imprévisibilité comme arme politique et économique. Connu pour ses tweets et déclarations-chocs, il sait que la moindre de ses paroles peut affoler les marchés. Lui-même se vante régulièrement des indices boursiers et mesure sa réussite à l’aune du Dow Jones ou du S&P 500. Ce mode de communication brut et instantané, amplifier les menaces, puis souffler le chaud et le froid, correspond à sa philosophie du « Art of the Deal », cette tactique de négociation musclée qu’il applique désormais à l’échelle mondiale. « C’était sa stratégie depuis le début, l’art de la négociation en action », assurait ainsi son entourage pour justifier un brusque revirement tarifaire en 2025. Autrement dit, Trump assume d’injecter de la volatilité pour obtenir un avantage, quitte à créer de la panique à court terme. Parallèlement, le milliardaire-président s’est toujours entouré d’autres ultra-riches et grands patrons, brouillant les pistes entre décisions d’État et intérêts privés. Pour son retour au pouvoir en 2025, de nombreux magnats de la tech et de la finance se sont empressés de renouer avec lui. Elon Musk, Mark Zuckerberg ou Jeff Bezos étaient ainsi annoncés présents à son investiture, Musk ayant même déboursé un quart de milliard de dollars pour soutenir sa campagne victorieuse. Quelques mois plus tard, Trump conviait 33 leaders de la Silicon Valley (dont 13 milliardaires) à un dîner fastueux à la Maison-Blanche, symbole d’une alliance d’intérêts retrouvée. En échange de politiques pro-entreprises (dérégulation, contrats publics juteux), ces figures de l’élite économique affichent leur rapprochement avec l’administration Trump quitte à fermer les yeux sur ses méthodes iconoclastes. Le décor est planté : un président qui fait vibrer Wall Street d’un tweet, entouré d’alliés fortunés prêts à profiter de ses largesses ou de ses humeurs.

Crises en série et montagnes russes boursières

La capacité de Donald Trump à faire vaciller les marchés par ses coups d’éclat s’est illustrée dès son premier mandat, notamment lors de la guerre commerciale qu’il a déclenchée contre la Chine. Entre 2018 et 2019, il multiplie les salves de droits de douane punitifs, suivies parfois de trêves surprises, un yoyo infernal pour la Bourse. Les traders de Chicago se souviennent par exemple de l’été 2019 : le 28 juin, à la veille d’une rencontre Trump-Xi Jinping en marge du G20, 420 000 contrats à terme S&P 500 sont achetés juste avant la clôture. Le lendemain, Trump annonce que les négociations avec Pékin « sont relancées », déclenchant une envolée des marchés sur la semaine suivante. Bilan de ce coup de poker gagnant : près de 1,8 milliard de dollars de profit potentiel pour l’acheteur mystérieux de ces contrats. Quelques mois plus tard, en septembre 2019, même scénario : un acteur inconnu achète 82 000 contrats S&P la veille d’une concession commerciale sino-américaine et d’un report de tarifs par Trump, empochant environ 190 millions de dollars en 24 heures grâce au rebond qui a suivi. « Il y a clairement de la magouille dans l’air », confiait alors un vétéran des marchés, stupéfait par la précision de ces paris gagnants alignés sur les volte-face de la Maison-Blanche. Déjà, le soupçon d’initiés profitant des chaos Trump planait sur Wall Street. Ces soubresauts orchestrés n’ont fait que s’intensifier dans le cadre de la campagne 2024 et du retour de Trump au pouvoir en 2025. L’exemple le plus édifiant s’est déroulé au printemps 2025. Fraîchement réinstallé à Washington, Trump met à exécution sa promesse de « tarifs réciproques » tous azimuts, des taxes à triple chiffre sur les importations censées « rééquilibrer » le commerce mondial. L’annonce choque la planète finance : « depuis que Trump a annoncé ces droits de douane, les Bourses du monde entier ont plongé dans le rouge » résume Le HuffPost. En l’espace de deux séances, début avril 2025, Wall Street s’effondre, effaçant des milliers de milliards de capitalisation : le Dow Jones chute de près de 6 %, le Nasdaq de 5,8 %, soit 22 % de pertes par rapport à son record récent, et le S&P 500 s’écroule de 5,97 %, du jamais vu depuis la panique du Covid-19. Selon Bloomberg, les 500 personnes les plus riches du globe voient fondre 550 milliards de dollars de leurs fortunes en 48 heures ; Elon Musk et Mark Zuckerberg perdent à eux deux près de 60 milliards en quelques jours. « Un carnage », titre alors le Wall Street Journal. L’atmosphère est à la panique : craignant un krach mondial et une récession, les investisseurs fuient les actions comme jamais depuis 2008. C’est alors que Donald Trump sort un tour de passe-passe dont il a le secret. Le 9 avril 2025 au matin, alors que New York s’éveille sur un marché déprimé, le président poste un message énigmatique sur son réseau social Truth Social : « THIS IS A GREAT TIME TO BUY!!! » – « C’EST LE MOMENT RÊVÉ POUR ACHETER !!! ». Sur le coup, l’injonction laisse les observateurs interdits : Trump appelle à acheter des actions en pleine débâcle boursière, défiant toute logique. Quatre heures plus tard, coup de théâtre : il annonce suspendre pendant 90 jours la plupart de ses surtaxes douanières, ne maintenant des tarifs extravagants que contre la Chine (125 % sur les importations chinoises). Cette volte-face spectaculaire, présentée comme « un geste d’ouverture » pour négocier, provoque un véritable séisme haussier. En clôture, le S&P 500 flambe de 9,5 %, sa plus forte progression journalière depuis 2008, et le Nasdaq s’envole de 12 %, un record absolu depuis 2001. En une séance euphorique, Wall Street efface une bonne partie du plongeon des jours précédents ; le Dow Jones reprend plus de 3 000 points, fait rarissime. « C’est le moment charnière que nous attendions », exulte une gestionnaire de fonds, soulagée. La brusque accalmie n’ôte pas toutes les incertitudes, que se passera-t-il après les 90 jours ?  mais offre un répit inespéré aux investisseurs. Surtout, elle interroge sur le timing du message de Trump : en l’espace d’une matinée, ceux qui ont suivi son conseil d’achat à contre-courant réalisent des gains colossaux. Sur les réseaux sociaux, l’incrédulité le dispute à la colère. « Trump a fait chuter le marché pour que ses amis riches puissent acheter au plus bas : son comportement relève de l’initié et doit être enquêté », s’indigne un commentateur, résumant le sentiment général. Un autre twitteur halluciné décrit « un niveau de folie inédit » : « Trump a devancé sa propre annonce de pause tarifaire en disant que c’était le moment d’acheter, trois heures avant que la nouvelle n’éclate !». Sur les forums financiers, on se demande qui a pu être assez informé ou intuitif pour vendre avant le krach initial, puis racheter juste avant le revirement. L’opposition démocrate, elle, ne mâche pas ses mots : elle y voit ni plus ni moins qu’un “pump and dump” inversé orchestré par le président des États-Unis. Ce terme, issu des arnaques boursières, décrit une manipulation consistant à faire baisser artificiellement un cours (ici via des annonces alarmistes) pour racheter à vil prix, avant de faire remonter la valeur et de revendre en profitant de la hausse. Le sénateur Adam Schiff demande aussitôt l’ouverture d’une enquête pour délit d’initié, visant Trump en personne. Même dans les rangs républicains, la stupeur domine : le propre représentant au Commerce de Trump, Jamieson Greer, a appris en direct, lors d’une audition au Congrès, le revirement de son patron qu’il n’avait pas anticipé. La scène a renforcé l’impression d’une improvisation solitaire de Trump, jouant des marchés comme d’un yo-yo pour servir ses objectifs du moment.

