La politique française donne aujourd’hui le sentiment d’un épuisement profond. Non pas un simple passage à vide, mais une dégradation structurelle : disparition de toute vision de long terme, primat absolu de la tactique électorale, incapacité à assumer des décisions difficiles, confusion idéologique généralisée. Dans ce brouillard épais, la loi n’est plus un acte fondateur, l’État s’étend sans contre-pouvoir, et le pays avance sans cap. Le risque n’est plus seulement l’immobilisme : c’est celui d’un déclin s’accélérant dans tous les domaines.
La fin de la vision politique, triomphe de la tactique
La politique, au sens noble, consiste à penser l’avenir collectif : un projet de société, une hiérarchie de priorités, une vision assumée du long terme. Or cette dimension a quasiment disparu du paysage français. Les partis ne sont plus des matrices intellectuelles ni des forces de proposition structurantes ; ils sont devenus des machines électorales, optimisées pour la conquête ou la conservation du pouvoir à court terme. La temporalité politique s’est contractée jusqu’à l’absurde : l’horizon n’est plus celui d’une génération mais celui de la prochaine élection, du prochain sondage, de la prochaine polémique. Toute décision structurelle est perçue comme un risque électoral, donc différée, édulcorée ou abandonnée, qu’il s’agisse du déficit public, de l’école, du travail, de la productivité ou de la démographie. Gouverner suppose de trancher, parfois contre l’opinion immédiate ; or plus aucun acteur ne semble prêt à en assumer le coût. La politique devient ainsi une gestion anxieuse du court terme, vidée de toute ambition.
Une Assemblée dévoyée, un État sans contre-pouvoir
Cette dérive se reflète dans le fonctionnement des institutions. L’Assemblée nationale n’est plus le lieu central de fabrication de la loi au sens fort, mais une chambre de communication et de signaux électoralistes souvent déconnectés de toute réflexion sérieuse sur les effets réels des textes. Les lois s’empilent sans cohérence d’ensemble, sans véritables études d’impact ni évaluations ex post, produisant une inflation normative qui affaiblit la sécurité juridique et la lisibilité de l’action publique. Parallèlement, l’État et la fonction publique suivent une logique organisationnelle classique : toute structure tend à croître. Les administrations, souvent juges et parties, étendent leurs prérogatives, leurs effectifs et leur pouvoir normatif en l’absence de contre-pouvoirs politiques capables de fixer une direction claire et des limites. Le toujours plus est en marche. Toutes les administrations deviennent des armées mexicaines avec pléthore de chefs et de sous chefs. Le résultat est un État à la fois hypertrophié et inefficace, plus coûteux sans être plus performant.
Le brouillard idéologique et la mélasse politicienne
Ce vide stratégique est aggravé par une confusion idéologique quasi totale et par des arrangements tactiques entre appareils déconnectés de toute cohérence de fond. Aucun grand courant ne propose aujourd’hui une vision crédible de la société française à venir : La France insoumise privilégie l’agitation permanente davantage conçue comme levier électoral pour capter l’électorat musulman et bobo que comme projet de gouvernement, le Parti socialiste recycle des slogans punitifs à l’égard des « riches » efficaces symboliquement mais pauvres stratégiquement et destructeur sur le moyen terme, le centre incarné par Renaissance gouverne sans doctrine lisible, incapable de dire s’il est libéral, interventionniste, progressiste ou conservateur, tandis que la droite de Les Républicains a perdu ses repères avec des conflits internes entre les chefs et un manque de colonne vertébrale pendant que l’extrême droite du Rassemblement National combine autoritarisme de façade et interventionnisme sans véritable culture de gouvernement et un vide abyssal en matière de compétence économique. À cette confusion s’ajoutent des petits arrangements entre amis, notamment entre macronistes et socialistes, fondés non sur un projet commun mais sur la survie institutionnelle et l’envoi de messages ciblés à des électorats résiduels : un parti au poids électoral devenu faible se retrouve en position d’imposer des marqueurs symboliques, en particulier fiscaux, conduisant à des hausses d’impôts que tous savent inefficaces et contre-productives, mais utiles pour « cocher des cases » politiques. Faute de colonne vertébrale idéologique, le pouvoir accepte ces compromis et gouverne par ajustements successifs selon des rapports de force parlementaires immédiats. La politique ne produit alors plus de sens mais des signaux, plus de direction mais des équilibres fragiles ; cette mélasse faite de postures, de compromis sans vision et de décisions absurdes achève de rendre l’État à la fois hypertrophié, inefficace et illisible, faisant peser un risque majeur sur un pays qui n’est plus véritablement gouverné. Un pays qui s’enfonce de plus en plus vite avec à sa porte la ruine de ses finances publiques, la criminalité organisée qui se développe vitesse grand V, des tensions sociales et communautaires extrêmes, la fuite des cerveaux, des menaces internationales fortes, une armée en déliquescence, etc. Que faut il faire ? Attendre de toucher le fond ? Je ne crois plus en un sursaut de cette classe politique médiocre et arriviste dont la seule devise est servir en se servant.




