Quelques semaines : c’est le temps que tiendrait l’armée de l’air française dans un vrai conflit, ses Rafale ne changeraient rien selon le rapport

Les réserves de munitions françaises pourraient s’épuiser en quelques semaines, révélant d’inquiétantes failles logistiques.

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Quelques semaines : c'est le temps que tiendrait l'armée de l'air française dans un vrai conflit, ses Rafale ne changeraient rien selon le rapport
Quelques semaines : c’est le temps que tiendrait l’armée de l’air française dans un vrai conflit, ses Rafale ne changeraient rien selon le rapport © journaldeleconomie.fr

La guerre en Ukraine a mis en lumière des failles inquiétantes dans les stocks de munitions et la chaîne logistique de l’armée française. Un rapport de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale, publié en février 2023, alerte sur la capacité de la France à soutenir des opérations militaires en cas de conflit de haute intensité. Le rapport indique que les réserves d’armes françaises pourraient s’épuiser en « quelques semaines, tout au plus ». La situation s’est aggravée avec l’utilisation intensive de munitions en Ukraine, où la cadence de tir peut atteindre jusqu’à 8 000 obus de 155 mm par jour, alors que la production française moyenne entre 2012 et 2017 ne dépassait pas 500 obus par an.

Matériel : où sont les failles ?

Les armées européennes disposent d’une base technologique solide (Rafale, Eurofighter), mais elles montrent des faiblesses logistiques importantes. Philippe Gros, de la Fondation pour la recherche stratégique, rappelle que « les armées européennes sont globalement à la hauteur de la Russie et compensent leurs infériorités numériques par une supériorité technologique. » Pourtant, des lacunes subsistent dans des secteurs clés comme la logistique, les camions et les avions de transport stratégique, reflétant des défis logistiques similaires. L’Europe reste aussi dépendante des États-Unis pour certaines technologies, notamment en défense sol-air et en guerre électronique, comme le souligne Léo Péria-Peigné de l’Ifri, illustrant une dépendance technologique.

La pression vient aussi de l’utilisation élevée des capacités de production des entreprises de défense françaises, qui devrait atteindre 91 % en 2024, selon l’Insee. Avec des carnets de commande remplis pour plusieurs années, accélérer la production sans capacités supplémentaires paraît impossible. En outre, la Direction générale de l’Armement (DGA) signale une pénurie immédiate de 10 000 postes dans l’industrie de la défense française, ce qui pourrait aggraver la perte d’emplois.

Industrialiser plus vite : quelles pistes en Europe ?

Pour répondre à ces défis, il faut repenser l’économie de la défense française et européenne pour la préparer à ce qu’on appelle une « économie de guerre ». Maxime Cordet insiste : « la création d’une nouvelle ligne de production nécessite un investissement colossal et des années de développement. » Des initiatives de coopération commencent à voir le jour, comme des achats groupés européens. Par exemple, la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont lancé un achat conjoint de 60 millions d’euros pour 1 500 missiles Mistral et de 700 missiles Aster auprès de MBDA. MBDA a déjà engagé des améliorations industrielles, réduisant un délai de production de 42 mois en 2022 à un objectif de moins de 18 mois en 2026.

Une industrie trop éclatée et des dépendances à gérer

L’efficacité industrielle européenne bute sur une fragmentation marquée. L’Europe compte six constructeurs de chars et trois motoristes d’avions, mais cette dispersion empêche d’atteindre la masse critique nécessaire pour rentabiliser de nouvelles usines, selon Maxime Cordet dans Science et Vie. Les pressions politiques nationales pour préserver des emplois locaux compliquent encore la coopération. Le programme franco-allemand MGCS, destiné au char du futur, est ainsi enlisé par des tensions entre Nexter, KMW et Rheinmetall.

Les dépendances vis-à-vis des technologies américaines posent un autre défi stratégique. La large présence des chasseurs F-35 en Europe, avec une commande récente de 36 appareils par l’Allemagne, illustre cette dépendance. Philippe Gros avertit que des contraintes américaines sur des systèmes clés pourraient un jour limiter les capacités européennes si Washington décidait d’imposer des restrictions, une situation qu’il qualifie de « stratégie à double tranchant ».

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