Profits privés, soupçons d’initiés : un scandale en gestation ?

Ce jeu de yo-yo boursier soulève une question explosive : qui profite financièrement de ces fluctuations initiées par Donald Trump ? Officiellement, le président clame agir pour le bien du pays, « protéger l’économie américaine », faire plier les partenaires commerciaux, et nul ne l’accuse ouvertement d’enrichissement personnel direct à ce stade. Néanmoins, la concomitance de certains mouvements de marché avec ses annonces, et surtout le fameux message sur Truth Social juste avant la volte-face, alimentent de sérieux soupçons de conflit d’intérêts. Dans le cas d’avril 2025, les démocrates veulent savoir si « le président, sa famille ou des membres de son administration ont tiré profit d’informations confidentielles sur le revirement de sa politique commerciale ». En clair, Trump a-t-il prévenu à l’avance certains proches de ce qu’il allait faire, ou a-t-il lui-même investi sur la baisse puis la hausse ? S’il s’agissait d’un PDG utilisant une info privilégiée pour trader, ce serait un délit d’initié caractérisé, passible de poursuites pénales. Mais quand l’initiateur du mouvement est le président en personne, l’affaire entre dans une zone grise juridique inédite. Les exemples troublants ne manquent pas. D’après une enquête de ProPublica, plus d’une douzaine de hauts responsables américains ont réalisé des transactions boursières opportunes autour des annonces tarifaires de Trump début 2025. Quelques jours avant le krach du 2 avril (« Liberation Day »), un membre du cabinet en charge du commerce a vendu l’essentiel de son portefeuille actions. Idem à la Maison-Blanche : un conseiller juridique a liquidé ses participations dans neuf sociétés juste avant une autre annonce majeure sur les tarifs. Officiellement, rien ne prouve qu’ils disposaient d’informations non publiques, et les intéressés nient toute malice. Mais l’enchaînement est suffisamment suspect pour que des experts tirent la sonnette d’alarme : « L’exécutif prend régulièrement des mesures qui font bouger le marché, la tentation de servir ses intérêts personnels est trop forte », avertit un ancien rédacteur de la loi sur le trading d’initiés. Même sans infraction avérée, de tels mouvements « donnent l’impression que le marché est truqué », entamant la confiance du public. Plus concrètement, on apprend aussi que Pam Bondi, procureure générale nommée par Trump, a vendu en urgence 1 à 5 millions de dollars d’actions de Trump Media (TMTG) le 2 avril, juste avant que l’annonce des tarifs ne fasse plonger le titre (et l’ensemble du marché). Officiellement, Bondi devait céder ces parts pour éviter un conflit d’intérêt, mais le timing interroge et elle a refusé de répondre aux questions sur le sujet. De son côté, Sean Duffy, secrétaire aux Transports, a vendu des actions de plus de 30 entreprises le 11 février 2025, deux jours avant que Trump ne dévoile son plan de « tarifs réciproques » à grande échelle. Son porte-parole jure qu’un gérant a décidé de ces ventes sans le consulter, pure coïncidence. Peut-être. Il n’en reste pas moins que dans les heures suivant l’annonce surprise de la pause tarifaire le 9 avril, plusieurs investisseurs proches de Trump ont engrangé des profits exceptionnels, selon une analyse de Boursorama. Mieux : des vidéos auraient même capté Trump félicitant certains de ses amis pour les gains « considérables » qu’ils venaient de réaliser grâce à son coup de théâtre. On peine à imaginer aveu plus explicite, si ces images sont avérées, de l’existence d’« initiés » ravis par la manœuvre. De surcroît, les messages postés par Trump sur les réseaux sociaux quelques heures avant l’annonce pourraient avoir servi de signaux à ces investisseurs triés sur le volet. Certains auraient acheté massivement des actions précisément dans les secteurs visés par les tarifs, misant sur la hausse qui suivrait l’annulation surprise des mesures. Une fois le revirement officiel et les cours envolés, ces initiés n’auraient eu qu’à revendre pour empocher de plantureuses plus-values. Bien sûr, Trump et ses alliés balayent ces accusations. À leurs yeux, il ne s’agit que de saine gestion économique et de stratégie politique. Le camp républicain affirme que la volte-face tarifaire était « une stratégie légitime pour rassurer les marchés et le public face à l’alarmisme ambiant ». Autrement dit, Trump aurait habilement calmé la panique qu’il avait lui-même déclenchée, dans l’intérêt général. Quant à évoquer un délit d’initié, les soutiens du président rient jaune : « Où est l’illégalité ? » demandent-ils. Après tout, Trump n’a fait qu’exercer publiquement son pouvoir de décision. Jordan Belfort, l’ex-trader sulfureux connu comme le « Loup de Wall Street », a même pris sa défense : selon lui, Trump n’est pas coupable de manipulation ni d’initié, car il a annoncé ses intentions à voix haute et n’a enfreint aucune règle spécifique. En somme, difficile de punir le chef de l’État pour avoir joué sur la psychologie du marché – une prérogative dont d’autres présidents avant lui ont usé à plus petite échelle (par exemple en rassurant ou inquiétant les milieux d’affaires avec leurs déclarations).

Reste l’éthique et la confiance publique. Pour l’opposition et de nombreux observateurs, la séquence d’avril 2025 laisse un goût amer. Qu’un président puisse ainsi affoler puis soulager la Bourse, au point de redistribuer en coulisses des milliards entre perdants et gagnants, pose un problème démocratique majeur. « Nos dirigeants politiques doivent transparence aux citoyens, or ici tout suggère une opération trouble, au bénéfice d’un petit cercle », fustige la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, qui réclame comme d’autres élus une enquête parlementaire approfondie. Pour l’heure, la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier, dont la direction a été nommée par Trump garde un silence prudent et n’a engagé aucune poursuite. Mais sous la pression, elle pourrait être amenée à vérifier s’il y a eu des fuites d’information préalable ou des transactions anormales liées à ces événements. Faute de preuve tangible, Donald Trump continuera sans doute à clamer sa bonne foi et son droit de changer d’avis « pour le bien du pays ». Pourtant, la coïncidence a des allures de méthode, et cette méthode pourrait bien préfigurer un nouveau scandale mêlant argent et pouvoir. Tandis que les marchés restent suspendus aux messages de l’homme fort de Washington, l’affaire Trump et la Bourse pose une ultime question : assiste-t-on à une simple suite de hasards heureux pour quelques initiés, ou au prélude d’un Watergate financier où l’intérêt général aurait été sacrifié sur l’autel du profit ? Les semaines et mois à venir et d’éventuelles investigations devront trancher. En attendant, une certitude s’impose déjà : jamais la formule « les tweets du président peuvent faire bouger Wall Street » n’aura revêtu un sens aussi littéral et inquiétant.

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