Salariés dopés à l’IA : pourquoi ceux qui l’utilisent finissent par travailler encore plus

L’IA générative promet monts et merveilles, mais elle peut aussi alourdir la charge de travail.

Publié le
Lecture : 2 min
Salariés dopés à l’IA : pourquoi ceux qui l’utilisent finissent par travailler encore plus
Salariés dopés à l’IA : pourquoi ceux qui l’utilisent finissent par travailler encore plus | journaldeleconomie.fr

L’essor des outils d’intelligence artificielle générative promet de révolutionner le travail en automatisant les tâches routinières. Pourtant, plutôt que d’alléger la charge, ces technologies tendent à la rendre plus intense, créant un paradoxe discret mais net pour les entreprises. À première vue, l’IA apparaît comme un allié pour booster la productivité. Une étude récente, menée dans une entreprise technologique basée aux États-Unis, montre cependant que l’impact réel de l’IA est plus nuancé.

Introduire l’IA au boulot, c’est plus compliqué que prévu

Alors que les entreprises cherchent de plus en plus à intégrer l’IA dans leurs processus, l’idée que la technologie va alléger le travail quotidien attire beaucoup de dirigeants. Mais la réalité est souvent plus complexe : les promesses de l’IA cachent des conséquences sur l’avenir du travail et le bien-être des salariés. Les dirigeants, focalisés sur les gains de productivité, peuvent ne pas anticiper ces nouveaux défis.

Publiée dans le Harvard Business Review, cette étude, conduite par la professeure Aruna Ranganathan et sa doctorante Xingqi Maggie Ye, a examiné ces effets sur une période de huit mois, d’avril à décembre de l’année passée. Les chercheuses ont utilisé plusieurs méthodes, dont des observations sur le terrain deux jours par semaine, pour recueillir des données détaillées au sein d’une structure d’environ 200 employés répartis dans des départements comme l’ingénierie, le design ou les opérations. L’adoption de l’IA dans cette entreprise se fait majoritairement de façon volontaire, via des abonnements à des outils commercialement disponibles.

Ce que ça change dans le quotidien professionnel

Trois grandes formes d’intensification du travail ont été repérées.

  • Expansion des tâches : les responsabilités s’élargissent. Par exemple, des chefs de produit et des designers se mettent à écrire du code, tandis que des chercheurs s’impliquent dans des tâches d’ingénierie. Cela permet de combler des lacunes qui auraient normalement été réglées par des recrutements supplémentaires.
  • Frontières floues entre travail et non-travail : l’IA facilite l’exécution de micro‑tâches pendant les pauses, ce qui réduit la qualité de ces moments de récupération. Les observations montrent que des employés utilisent l’IA pendant le déjeuner ou même en réunion.
  • Multitâche : l’IA encourage un rythme où l’on jongle constamment entre différentes tâches, par exemple écrire du code à la main tout en générant une version alternative avec l’IA, ce qui augmente les basculements cognitifs.

Un cercle auto‑entretenu et ses risques

Les effets se déroulent en boucle. L’IA accélère l’exécution des tâches, ce qui élève les attentes en matière de rapidité et renforce la dépendance à l’outil. Cette dépendance pousse les salariés à élargir leur périmètre de responsabilités, intensifiant encore le volume de travail. Plutôt que de se sentir moins occupés, les employés rapportent une productivité plus élevée sans réduction de leur charge de travail : l’IA devient davantage un « partenaire » qu’un simple outil. Cette intensification peut masquer une augmentation insidieuse de la charge, qualifiée de « workload creep ».

Laisser un commentaire

Share to...